Peinture naturelle : mon retour d’expérience sur la peinture à la pomme de terre !

Il y a quelques semaines de ça, je te racontais (enfin), avec des mois de retard, mon expérience avec la peinture à l’argile. Un bilan très positif après deux chantiers très différents. A l’occasion de ce billet, je te glissais subrepticement qu’un autre suivrait, sur la peinture à la pomme de terre


Eh oui, nous voici nous voilà, après la peinture à la farine, la patine à la cendre et la peinture à l’argile sur le chapitre de la peinture à la patate ! Quoi ?! On peut faire de la peinture avec des pommes de terre ?! Non ! Mais bien sûr que si kiki ! Et même que c’est vachement simple !

Aujourd’hui, je te raconte donc en super exclu les aventures de mon expérience toute fraîche en peinture à la patate !

Peinture naturelle : mon retour d'expérience en peinture à la pomme de terre

La peinture à la pomme de terre, c’est quoi ?


Bon, je vais pas te refaire le coup de la fausse devinette – les blagues les plus courtes sont les moins longues comme on dit – la peinture à la pomme de terre est une peinture murale (mais je suppose qu’elle pourrait aussi servir à d’autres usages plus « artistiques ») préparée, entre autres, à base de pomme de terre. Facile.

Donc oui, si tu veux faire de la peinture et que tu as un gros stock de patates dont tu ne sais plus que faire après avoir mangé des frites et des pommes dauphines pendant des mois, tu peux tout à fait les recycler en peinture.

Une vue de la cage d'escalier et de l'installation, par en-dessous ; casse-gueule !
L’escalier est protégé des éclaboussures.

L’avantage de cette peinture, outre son aspect ultra écologique, c’est qu’elle est extrêmement simple à préparer, ne nécessite aucun produit complexe à dénicher pour un prix de revient carrément dérisoire ! Et évidemment, elle n’est pas nuisible pour ta santé, que ce soit à l’application ou dans le temps.

Sur quels supports appliquer la peinture à la patate ?


La peinture à la pomme de terre étant une recette assez ancienne (personne n’a l’air d’accord sur le Net pour une date de première utilisation, mais elle aurait au moins 200 ans), elle fonctionne a priori fort bien sur les supports « naturels » ouverts : plâtres, briques, bois, enduits. Ce qui paraît plutôt logique.

Vue du dessus de la cage d'escalier : une plaque de BA 13 en face, les deux madriers de support au dessus du "vide".
Le point de départ, très disparate (quand je te dis que je joue les funambules…)

La bonne nouvelle, c’est que les supports plus modernes, type BA 13, Placoplatre et peintures anciennes (poncées et lessivées) peuvent également convenir pour une application de peinture à la pomme de terre !

Les ingrédients pour préparer la peinture à la pomme de terre


Je te le disais un peu plus tôt, la peinture à la patate peut être cuisinée avec des ingrédients très simples d’accès et très bon marché. Qui plus est, la liste est très courte.

Pour faire de la peinture à la pomme de terre, il te faut :

  • des patates (ou de la fécule de pomme de terre)
  • du blanc de Meudon (aussi appelé blanc de Troyes, ou craie)
  • des pigments (de préférence des ocres et terres, éviter les oxydes)
  • de l’eau
  • éventuellement de l’huile de lin

Le matériel de cuisine de la peinture à la pomme de terre sur le plan de travail : casserole, balance, ocre, blanc de Meudon, huile de lin et fécule de pomme de terre !
Il faut peu de choses pour cuisiner de la peinture à la patate.

Et c’est tout. D’une simplicité déconcertante, non ? Sachant que tu peux trouver le blanc de Meudon en magasin de bricolage (c’est ce qu’on utilise pour blanchir/opacifier les vitres des magasins en travaux, entre autres usages) et probablement aussi les pigments, c’est vraiment une peinture qui peut même être préparée sans trop d’anticipation (genre un matin ça te prend, tu peux décider de repeindre ton salon dans la journée quoi).

Une recette de peinture à la pomme de terre


Je te partage ici ma recette de peinture à la patate, à base de fécule de pomme de terre.

