Les éthiques de la permaculture

La permaculture repose sur trois éthiques qui représentent ses piliers : Earth Care – People Care – Fair Share. Si de prime abord chacune semble simple à appliquer, elles ont toutefois un grand nombre d’implications – et d’applications.

 

Dans la droite ligne de mon article de définition, je te propose maintenant de nous pencher sur les trois éthiques de la permaculture, leur acception habituelle ainsi que ma propre vision de chacune d’entre elles – et ça passe aussi par la traduction !

Découvrir et comprendre les trois éthiques de la permaculture : Earth Care, People Care et Fair Share, avec une traduction revue et corrigée !

Traduction des intitulés des éthiques


Habituellement, les trois éthiques de la permaculture, Earth Care – People Care – Fair Share, sont traduites comme suit :

Prendre soin de la Terre – Prendre soin des humains – Redistribuer les surplus


Or, comme le fait si justement remarquer Maria Sperring, permacultrice anglaise installée en Creuse depuis trente ans dans cette passionnante interview par Benjamin Broustey, « prendre soin de » semble impliquer la nécessité d’une action, ce qui est en contradiction avec l’essence même de la permaculture. Le non-agir en est une composante fondamentale, au même titre que l’observation. Il serait donc plus juste de traduire « care » par « être attentif à ».

Ce qui nous donne :

Être attentif à la Terre – Être attentif à l’humain – Redistribuer les surplus


Pour ma part, il y a encore deux choses que je voudrais modifier dans ces traductions. D’une part, cette notion si anthropocentrée (et manifestement caractéristique majeure de notre espèce) de « prendre soin des humains ». Pour moi, il s’agit plutôt ici de prendre soin du vivant, de toutes les espèces, qu’elles soient, ou non, humaines. L’humain se met toujours au centre de tout, avec son gros ego qui semble l’empêcher (entre autres) de réfléchir. Il n’est pour autant pas (et de loin) seul et encore moins le nombril de l’univers. Et sans les autres Citoyens de la Terre, il ferait long feu.

Autre correction que je voudrais apporter : la notion de redistribution des surplus, à laquelle est résumée l’expression « Fair Share ». Une traduction littérale de cette expression serait « la part juste, la part équitable ». S’il est vrai que dans le cadre d’une production à l’échelle individuelle, la part juste impliquerait de redistribuer les surplus que l’on ne pourrait consommer/conserver (rayer la mention inutile), il y a, à mon sens, également la notion de « ne pas consommer plus que nécessaire ». Par exemple dans le cadre de la consommation d’eau, d’énergie, ou encore la récolte sauvage. La part juste est alors celle qui nous permet de vivre sans amputer le système dans lequel nous prélevons de ce qui ne nous est pas strictement nécessaire et sans mettre le système en question en danger. Cela n’empêche bien entendu pas la redistribution des surplus si surplus il y a, mais il me semble que cette notion de part équitable est bien plus représentative de l’esprit permaculturel dans son ensemble.

Pour moi, les éthiques de la permaculture sont donc :

Être attentif à la Terre – Être attentif à la Vie – Prélever une part équitable


Les trois éthiques de la permaculture : Earth Care, People Care et Fair Share, et mon interprétation : Être attentive à la Terre, Être attentive à la Vie, Prélever la part juste
Je te l’accorde, ça rend moins bien qu’en anglais. Mais que veux-tu, nous avons une langue verbeuse à laquelle il faut bien s’adapter !

Éthiques et rétroaction


Certains choisissent de hiérarchiser les éthiques de la permaculture – sans doute un autre travers de notre espèce, va savoir. Entre ceux qui mettent la Terre en premier (ah, ces écolos !) et ceux qui mettent l’humain en premier (ah, ces nombrilistes !) (note que je n’ai encore jamais vu Fair Share en premier, l’équité, c’est quand même compliqué), chacun y va de son petit classement. En ce qui me concerne – oui, je me distingue, encore – je considère ces trois éthiques comme inextricablement liées. Aucune n’a la priorité sur les autres, elles sont toutes des résultats attendus, chacun rejaillissant sur l’autre.

Les éthiques de la permaculture en détail


Être attentive à la Terre


La permaculture se veut holistique, c’est-à-dire qu’elle considère les choses dans leur ensemble. Il est donc normal qu’elle s’intéresse à l’état de la Terre, dans sa globalité. Être attentif à la Terre, c’est donc s’intéresser à son état de santé général. Le réchauffement climatique, la fonte des glaciers, les trous dans la couche d’ozone, la biodiversité des océans, des forêts, la déforestation, etc. Il est important de tenir compte de ces modifications à grande échelle, car c’est, en premier lieu, à petite échelle que nous pouvons agir de sorte à ce que les grandes tendances se renversent- ou, au moins, s’aggravent le moins possible. Si personne n’achète de produits issus de la déforestation, le phénomène cessera. Si chacun sensibilise les autres aux problématiques de destruction des océans, alors plus personne ne cautionnera cela. Et ainsi de suite.

