Féminisme et permaculture

Le féminisme, comme tous les mouvements politiques et sociaux remettant en question le pouvoir du plus fort, à l’instar du véganisme, a mauvaise presse. On taxe les féministes d’extrémistes, on se gausse en leur rappelant que « c’est bon, les femmes ont le droit de vote, vous l’avez l’égalité », on leur attribue une haine fantasmée des hommes, on chuchote sur leurs possibles inclinations sexuelles honteuses, ou encore sur leur physique probablement ingrat qui les aurait aigries…

D’aucunes se dédouane de toute attache audit mouvement : « je ne suis pas féministe, mais… ». Le féminisme a été diabolisé, détourné, utilisé. Souvent par calcul ou mauvaise foi, très souvent par ignorance, il atteint presque le rang d’insulte ou de susceptibilité mal placée.

Mais qu’en est-il réellement ? Qu’est-ce que le féminisme, en vrai ? Et quel est le foutredieu de rapport avec la permaculture ? T’inquiètes cacahuète, j’y viens !

Féminisme et permaculture

Le féminisme, ce n’est pas un gros mot !


En dépit de ce que ses détracteurs aimeraient te faire croire à coups de mots-valise bien inspirés comme le fabuleux « féminazie », les féministes ne sont pas une secte de femmes frustrées parties en croisade contre les hommes. D’ailleurs, le féminisme ne considère pas « les hommes » comme la cause de son existence ; ceux-là sont tout aussi victimes que les femmes. En outre, note qu’il est possible (et recommandé, d’ailleurs !) d’être homme et féministe et – malheureusement… – d’être femme et antiféministe. Parce que vu que l’union fait la force, faut pas déconner, autant se tirer une balle dans le pied, c’est bien plus rigolo.

Idée absurde qu’on voit souvent ressortir également : les féministes se considèrent comme supérieures aux hommes et voudraient s’arroger le pouvoir. Ben voyons ! Mais comme on dit, plus c’est gros, mieux ça passe, et beaucoup ont cette idée-là de ce mouvement. Triste, oui, je ne te le fais pas dire.

Le féminisme donc ne s’attaque pas à des personnes ou à des groupes de personnes. Il ne vise l’obtention d’aucun privilège. Le féminisme est un mouvement de justice sociale. Son objectif est donc… d’obtenir la justice et l’équité – un truc de fou. Et pour ce faire, il s’attaque au patriarcat. Ah, un autre gros mot !

Le patriarcat, c’est quoi dis, c’est quoi ?


Je ne suis pas une philosophe spécialiste de la question du féminisme et du patriarcat, tu es avertie, mais je vais m’appliquer à t’expliquer ce concept de la façon la plus juste et simple possible. Note que c’est un sujet très complexe et qu’un petit article ne suffit évidemment pas à traiter ces thèmes-là de manière exhaustive – il faudrait plutôt un ou des livres.

Le patriarcat donc. Si tu cherches ce terme sur Wikipédia, tu verras que la première référence proposée est un lien avec l’Ancien Testament : le patriarcat, dans ce contexte, fait référence au territoire soumis à la juridiction d’un patriarche, c’est-à-dire UN chef de famille. C’est bien joli tout ça, mais nous, la Bible, on s’en fout, c’est de sociologie qu’il est question ici !

Eh bien si étrange que ça puisse paraître, étant donné que la société a été très largement soumise à la domination chrétienne, il est intéressant de noter que ces termes dans leur contexte biblique recouvrent à peu près les mêmes notions en sociologie. Le Nouveau Petit Robert de 2009 (oui, encore lui) définit le patriarcat en sociologie comme suit : « Forme de famille fondée sur la parenté par les mâles et sur la puissance paternelle ; structure, organisation sociale fondée sur la famille patriarcale. » Bien. Merci Bob. On voit déjà émerger un modèle là-dedans.

Si on s’en remet une nouvelle fois à Wikipédia, on obtient la définition suivante : « forme d’organisation sociale et juridique fondée sur la détention de l’autorité par les hommes. » Et, un peu plus loin : « À partir des années 1970, le concept de patriarcat est utilisé par le féminisme pour désigner ce qu’il estime être le système social d’oppression des femmes par les hommes. »

Le patriarcat est une forme d’organisation sociale et juridique fondée sur la détention de l’autorité par les hommes.

Le patriarcat, donc, c’est un système social conçu par des hommes pour les hommes. C’est un système dans lequel les hommes se placent en haut de la pyramide et considèrent « le reste » – ici, les femmes, mais c’est valable aussi pour les autres animaux – comme des objets manipulables à leur gré et dans leur propre intérêt. Dans un système patriarcal, ce qui n’est pas « homme » n’est que quantité négligeable et, en tant que tel, assujetti au bon vouloir des tenants du pouvoir.