Pour 5 litres de peinture à la pomme de terre (rendement annoncé de 25m²/L) :

  • dans une grande casserole, verser 3L d’eau froide (il est crucial que l’eau soit froide)
  • verser en pluie et tout en remuant au fouet 500g de fécule de pomme de terre (c’est en général utilisé comme épaississant pour les sauces, les soupes, les desserts et en pâtisserie)
  • faire chauffer tout en remuant sans interruption. Dès que le mélange commence à épaissir, couper le feu et continuer à remuer jusqu’à ce que la texture se stabilise. Le mélange est censé être gluant, blanchâtre, plutôt épais.
  • à part, dans un saladier, mélanger 200g à 300g de pigments dans 500mL d’eau froide et mélanger.
  • à part, (oui, encore !) mélanger 1500g de blanc de Meudon avec de l’eau froide jusqu’à obtenir la consistance d’une boue un peu liquide.
  • dans le récipient qui contiendra la peinture, mélanger, dans l’ordre, les pigments et le blanc de Meudon, puis le mélange eau/fécule gluant.
  • si tu souhaites ajouter de l’huile de lin, c’est le moment : 3 cuillères à soupe.
  • ajouter de l’eau et mélanger le tout jusqu’à obtenir une consistance fluide. La peinture ne doit pas être trop liquide.

Le blanc de Meudon en boue au fond du seau.
Boue de blanc de Meudon

Notes sur la préparation :


Tu peux trouver sur Internet des recettes de préparation de peinture à la pomme de terre directement à partir de patates entières, comme celle proposée sur Graine de création.

Personnellement, je n’ai pas de moulin, pas de presse purée, et je n’avais pas du tout envie de passer un temps fou en épluchage et cuisson, donc j’ai opté pour la solution de la fécule de pomme de terre.

L'ocre jaune pâle dans son pot : une teinte presque dorée
L’ocre jaune pâle

C’est tout aussi économique (pour 10L de peinture, j’ai utilisé 4x250g de fécule, pour 3€28 au supermarché du coin) mais nettement moins écologique si on considère le transport, la transformation et l’emballage subies par les pommes de terre avant d’atterrir dans ma recette.

D’autre part, sur ma première préparation, j’ai fait l’erreur de faire chauffer l’eau avant d’ajouter ma fécule… Ce qui a résulté en un sacré paquet d’énormes et indestructibles grumeaux, que je n’ai pas pu rattraper ni au mixer ni au fouet électrique. D’où l’importance de la température pour le mélange !

Note sur les pigments :


Comme dans mon article sur la peinture à l’argile, j’aimerais ici souligner qu’il est tout à fait possible de trouver des pigments naturels dont la récolte ne nécessite pas de lourds traitements chimiques et extrêmement polluants : tu peux te procurer des ocres et des terres, dans des teintes assez variées, du jaune pâle au noir en passant par les bruns, les rouges voire les verts.

Tu peux également combiner les pigments entre eux pour faire ton propre mélange et obtenir une teinte personnalisée.

L'ocre jaune pâle mélangé au fouet avec l'eau froide : la couleur n'est pas altérée.
L’ocre mélangé à l’eau

Je te déconseille fortement les pigments obtenus par de lourds traitements chimiques comme les pigments très flashy ou le blanc (oxyde de titane) ; si tu veux une couleur claire proche du blanc, opte pour une peinture à l’argile blanche (kaolin). C’est quand même un peu crétin de faire sa propre peinture écologique pour y mettre des pigments super polluants, non ?

Note sur le matériel de préparation :


Comme pour toutes les peintures naturelles dont j’ai parlé jusqu’ici, les matériaux utilisés n’étant pas toxiques ou dangereux pour la santé – quoi que je suppose qu’une cure de blanc de Meudon ne soit pas forcément recommandée -, tu peux tout à fait cuisiner ta peinture à la pomme de terre dans tes casseroles et saladiers habituels. Il suffit de bien nettoyer – et pas besoin de produits bizarres pour le nettoyage : de l’eau (chaude ou froide) suffit généralement. Éventuellement, quelques copeaux de savon d’Alep ou de Marseille (sans matière d’origine animale ni tests sur les animaux) te dépanneront à l’occasion. C’est ce que je fais en tout cas !

Le mélange de l'ocre et du blanc de Meudon : la couleur est modifiée, plus satinée, un peu plus sombre.
L’ocre mélangé au blanc de Meudon ; la couleur est modifiée.

Mon retour d’expérience sur la peinture à la pomme de terre


La préparation


Ce chantier de peinture à la pomme de terre, c’était un peu comme un exercice de routine : une « petite » surface à couvrir (le haut de ma cage d’escaliers), des supports plus unis et moins pénibles à couvrir que dans d’autres pièces…

La préparation s’est donc cantonnée à estimer la quantité d’ingrédients nécessaires – et avec cette peinture là, ça en faisait peu – qui ont été rassemblés en une virée au supermarché pour chercher de la fécule – j’avais déjà le blanc de Meudon, l’huile de lin et les pigments -, à installer les protections au sol, dépoussiérer rapidement les murs, bref, facile quoi.

