#OrdinaryHeroine EP3 : pause inspiration avec Aurélia, blogueuse et graphiste engagée

Dans ce troisième épisode de la série #OrdinaryHeroine, les interviews qui mettent en lumière une femme inspirante le premier lundi de chaque mois, c’est Aurélia, la blogueuse derrière l’excellent blog engagé La Carotte Masquée qui se prête au jeu des questions réponses.


Envie d'en savoir plus sur Aurélia, la blogueuse à l'origine de l'excellent blog engagé  La Carotte Masquée? Viens par ici, elle a accepté de répondre aux questions sur Ze PermaLab !

Pour toi, que représente le féminisme ? Quelle en est ta définition ?


Pendant longtemps, j’ai cru que c’était « l’égalité entre hommes et femmes », avant de me rendre compte que c’était finalement assez limitant comme définition.

Aujourd’hui, je dirais que c’est surtout une lutte contre un système patriarcal injuste. Ce système, les femmes en sont bien sûr les principales victimes, mais il fait aussi du tort aux hommes en leur imposant aussi certains stéréotypes de genres (par exemple qu’un garçon doit être fort et ne pas pleurer).

Comment vis-tu ton féminisme au quotidien ? Comment le manifestes-tu dans ta vie de tous les jours ?


C’est encore relativement nouveau pour moi, mais je me rends compte que depuis que j’ai une meilleure compréhension des enjeux féministes, je suis de plus en plus critique devant des faits ou situations qui me seraient auparavant apparues comme totalement normales : le manspreading dans le métro, la représentation des femmes dans les média ou la culture populaire, l’écriture inclusive que j’aurais trouvé ridicule il y a encore quelques années, etc.

J’affirme aussi de plus en plus que je suis féministe, car c’est un mot qui fait encore très peur car il est mal compris.

Malgré tout, j’ai mes limites et je constate qu’il existe un décalage entre la théorie et la pratique ! Le conditionnement sociétal autour de l’image de la femme est tellement fort que c’est impossible pour moi d’y être hermétique (exemple tout bête : l’épilation, comme l’explique bien Ophélie Véron dans l’article Jamais sans mon poil).

A ton avis, quel lien existe-t-il entre féminisme et véganisme ?


La réponse la plus simple me semble être que dans un cas comme dans l’autre, il s’agit de lutter contre un système injuste. Mais j’avoue que je ne suis pas bien calée sur cette question !

Il existe en revanche plusieurs livres qui traitent de ce sujet et mettent par exemple en avant que :

  • dans les deux cas il y a une réification (on réduit un individu à un objet)
  • que la viande est associée dans l’imaginaire collectif à la virilité, ce qui donne lieu à des représentations sexistes (notamment dans la pub)
  • que les femelles sont davantage exploitées que les mâles dans l’élevage.
  • Etc.

Comment en es-tu venue au véganisme ? Quelles étaient tes motivations ? Tes objectifs ? Ton cheminement ?


Contrairement à beaucoup de monde, je n’ai pas eu de véritable déclic. J’ai toujours apprécié la viande, mais il y a 6 ans, j’ai commencé à moins en manger, sans trop savoir pourquoi. Il y avait comme un malaise face à mon assiette.

J’achetais du jambon qui restait dans mon frigo et que je finissais pas jeter. Ça m’a interpellée. Alors, pour la première fois de ma vie, je me suis demandé « mais en fait, comment est-elle fabriquée cette tranche de jambon ? »

Je me suis renseignée, j’ai pas mal lu sur le sujet, puis je suis devenue végétarienne, et assez vite militante.

J’estime que la vie d’un animal est plus importante que mon plaisir gustatif. Je serais par ailleurs bien incapable de tuer moi-même un animal pour le manger si ma survie n’en dépendait pas, alors je trouve plus logique de m’en passer.