Ce patriarcat – qui est une réalité – a d’énormes répercussions sur la notion même d’égalité (et par là-même de justice) au sein de la société. Il se glisse partout, des sphères du pouvoir d’où les femmes sont exclues à l’éducation des enfants (les filles sont des princesses/des mamans, les garçons des héros/des combattants) en passant par la médecine (avec le contrôle du corps féminin, entre autres), l’intimité et… les interactions sociales au quotidien (as-tu remarqué toi aussi qu’en compagnie d’un homme, les gens t’adressent nettement moins la parole ?).

Bien entendu, le patriarcat place l’homme blanc hétérosexuel au sommet de la pile. Un homme blanc non hétéro, un homme racisé (c’est-à-dire, ici, non blanc) ou un homme racisé non hétéro n’auront pas les mêmes privilèges. Cette discrimination intervient aussi chez les femmes : plus tu cumules les handicaps sociaux, plus tu cumules les discriminations et les difficultés. Une femme blanche hétérosexuelle cisgenre (« cisgenre décrit un type d’identité de genre où le genre ressenti d’une personne correspond au genre qui lui a été assigné à la naissance », Wikipédia) sera bien moins pénalisée qu’une femme racisée ou homosexuelle ou transgenre. Je te laisse imaginer l’ampleur des difficultés dès que tu additionnes ce que le patriarcat considère comme des « déviances »…

Du coup, le féminisme, en quoi ça consiste ?


Comme on l’a vu donc, le féminisme, c’est un mouvement social (et politique, mais le social est toujours politique !) qui veut abolir le patriarcat pour obtenir l’égalité sociale et la justice. Le féminisme vise ainsi une transformation en profondeur de la société : il ne s’agit pas seulement d’abolir le patriarcat et les systèmes sociaux qui en dépendent, mais bien d’ériger à la place un système social juste qui redonne aux femmes, les opprimées, et par extension à toute personne opprimée par le système patriarcal (cette catégorie ne se limitant par essence pas aux animaux humains), une place qui convienne à leurs aspirations propres ainsi qu’à leurs spécificités.

Le féminisme ne vise donc pas nécessairement l’instauration d’un matriarcat en lieu et place du patriarcat. A l’heure actuelle d’ailleurs, les résistances au changement sont telles que le féminisme ne peut s’exprimer que sous forme de mouvement contestataire. En effet, pour pouvoir se poser comme force de proposition, encore faut-il être écouté, ou au moins entendu par ses détracteurs… Et comme toute entité animale humaine, le patriarcat n’entend pas se laisser déboulonner facilement des privilèges outranciers sur lesquels il est depuis si longtemps assis qu’il en a des escarres sur son gros cul graisseux.

Ça veut dire quoi, concrètement, être féministe ?


Être féministe, c’est donc vouloir un monde juste pour toutes et œuvrer au quotidien dans ce but-là.
Être féministe, c’est remettre en question son éducation, ses comportements, ses habitudes.
Être féministe, c’est réfléchir à ce qui découle de règles oppressives (comme l’épilation, le rôle forcé de pourvoyeuse de bien-être aux autres au détriment du sien propre, etc.) et opérer des changements sur soi, dans sa propre vie, pour inspirer le changement autour de soi.
Être féministe, c’est expliquer l’importance de cette prise de conscience et de ses possibles retombées.
Être féministe, c’est comprendre que le sexisme est partout et qu’il n’est qu’un des nombreux visages de l’oppression, qu’il faut combattre au quotidien.
Être féministe, c’est une responsabilité : vis-à-vis de soi et vis-à-vis des autres, celle d’ouvrir les yeux sur la réalité, faire tout ce qui est en notre pouvoir pour la changer, et ouvrir les yeux des autres.
Être féministe, c’est aussi une liberté : celle de mettre enfin des mots sur ces agressions insidieuses qu’on ressentait sans vraiment les comprendre, celle de s’opposer à l’oppression, celle de découvrir qui on est et ce que l’on veut.
Être féministe enfin, c’est savoir que toutes les oppressions sont liées et qu’un combat ne saurait prendre le pas sur un autre : toutes les causes doivent s’unir et confondre l’adversité main dans la main, dans l’intersectionnalité, car rejeter l’importance des autres causes et refuser d’y joindre ses forces, c’est encore fonder sa réflexion en termes patriarcaux de déni de l’altérité et c’est aller, en fin de compte, contre ses propres convictions.
Être féministe donc, c’est être antisexiste, antiraciste, anti-homophobe, anti-transphobe et aussi animaliste et végane.
En bref, être féministe, c’est refuser l’injustice sous toutes ses formes et se placer du côté du changement, de l’évolution et de l’amour avant tout.