Le mélange de la fécule à l'eau (première version avec grumeaux) : un liquide épais et gluant
La fécule cuite (ici, avec grumeaux) permettra l’accroche de la peinture.

Ma seule appréhension lors de cette étape était que je ne savais pas trop à quoi m’en tenir pour la préparation de la peinture, et surtout que j’allais devoir peindre en équilibre sur deux madriers au-dessus du vide – j’étais pas rassurée, je l’avoue, mais j’allais pas me laisser décourager par la possibilité de me briser la nuque !

Le matériel utilisé


Tu t’en doutes, je n’ai pas changé de philosophie depuis la dernière fois : hors de question de racheter du matériel, j’ai donc fait avec ce que j’avais déjà. Et puisque je voulais avoir des effets de mouvement (la peinture à la pomme de terre s’y prête bien) sur mes petits murs privés de soleil, j’ai tout fait au pinceau large plat. Avec quelques exceptions pour le pinceau à rechampir sur certaines zones qui s’y prêtaient plus, comme les encadrements de porte et autres « trucs en bois » – oui, y’a des trucs un peu bizarres dont j’ignore tout à fait l’utilité dans cette maison ! Mais je l’aime quand même.

Les supports testés


Cette fois-ci, la diversité de supports n’était pas exactement au rendez-vous – en même temps que j’écris ça, je me dis que c’est pas tout à fait vrai, en fait.

J’ai donc appliqué ma peinture à la patate sur les supports suivants :

  • baguettes en bois
  • peinture ancienne non grattée, non poncée sur bois
  • peinture ancienne grattée sur mur
  • plâtre
  • BA 13 / Placoplatre
  • un truc étrange et indéfinissable qui ne date pas d’hier

Mise en œuvre


Comme je te l’ai glissé précédemment, ma principale difficulté dans ce chantier, c’était de devoir faire l’équilibriste au-dessus de la cage d’escalier. Je cite notamment comme difficulté le fait que mes deux madriers de support n’étaient pas de même épaisseur, et que l’un des deux était de fait nettement moins rigide que l’autre – je te laisse imaginer la sensation que ça fait quand tu installes ton escabeau qui penche là-dessus. C’est vraiment LA partie du chantier qui m’a fait suer (au sens propre comme au figuré), notamment parce que ça compliquait aussi les allers-retours au seau pour remplir le bac, ou le déplacement de l’escabeau pour peindre. Mais bon, tout ça, tu t’en fous, ça va pas trop te servir !

La peinture à la pomme de terre réussie : d'une belle couleur presque caramel, fluide.
La peinture à la pomme de terre prête à l’emploi.

J’avais un peu foiré la toute première préparation de peinture – je n’ai pas réussi à rattraper les grumeaux, et je n’ai pas assez liquéfié la peinture. Comme elle était trop épaisse, j’ai épuisé en à peine une couche ce qui aurait dû me servir à en faire deux. D’autre part, les grumeaux – j’allais quand même pas gaspiller et jeter ma peinture ! – ont fait, pour cette première couche, un rendu texturé. Pas vilain du tout si tu veux mon avis, même si j’ambitionnais un rendu « plat et lisse » pour une fois. Tant pis !

La peinture à la pomme de terre a très bien réagi à l’application sur plâtre (en même temps, le plâtre c’est un peu le Nirvana de la tranquillité pour peindre : ça absorbe bien, et ça fait un fond uni, le pied quoi). Là, une seule couche aurait pu suffire : je voulais un rendu clair – puisque c’est une pièce quasiment pas éclairée – et ma peinture à la patate à l’ocre jaune pâle rendait ce service à la perfection – même s’il me semble que ça rendait presque rose saumon très pâle au final, mais c’est peut-être juste mes yeux vu que je suis pas toujours d’accord avec les autres sur les couleurs.

Sur le BA 13 / Placoplatre, pour obtenir une vraie opacité et gommer les différences entre les points au plâtre et le gris des plaques, je suis allée jusqu’à la troisième couche – aussi parce que ma deuxième préparation de peinture à la pomme de terre étant bien plus réussie, j’avais des surplus à écouler, et je ne me voyais pas jeter la moitié de la préparation.

Pour la couvrance sur peinture ancienne grattée – bleue à cet endroit, je crois que les précédents occupants de la maison adoraient le bleu, ils en avaient foutu partout ; mais sérieusement, qui peint l’intérieur de sa maison en bleu ?! -, qui était coincée entre placo et plâtre, il fallait bien les trois couches également. Il me semble, avec l’éclairage disponible, que le résultat est assez convaincant.