Je suis ensuite devenue végane deux ans plus tard (après m’être bien dit que « jamais je ne deviendrais végane ! ») S’il a été assez facile de trouver des alternatives cosmétiques et vestimentaires véganes, j’ai eu bien plus de mal à dire au revoir au fromage. Il a fallu le temps que je trouve de nouvelles marques, que je teste des choses bonnes et moins bonnes, que je me renseigne un minimum sur les bases nutritionnelles, etc. afin d’être à l’aise avec cette nouvelle manière de consommer et m’alimenter. Aujourd’hui c’est un jeu d’enfants, mais cela m’a demandé quelques années de cheminement, je n’aurais pas pu le faire du jour au lendemain.

Portrait photo de profil d'Aurélia du blog La Carotte Masquée
Crédits photo : Laëtitia du blog Eleusis Megara

Comment vis-tu ton véganisme au quotidien ? Le considères-tu comme une responsabilité ? Un soulagement ? Un poids ?


C’est avant tout un reflet de mes valeurs. J’en tire donc une certaine fierté car cela m’a permis de gagner en assurance et de me sentir plus en phase avec moi-même.

Mais c’est aussi parfois un poids car nager à contre-courant de la société n’est jamais simple, et même plutôt fatiguant. On passe pas mal de temps à se justifier d’être « aussi compliquée » et à expliquer que nous ne sommes pas des extrémistes.

En revanche, je ne le considère pas comme une responsabilité. C’est mon engagement au sens large qui l’est (pour la cause animale, mais pas que). Le véganisme n’est qu’une conséquence logique et visible de cet engagement.

Quel impact ta transition vers le véganisme a-t-elle eu sur ta vie sociale ?


Ça n’a pas été simple au début. J’étais remontée contre le système et me suis éloignée de certains proches. J’ai fini par me rendre compte que je ne voulais pas être une végane ne parlant qu’à d’autres véganes. Que ce n’était pas parce que mes proches ne partageaient pas mes convictions que cela faisaient d’elles de mauvaises personnes. J’ai mis de l’eau dans mon vin et fini par trouver un équilibre qui me convient pour l’instant.

Et sur ta vie professionnelle ?


Un énorme, puisque je travaille désormais dans le milieu de la protection animale.

Le véganisme t’a menée vers le zéro déchet ; peux-tu nous en dire plus sur les connexions que tu as faites de l’un vers l’autre ?


Je suis loin d’être zéro déchet mais j’essaie de réduire mes déchets (surtout plastiques) le plus possible.

La connexion a été la prise de conscience de l’impact du plastique sur la vie marine. Lorsque j’ai lu que si on continuait comme cela, il y aurait en 2050 plus de plastique que de poissons dans les océans, ça a été un électrochoc. Réduire mes déchets plastiques m’est alors apparu clairement comme une manière d’aller plus loin dans ma démarche de respect du vivant et de nuire le moins possibles aux autres espèces. J’ai écrit un article plus détaillé sur ce sujet, avec une petite infographie à la clé si ça vous intéresse.

Que représente ton militantisme pour toi ? Est-ce un objectif à atteindre ? Une mission ? Une nécessité ?


Je dirais effectivement une mission. Pas au sens « je pars en croisade contre les gens qui mangent de la viande » ! Mais plutôt une envie très forte de mettre mes compétences, mon temps et mon énergie au service de causes qui m’animent, pour tendre vers un monde un peu plus juste et bienveillant.

Que t’a apporté le fait de tenir un blog (si merveilleusement génialissime, et c’est tout à fait objectif 🙂 ) vis-à-vis de tes engagements militants ?


Je ne mérite pas du tout ces super qualificatifs, mais merci 🙂

Ce que ça m’a apporté c’est plus de rigueur dans mes propos. Quand je suis devenue militante, j’avais tendance à faire du prosélytisme sans trier les arguments. S’ils allaient dans mon sens, je prenais. S’ils allaient à l’encontre, hop poubelle. Tenir un blog m’a forcée à sourcer mes articles et être toujours plus rigoureuse afin de proposer un contenu fiable. Je me suis alors rendu compte que certains arguments pro-véganes n’étaient pas du tout pertinents. On a parfois tendance à vouloir verser dans le sensationnalisme en dépit du bon sens, ou à se dire qu’on doit forcément avoir réponse à tout. Alors que ce n’est pas le cas : le véganisme n’a pas réponse à tout, et il n’y a aucune raison d’en avoir honte.