Earth Care : Être attentive à la Terre

C’est une tâche sans fin, qui nécessite une implication constante de la part de chacun d’entre nous. Chacune de nos actions, même la plus infime à nos yeux, même celles qui n’ont aucune conséquence visible et mesurable ont un impact sur la santé de la Terre – et donc celle de tous ses habitants.

L’attention à la terre se pratique aussi à petite échelle, et sans majuscule – pour celleux qui ont accès à la terre. On est attentif à la terre en connaissant la composition de son sol. En observant ce qui y pousse et pourquoi cela pousse. En remarquant les signes, même infimes, d’évolution et en en recherchant les causes probables.

Être attentive à la Vie


Tu as peut-être remarqué que la vie fourmille sous un nombre incalculable de formes sur notre belle (encore, mais pour combien de temps ?) planète. De la plus petite à la plus grande, elle est partout. Cette même vie nous permet d’exister (merci le monde végétal pour l’oxygène que nous respirons, les bactéries pour nous maintenir en bonne santé et réguler notre transit, etc.).

Si tu es incapable d’empathie, regarde au moins les choses en face : sans les autres formes de vie – y compris celles que tu trouves répugnantes/inutiles/nuisibles (rayer la mention inutile) et dont tu ne comprends pas les bienfaits -, tu ne peux pas être. Si tu veux être cohérent.e dans ton nombrilisme, tu devrais donc apprendre à respecter ces formes de vie qui te permettent de continuer à être nombriliste, etc. Tu piges ?

Si tu pousses un peu plus loin que le bout de ton nez, tu ne manqueras pas de constater que les autres formes de vie sont tout aussi ravies que toi de pouvoir s’ébattre joyeusement au gré de leur fantaisie, et qu’il se trouve que ces mêmes fantaisies servent encore d’autres formes de vie. C’est un cercle vertueux.

Apprendre à comprendre ces interactions cruciales pour tous et à les chérir est une des nombreuses missions de la permacultrice / du permaculteur. Respecter les autres formes de vie, ET leur foutre la paix.

People Care : Être attentive à la Vie

Cette attention à la Vie, ce n’est pas uniquement s’instruire sur le coït des mouches tu l’auras compris. C’est aussi comprendre comment interagir avec les autres formes de vie dans le respect pour un bénéfice mutuel (et pas égocentré, il ne s’agit pas que de toi). La permaculture t’invite à repenser tes interactions avec tes bactéries intestinales (arrête de les nourrir avec n’importe quoi), « tes » animaux-humains de compagnie (l’harmonie, ça se travaille tous les jours), « tes » animaux-non-humains de compagnie (ils t’apportent des choses et en retour tu te dois de veiller à ce que leurs besoins soient satisfaits), les animaux-non-humains en général (tu n’es pas au sommet de la chaîne alimentaire – c’est un cycle, pas une chaîne – et pouvoir (faire du mal notamment) n’est pas devoir !), les végétaux (ta petite plante offerte par tata Josiane et qui dépollue l’air de ton intérieur et te fait de l’oxygène tout propre), les autres animaux-humains (et si tu repensais ta façon d’échanger avec les autres ? ta communication non verbale ? tes sujets de conversation ?)…

Évidemment, en étant attenti.ve.f à la Vie, la permacultrice /le permaculteur en devenir que tu es se montre aussi attenti.ve.f à la Terre, et vice-versa.

Bref, un grand pouvoir implique de grandes responsabilités, et en tant que super-héro.ïne.s des temps modernes, tu te dois de veiller sur le bien-être de tous, sans exception – souvent, il suffit juste de s’abstenir de faire des conneries (pas simple au début, mais pas si énergivore que ça).

Prélever une part équitable


Ah l’équité ! Déjà que l’altruisme et l’empathie, ça se perd, alors l’équité, à notre époque et dans nos sociétés occidentales, c’est une sorte de légende urbaine. Un truc un peu fou, une sorte d’utopie spéciale Bisounours, l’idéal impraticable et inaccessible.

Sauf qu’en fait, non. L’équité, ça existe, c’est faisable, et même que tu vas y arriver. J’ai pas dit que ce serait facile, hein. Tu vas probablement trouver ça contraignant, te sentir lésé.e dans les largesses consuméristes qui t’ont jusqu’ici donné le sein. Accroche-toi, ça va bien se passer.