Et le rapport avec la permaculture là-dedans ?


C’est bien, tu suis !

On en a parlé dans les articles sur la définition de la permaculture et les éthiques : la permaculture, prise dans son essence, c’est réfléchir de manière globale, holistique, c’est mettre les faits et ses propres actions en perspective les unes par rapport aux autres afin de comprendre leurs multiples impacts pour pouvoir agir dans le respect des éthiques. On ne pense pas un phénomène de manière isolée, on le relie à tout le reste, de son environnement proche (échelle micro) à son environnement plus global (environnement macro). Aucun événement n’est le fruit d’une seule et unique cause.

D’autre part, les éthiques de la permaculture, qui en sont les piliers fondateurs – bien avant tout le reste – je te le rappelle, prônent :

  • L’attention à la Terre – Earth Care
  • L’attention à la Vie – People Care
  • La juste répartition des ressources – Fair Share

Du simple bon sens pour qui voit plus loin que son nombril mais, surtout, un appel à l’égalité, à faire de l’altérité une force plutôt qu’une crainte, à prendre soin les unes des autres. Est-il pertinent de croire que les ressources (qui ne sont pas nécessairement matérielles) peuvent être équitablement réparties dans un système de classe dominante/individus opprimés ? Peut-on se targuer d’être attentif aux vivantes lorsqu’on dispose d’eux sans tenir compte de leurs aspirations propres ? Encore une fois, les éthiques permacoles vont bien plus loin que la simple application agricole : elles fondent les bases d’un projet de société morale, juste, éthique et durable, dans tous les domaines.

Enfin, pour rappel, la permaculture avait pour vocation première de protéger l’environnement et d’émanciper les peuples dans leur accès aux ressources primordiales : eau, nourriture, habitat mais aussi vie sociale harmonieuse – la « permaculture humaine » est d’ailleurs en plein essor. Comment penser culture, comment penser permanence, stabilité, durabilité dans un contexte inégalitaire ? Comment envisager l’émancipation d’une partie seulement des peuples ? Et comment prétendre répondre aux besoins élémentaires des individues si une « élite » s’arroge le pouvoir d’oppresser et de diriger selon ses caprices ?

D’ailleurs, ces postulats ont en partie été intégrés dans les recherches orientées vers l’aspect sociologique de la permaculture : toutes les communautés qui tentent de s’affranchir du système social actuel pour recréer leur propre système à plus petite échelle expérimentent de nouveaux systèmes de gouvernance dans lesquels chaque individue aurait autant de poids et de pouvoir que les autres.

Conclusion


Le féminisme n’est donc pas le mouvement contestataire rabat-joie et passé de mode qu’on voudrait nous faire croire, pas plus que les hommes ne sont la cible des militantes féministes : c’est à l’institution patriarcale que s’attaque le féminisme, pas pour s’arroger un pouvoir sur les autres, mais dans un objectif de justice sociale, d’équité. Quant à la permaculture, de par son essence même d’attention aux autres (humains ou pas) et de juste répartition des ressources, elle inclut le féminisme comme composante essentielle de son fonctionnement ; car être féministe, c’est comme pratiquer la permaculture : c’est penser le monde dans sa globalité, voir plus loin que soi et œuvrer à l’équité et à la justice pour toutes, au-delà des différences.

Et toi, comment vois-tu le féminisme ? Comment le pratiques-tu au quotidien ? As-tu des pistes de réflexion à nous partager ? On t’écoute 🙂

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2 Comments

  1. Hello Anne So, eh ben alors, tu me disais que tu galérais un peu à établir un lien flagrant mais moi, je trouve ça très bien démontré ! Je crois aussi que ce lien se tisse au travers d’une volonté de considérer le monde au travers d’une globalité, mais aussi à travers le prisme du respect…Il y a encore beaucoup à creuser de tous les côtés pour voir émerger de vraies théories mais j’ai bon espoir quand je lis des papiers comme celui-là ! Très bonne journée à toi !

    1. Je crois que tu as dis les deux mots magiques : globalité (holistique, ça fait mystérieux :P) et respect. Après, reste à voir comment mettre tout le monde d’accord sur la portée et la définition de chacun de ces mots, et là, c’est pas encore gagné.

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