La guerre des tables

La guerre des tables a commencé le jour où tu as quitté le nid parental pour voler de tes propres ailes. Tu as cru, chaque instant, que c’était toi qui avais le pouvoir. Mais c’étaient elles. Elles te surveillent. Elles te contrôlent.


Nos intérieurs occidentaux sont dominés par les meubles – et plus ils prennent de place, plus ils ont de pouvoir sur toi. En général, on commence nos vies indépendantes avec très peu de choses, qui tiennent dans de très petits espaces. Puis le premier boulot, la première promotion, et nous voilà dans un espace plus grand, dont chaque centimètre carré vide nous semble devoir être rempli incessamment.

C’est ainsi qu’on se retrouve d’un studio chichement meublé à un « vaste » (la notion de vaste dépendant de l’endroit où tu vis) appartement qui dégueule de meubles et d’objets qui s’entassent dedans/dessus/dessous/à côté/derrière (si si, je t’assure, là aussi !). Bref, alors qu’on vivait très bien notre sobriété des origines, on s’étouffe sous une montagne de trucs, de bidules, et de machins.

L’attaque des meubles

Il y a un meuble en particulier qui semble se multiplier plus facilement et plus rapidement que les autres : la table. Tu n’as jamais remarqué ?

Tu commences avec une table à tout faire ; elle te sert à préparer à manger, à manger, à poser tes pieds, à travailler, et à toute autre chose que ton imagination pourrait envisager.

Puis tu emménages dans un endroit un poil plus grand, et tu te dis qu’il te faut une table basse, parce que c’est pratique pour les apéros avec les copains (en fait non), pour regarder un film, poser des magazines… Toutes sortes de fonctions que tu remplissais très bien naguère avec d’autres objets – ou moins de bordel.

Après la table basse et les canapés et fauteuils qui vont avec (l’envahisseur est suivi de sa cour), au tour de la table de la cuisine. Oui, il faut une table dédiée. Après tout, tu ne peux pas tout faire sur la même surface, si ? Donc, une table de plus, et les chaises qui vont avec. A ce stade, tu te retrouves donc déjà avec trois tables, si tu suis, et au moins autant de chaises – on est plutôt sur un facteur 4 au niveau des chaises en général.

Un peu plus d’espace, et il te faudra une table de salle à manger, pour accueillir tes invités une fois l’an, et au moins 6 à 8 chaises pour tous les assoir. Ton ancienne table à tout faire devient une desserte, et tu achètes une autre table pour te servir de bureau. Là-dessus, ajoute le fauteuil, les nappes, les tapis… Bref, te voilà prise au piège : les tables ont gagné le combat, tu es désormais leur esclave.

Plus de tables, moins de temps

Penses-y : chaque fois que tu ajoutes un meuble chez toi, et en particulier une table, non seulement tu perds en espace (Cap’tain Obvious, toujours prête !), mais tu perds aussi en… temps ! Comme le dit Francine Jay (autrice de Le bonheur est dans le peu), une surface plane attire le bazar, c’est une loi de la physique. Donc tu mets plus de bazar, que tu dois ensuite ranger – si tu veux pouvoir utiliser ton espace, s’entend – et ranger, ça prend du temps et c’est pas forcément marrant.

Plus de tables, ça veut dire aussi plus de temps et d’énergie perdus en ménage. Il faut nettoyer les tables après usage, les nettoyer aussi si elles prennent la poussière. Il faut nettoyer avant usage si tu as des invités parce que, oh là là, il faudrait quand même pas qu’ils voient que chez toi, c’est comme chez eux, il y a de la poussière. Il faut aussi nettoyer sous la table et là, c’est rondement pénible ! Avec toutes ces satanées chaises qu’il faut déplacer, soulever, dont il faut aussi nettoyer la housse/les coussins…

Bref, les tables, c’est l’enfer sur Terre.

Tables et courants d’air

Autre chose : quand tu es à table, si tu vis dans un environnement peu/pas isolé ou dont les murs sont à des températures différentes (comme une majorité des foyers loués), tu es en plein courant d’air. Et même s’il fait plutôt bon, un courant d’air, à moins d’être en été, ce n’est pas très agréable. Tu te retrouves vite à avoir froid ici ou là. Pas le top du confort quoi.