L'avatar de La Carotte Masquée : une... Carotte Masquée, un crayon à la main, une cape rouge dans le dos et la couronne de Wonder Woman en guise de ceinture !
La Carotte Masquée

Tu es graphiste de profession ; comment en es-tu venue à choisir cette orientation ? Qu’est-ce qui te plaît dans le graphisme ?


J’y suis venue tard ! Ce n’est pas ma formation initiale, mais quelque chose qui m’a toujours attirée. Au-delà des belles images et typographies, j’ai toujours adoré organiser et clarifier visuellement des informations, j’adorais mettre en page des PowerPoint par exemple ! Je me retrouve donc bien dans ce métier. J’ai aussi la chance de travailler pour une cause qui me touche, ce qui me permet de combiner ce que j’aime faire tant sur le fond que sur la forme 🙂

Penses-tu que ton métier doive servir tes convictions et aller dans leur sens ? Doit-il soutenir tes opinions ? Ou le vis-tu comme quelque chose d’à part, de cloisonné ?


En ce qui me concerne, complètement ! J’ai connu la boule au ventre avant de me rendre à un travail dans lequel je ne trouvais pas de sens, et ça ne me convient pas, je ne pourrais plus le faire. Je conçois volontiers que certaines personnes arrivent à cloisonner, mais ce n’est pas mon cas. Je n’arriverais plus à passer plus de 8 heures par jour à faire quelque chose qui ne soit pas en phase avec mes valeurs.

As-tu la sensation que la cause animale progresse dans la société depuis que tu t’y intéresse ? Selon toi, qu’est-ce qu’on pourrait mieux faire ?


J’ai effectivement l’impression que la question animale progresse, dans le sens où elle est davantage médiatisée, politisée et beaucoup moins ridiculisée qu’auparavant. Le mouvement animaliste me semble aussi davantage structuré. Enfin, on voit aussi que les alternatives véganes se développent de plus en plus, donc l’offre augmente et devient plus accessible.

Mais parallèlement à cela, le sort des animaux lui ne change pas tant que ça. Par exemple, en juin dernier, l’Assemblée Nationale a retoqué toutes les mesures visant à diminuer la souffrance des animaux d’élevage (comme par exemple interdire la castration à vif des porcelets ou le gazage des poussins). La FNSEA prône ouvertement un modèle intensif qui laisse craindre le pire pour les animaux. Enfin, on remarque que si la consommation de viande baisse en France depuis quelques années, les animaux continuent d’être abattus en masse, et ce qui n’alimente pas la demande nationale est exporté à l’étranger. Donc selon moi, c’est un bilan mitigé.

Tu as vécu quelques années en Inde ; peux-tu nous parler de cette expérience d’expatriation au sein d’une culture radicalement différente ? Ce que ça t’a apporté ? Ce que ça a changé pour toi, notamment au niveau de tes convictions ?


Effectivement, j’ai vécu 2 ans et demi en Inde. Cette expérience n’a pas changé mes convictions, mais a renforcé quelque chose dont j’étais déjà convaincue, à savoir que la plus grande inégalité dans ce monde arrive à la naissance. En fonction du pays dans lequel tu nais, de la famille dans laquelle tu nais, tu ne pars vraiment pas avec les mêmes opportunités dans la vie. La véritable inégalité, elle est là, et côtoyer la pauvreté telle qu’elle existe en Inde m’a d’autant plus fait prendre conscience d’à quel point j’étais privilégiée. Je ne suis certes pas responsable de ce privilège, mais j’estime avoir une responsabilité à en faire quelque chose pour réduire ces inégalités.

Tu œuvres à la création d’une société biocentrée ; du coup, le monde idéal pour toi, ça ressemble à quoi ?


Un monde plus inclusif où on prend en compte les intérêts du vivant (j’entends vivant au sens large : les autres espèces, la biodiversité, etc.), et non pas uniquement nos propres intérêts humains.

Mille mercis à Aurélia d’avoir accepté cette interview !

Pour suivre de près les actus d’Aurélia / La Carotte Masquée, tu peux :

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