Est-ce que je dois te faire un dessin ? Imaginons que tu vas à une fête. A cette fête, il y a un gros gâteau, du genre ton préféré. Évidemment, puisque tu es à une fête, tu n’es pas seul.e, il y a d’autres convives. Que se passe-t-il si tu te goinfres tout le gâteau – quitte à aller vomir entre temps pour être sûr.e de tout garder pour toi ? Il n’y en plus pour les autres. Et si tu étais parmi les autres, tu serais bien triste (et ton ventre t’insulterait sans doute en douze langues).

C’est la même chose pour toutes les ressources, même celles qui, à échelle individuelle, semblent infinies, comme l’eau, l’air « pur », la nourriture, l’énergie… Prélever plus que le nécessaire implique priver quelqu’un de sa part – qui que soit ce quelqu’un – dans le présent ou le futur. Pense à l’effet papillon.

Tu vois à quel point ne pas prélever plus que nécessaire est crucial pour préserver l’équilibre d’un système, quel qu’il soit. Non seulement tout prendre pour soi ne rend pas plus heureux (même si certains essaieront de te le faire croire), mais de fait néfaste pour le système… et donc pour soi ! Eh oui ! Parce qu’un système déséquilibré/dégradé n’aura plus le même « rendement » (au sens large), toi aussi, tu finiras pas être le dindon de la farce ! C’est pas des blagues, et même que ce jour-là, ce sera pas drôle du tout – je dirais bien « tu verras », mais j’espère que non.

Fair Share : Prélever la part Juste

Prélever la part équitable donc, ce n’est pas seulement ne pas enlever le gâteau de la bouche de tes petits camarades, c’est aussi :

  • Ne pas gaspiller l’eau du robinet au travail/à l’école sous prétexte que « m’en fous, c’est pas moi qui paye »
  • Ne pas acheter des fringues traitées chimiquement à l’autre bout du monde et sans protection que tu paieras moins cher parce que ceux qui les ont fabriquées/transportées sont sous-payés et crèveront des suites de cette production néfaste, sans compter la pollution des transports
  • Ne pas consommer plus d’électricité que nécessaire ; et oui, il y a des moyens de réduire et ta facture, et ton impact (et en plus, c’est rigolo et intéressant). Eteins ton écran et ton ordi avant de quitter le boulot, bon sang !
  • Ne pas acheter de la bouffe issue de l’industrie agro-chimique sous prétexte que c’est moins cher et que t’es fauchée ; tes petites économies ne te permettront pas de rendre le sol fertile quand la terre sera morte, ni l’air respirable quand la pollution sera devenue trop importante.
  • Ne pas acheter n’importe quoi sous prétexte que c’est à la mode ou que tu es triste, en colère, ou toute autre excuse à la noix. « Posséder » plus ne te rendra pas plus heureuse et ne règlera pas tes problèmes. Ça risque au contraire de t’en créer de nouveaux.
  • Et caetera et caetera, on en reparlera.

Conclusion


Je ne ferais pas insulte à ta sublime sagacité tant vantée d’Homo Sapiens Sapiens : j’aime à croire que tu as tout à fait bien saisis en quoi les trois éthiques permaculturelles sont liées : respecter une éthique, c’est respecter les deux autres.

S’il faut prendre garde à ne pas tomber dans le dogme – la permaculture n’en est pas un – suivre ces trois éthiques dans toutes les circonstances de ta vie ne fera pas de toi une extrémiste super radicale et dangereuse. En fait, c’est un concentré de bon sens et des plus belles valeurs imaginées par les animaux-humains.

En ce qui me concerne, j’ai été ravie de constater que je pourrais désormais utiliser un nom pour désigner ces éthiques qui me tenaient tant à cœur : permaculture.

Et toi, tu kiffes ? Est-ce que tu considères déjà ces trois éthiques comme partie intégrante de ta vie au quotidien ? Raconte !



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2 Comments

  1. Super article, très intéressant ! Je t’avoue que je suis un peu perdu face a tout ce qu’il y a à faire… Je me retrouve dans toutes les valeurs que tu as énoncées, et j’essaye de faire ma part au quotidien a mon niveau. J’avance petit à petit, j’apprends beaucoup mais surtout j’agis, dans le sens d’un monde que j’espère meilleur…

    Des bises

    1. C’est sûr que pris comme ça, en « tas », c’est intimidant et presque démoralisant quand on voit la quantité de reformatage que ça (peut) nécessite(r).
      Je crois que le plus important dans l’histoire, c’est de ne pas perdre de vue ces éthiques, et de s’appliquer à toujours faire au mieux de ses capacités à l’instant T – avec le temps, le mieux devient meilleur encore (en principe) 🙂 On s’assouplit avec la pratique !

      Des bises aussi !

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