C’est dans ces moments-là que tu te rappelles avec nostalgie de ces repas étudiants que tu prenais enroulée dans ta couette, sur ton matelas à même le sol. Cette époque bénie où tu ne passais pas des heures à faire le ménage, à ranger. Cette époque où tout était si simple et où tu ne craignais pas de te faire cambrioler parce qu’après tout, tu n’avais rien à perdre. Cette époque où un déménagement ne nécessitait qu’une seule voiture…

La vérité est ailleurs !

Je pourrais te suggérer de t’inspirer des intérieurs de bidonvilles où nos concitoyennes et concitoyens du monde vivent avec presque rien. Je suppute toutefois que cette suggestion ne t’inspirera pas forcément, alors je vais te proposer un modèle plus attrayant que la pauvreté : le modèle japonais.

Car les japonais n’ont pas inventé que les meilleures consoles de jeux vidéos de tous les temps. Ils n’ont pas à leur actif que les fantasmes sexuels les plus « tordus ». Ils ne se contentent pas de manger avec des baguettes, ni de rouler leur riz dans des algues. Ils ont aussi fait preuve d’astuce dans le domaine de l’ameublement.

Note au passage que je ne suis pas une fan de la culture jap’ ; par conséquent, la solution que je vais te proposer n’émane pas d’une sorte de mode à la noix. C’est une proposition fondée sur le bon sens et la praticité.

Le kotatsu, table basse japonaise, c'est l'icône du multiusage et des économies : en argent, en place, en temps, en énergie, et c'est super stylé ! Lis l'article pour en savoir plus !

Le kotatsu : solution ultime à tous les maux

On a toutes en tête cette représentation épurée des intérieurs japonais : tout est rangé (bon, en vrai, c’est sûrement aussi bordélique que chez nous, faut pas se leurrer), les espaces sont « vastes » (pourtant, leurs intérieurs sont petits), rien ne dépasse, c’est beau, reposant, zen quoi et… il y a extrêmement peu de meubles.

Et l’un d’entre eux, spécifique, assure un grand nombre de fonctions (c’est genre LE meuble perma), j’ai nommé : le kotatsu.

Le kotatsu, c’est une table basse, jusque-là, rien de fou. Cette table permet à la famille de manger et de faire toutes ses autres activités nécessitant une surface plane, avec une petite nuance : le kotatsu tient chaud.

En effet, pendant les périodes froides, le kotatsu peut-être équipé d’une couverture glissée sous le plateau, qui couvre les jambes des convives et les tient au chaud. Il est même de coutume de glisser un chauffage spécial, en général fixé sous le plateau, pour chauffer les jambes (au pays du soleil levant, point de chauffage central, et bien peu d’isolation – les portes en papier de riz, c’est beau, mais pas vraiment efficace). Ce qui fait du kotatsu l’endroit le plus cosy de la maison ! On peut alors s’y installer pour regarder un film, travailler, lire, voire même faire la sieste !

Bien entendu, le kotatsu n’est pas installé à même le sol : les intérieurs japonais sont « pavés » de tatamis, qui procurent isolation et confort. Pour plus de chaleur et encore plus de confort, on peut également placer une couverture épaisse sur les tatamis, sous le kotatsu. Enfin, on peut s’assoir à même le « sol » ou sur de petits coussins, pour celles qui ont les fesses avides de plus de douceur.

Enfin, il est bon de rappeler que tous ces avantages – confort, chaleur – font du kotatsu le lieu privilégié de sociabilisation au sein du foyer. Passer du temps avec ceux qu’on aime (tes chats vont adorer leur nouvelle cabane), c’est important.

Testé et vigoureusement approuvé

C’est lors de ma dernière vague de réduction des « possessions » que j’en ai eu marre de la mainmise de toutes ces tables sur ma vie : trop, c’est trop. Et c’est à ce moment-là que je suis tombée – le hasard fait si bien les choses – sur le concept de kotatsu.