La peinture à la pomme de terre a une bonne accroche sur tous les supports – c’était un vrai régal sur ce point ! -, les tiges de bois et autres supports étranges et indéfinissables (peints, fût un temps) inclus. La tige de bois – qui sert d’encadrement de porte – étant couleur bois, il lui a bien fallu ses trois couches également pour un résultat uniforme.

Encore un exemple du rendu de la peinture bien assorti aux boiseries claires.
Les coups de pinceau sont visibles sur le mur de droite, peint en deux couches (le reste en trois)

Finalement, ç’a été vraiment agréable de travailler avec cette peinture à la patate : je n’ai eu aucune mauvaise surprise concernant l’accroche ou la couvrance.

Rendu


Jusqu’à maintenant, si tu m’avais demandé mon avis, je t’aurais recommandé la peinture à l’argile. Je révise ma copie : maintenant, je te recommanderais probablement la peinture à la pomme de terre en priorité !

On a le rendu très doux et mat caractéristique des peintures naturelles, mais celle-ci a un petit quelque chose en plus je dirais. C’est peut-être la couleur qui fait cet effet-là, mais je trouve que le rendu final fait plus doux encore et plus poudré que les autres peintures naturelles que j’ai essayées jusque-là.

Le rendu vu de près : poudré, texturé, les coups de pinceau sont visibles et donnent du mouvement.
Les grumeaux apportent un petit plus

On voit très bien la différence de rendu entre les différentes textures, et celle-là est vraiment très chouette, compte tenu de la facilité de préparation, d’application et d’accessibilité en prix de la peinture à la pomme de terre.

J’en viens presque à regretter de ne pas l’avoir essayée plus tôt ; elle produit un bien meilleur résultat que d’autres notamment sur les peintures anciennes. Je referais peut-être certaines peintures du coup, un jour…

La cage d'escalier peinte vue d'en bas : le rendu donne une atmosphère chaleureuse et douce.
Et voilà le travail !

Conclusion


Écologique, économique, d’une simplicité de préparation déconcertante et très polyvalente d’application, la peinture à la pomme de terre est vraiment une peinture naturelle extrêmement agréable à travailler. Si on devait la qualifier d’un seul et unique mot, je choisirais « cool ».

Quant à son rendu, on a quelque chose de très doux, mat et poudré, qui s’assortit sans peine à tout ce qu’on pourrait mettre autour, et convient parfaitement à n’importe quelle pièce.

Bref, la peinture à la patate, j’adore, et je te recommande très vivement de la tester !!!

Pour aller plus loin, jette un œil sur mon article sur la peinture à l’argile !

Ou encore sur mon retour d’expérience sur la peinture à la farine.

L’article de présentation des peintures naturelles pourrait aussi t’intéresser.

Et toi, as-tu déjà essayé la peinture à la pomme de terre ? As-tu envie d’essayer ? Qu’en penses-tu ? Raconte !

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4 Comments

  1. Hello Anne-So, merci pour cette super recette qui me donne très envie de tenter l’expérience 😀 (et au prix de la peinture industrielle, cette idée est plus que bienvenue). Je fais ma chieuse, il y a un tout petit point qui me chiffonne: tu dis qu’utiliser de l’amidon est plus écologique que d’utiliser des pommes de terres. Je n’ai pas trop saisi pourquoi parce qu’il me semble qu’il faut aussi pas mal de transformations en usine pour obtenir de l’amidon (et de transport pour aller mettre ce beau monde en rayon). N’hésite pas à m’éclairer sur le sujet, j’ai hâte de connaître ton avis ! Je reviendrai te donner mon avis si d’aventure je tente l’expérience de la peinture végétale. Très beau week-end à toi !

    1. Justement, je dis que la fécule est moins écologique 😛
      « […] j’ai opté pour la solution de la fécule de pomme de terre.
      C’est tout aussi économique […] mais nettement moins écologique si on considère le transport, la transformation et l’emballage subies par les pommes de terre avant d’atterrir dans ma recette. »

      J’ai hâte de lire ton retour – je sais que tu ne vas pas pouvoir résister longtemps à l’appel de la nouveauté 😉
      Beau week-end à toi aussi !

  2. Fatiguée Manon est ^^ Scuze pour ce malentendu ! Ce qui est cool, c’est que j’ai le champ libre pour tester la peinture à la pomme de terre lors de mon prochain déménagement !! Mon copain est curieux de savoir ce que ça peut donner 🙂
    Du coup, j’essaierai peut-être avec les pdt entières, je viendrai te faire un nouveau retour ! Encore merci pour cette recette !

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