J’écris au féminin

Oui, je sais, j’aurais pu utiliser l’écriture inclusive. Mais ça me gonfle :

  • c’est pénible à écrire
  • je ne suis pas convaincue par les arguments en faveur de ce type de graphie
  • c’est illisible pour les personnes mal/non-voyantes.


J’écris au féminin parce qu’ici, c’est chez moi, et j’y fais ce que je veux. J’ai, de fait, décidé que j’écrirais au féminin. Non négociable.

J’écris au féminin parce que j’en ai ma claque des normes. De ces normes étouffantes qui invisibilisent un pourcentage non négligeable de la population animale humaine avec des accords toujours au masculin. J’en ai marre de lire et d’entendre ce que je lis et entends comme une sorte de perpétuel reproche de genre, comme une immuable glorification du masculin-social, comme si tout ce que je lisais ne pouvait m’être accessible parce que je ne rentre pas dans cette case-là.

J’écris au féminin parce que c’est, surtout, aux femmes que je m’adresse. Pas seulement aux femmes génétiques, mais aux personnes qui se considèrent comme femmes. Aux filles aussi ; celles qui sont « trop ou pas assez quelque chose » pour être appelées femmes, celles qui n’arrivent pas à s’appeler elles-mêmes femmes. Je suis une femme qui parle aux femmes, parce que c’est là, sur ce sujet-là, cet état-là, que j’ai une expérience. Parce que c’est à elles que j’ai envie de tendre la main que j’aurais voulu voir tendue. Je parle à celles qui s’efforcent de rentrer dans les cases sans jamais y arriver, à celles qui n’ont plus envie d’essayer d’y rentrer, à celles qui sont dedans mais qui s’y sentent à l’étroit, à celles qui voudraient en sortir, à celles qui voudraient y rentrer. Je parle, en définitive, à tout animal humain qui se reconnaît dans ce que je dis ; peu importe comment tu te considères, quel genre tu t’attribues, comment on t’apostrophe dans la rue, tu es au bon endroit, et accueillie à bras ouverts si tu te sens à ta place.

J’écris au féminin parce que c’est en lisant du féminin, des histoires de femmes, des expériences de femmes, qu’on se projette le mieux dans de nouvelles possibilités. Parce que je suis certaine que si l’on avait vu et lu tout ce qu’on a vu et lu dans notre vie avec les genres inversés, les femmes se sentiraient beaucoup plus capables, beaucoup plus fortes, plus audacieuses. Si les petites filles avaient des modèles féminins autres que les princesses et les mannequins, on serait sans doute plus nombreuses dans l’espace, aux postes gouvernementaux, en tête des entreprises. Une femme occupant certains postes, ce ne serait plus une première, plus un fait remarquable. Ce serait banal. Une femme menant certaines activités, ce serait banal. Et aucune femme n’aurait peur de choisir, d’essayer, de faire quoi que ce soit, car elle saurait que tout est possible.

Bref, j’écris au féminin pour changer les choses.