Ni une, ni deux, je me suis lancée dans la fabrication de mon propre modèle de kotatsu. Non seulement j’étais très fière (et heureuse) d’avoir fabriqué mon tout premier meuble, mais en plus de ça, je le trouve très joli. Pour couronner le tout, à l’usage, il est vraiment très pratique.


Grâce à lui, j’ai pu me débarrasser (j’ai revendu ou donné hein, pas jeté, folle que tu es !) d’une table immense et de ses bancs, ainsi que de ma vieille table basse qui ne servait guère qu’à accumuler la poussière – le couple table basse/canapé, j’ai toujours trouvé ça fondamentalement impraticable. Je me suis aussi séparée de mon canapé. Et de mon bureau – ma vieille table à tout faire a été réhabilitée à l’occasion. Gain d’espace, d’argent, de temps, d’énergie et de confort, qui dit mieux ?

A l’heure où j’écris ces lignes, soit en plein hiver, je suis bien contente d’être installée près du feu, les jambes au chaud sous mon kotatsu. Ne crachons pas dans la soupe, ce petit côté inhabituel donne en plus à l’intérieur un style vraiment sympa ! Et je confirme : la sieste sous le kotatsu, c’est over-cool.

Conclusion

Plus on en a, plus on en veut, surtout si ce n’est pas utile. Et ce qui est valable pour tous les menus objets l’est aussi pour le mobilier, et, en particulier, ces tables qui se multiplient vitesse grand V. Pour contrer les effets néfastes de l’envahissement de l’espace par ces tables hostiles et leur fielleux minions de chaises, une solution : le kotatsu. A toi les jambes au chaud, le ménage simplifié et le look atypique ! Et tu feras même plaisir à ton compte en banque en revendant tous ses prédécesseurs – et à ton dos lors du prochain déménagement.

Dans un prochain article, je te raconterais comment j’ai fabriqué mon propre kotatsu !

Et toi, es-tu aussi envahie par tables et chaises ? As-tu développé une stratégie spécifique de ménage pour ces zones minées ? Es-tu emballée par le principe de kotatsu ?


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2 Comments

  1. Il est génial, cet article !

    Tu me fais ouvrir les yeux sur quelque chose de vraiment évident. En plus, ces derniers temps, j’étais en recherche d’une nouvelle table … Parce que je voulais plus grand pour quand il y a des invités (ce qui impliquait aussi, comme tu le dis si bien, des chaises en plus, et tout ça pour … 10 fois dans l’année ? Est-ce que ça vaut vraiment le coup ?)

    Ici, on a une table classique. Je lui reproche surtout d’être trop étroite, on y est toujours mal. Du coup, elle sert principalement de déco et c’est elle que je voulais changer.

    On a un bar qui, pour le coup est hyper utile ! On mange dessus, on cuisine dessus, on fait tout dessus !

    On a une table basse qui est complètement inutile. Et une seconde table basse (oui …) collée à un mur, qui supporte les plantes :).

    A la réflexion (que tu as initiée, parce que j’ai lu ton article il y a une semaine et que je cogite depuis !), j’ai choisi d’arrêter mes recherches pour une nouvelles table. Déjà parce que niveau argent, ça n’est pas la priorité, mais aussi parce que je me rends compte que celle-là suffit. Certes, elle est étroite, mais je peux l’accepter pour les 10 fois dans l’année où je suis assise dessus.

    Le kotatsu, c’est vraiment une chouette idée ! Si un jour il m’arrive de vivre à nouveau dans un espace plus cosy, j’y songerai.

    Merci !

    1. Je t’en prie Rozie, ravie que cet article t’ait plu et t’ait été utile !
      C’est vrai que quand c’est bien placé et bien conçu, un bar c’est extrêmement multifonction aussi et pratique – et ça peut même être très esthétique – l’inconvénient majeur étant que les chaises de bar, c’est très stylé, mais je n’ai jamais trouvé ça très pratique (une question d’habitude, sans doute ?).
      Deux tables basses ! Tu en fais la collection ? 😉 Remarque, à force, tu pourrais les superposer pour te faire des étagères new-age – un peu encombrant peut-être cela dit.
      Beau week-end à toi !

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