La permaculture doit-elle être gratuite ?

C’est le débat qui agite la Toile depuis que « permaculture » est devenu un mot tendance : la permaculture doit-elle être gratuite ? Comme toujours, il y a les pour et les contre. Et je te propose ici un petit tour d’horizon de la question depuis mon côté de la lorgnette.


Pour moi, la permaculture est réellement une discipline, une philosophie qu’il est nécessaire de partager au plus grand nombre. A l’heure actuelle, où le genre humain a déjà épuisé la majorité des ressources planétaires et continue malgré tout de creuser (sa tombe et celle des autres), comprendre notre environnement et faire ce qu’il est en notre pouvoir pour le préserver est une nécessité. Une question de survie.

Comment bien le faire, sans les outils adéquats ? Comment espérer une réduction des effets néfastes de nos modes de vie si certains n’ont pas accès à la connaissance pour des raisons financières ? Le changement auquel nous aspirons, vers lequel nous tendons, ne peut intervenir sans la collaboration de tous, sans distinction.

Et de la même manière que l’école est – en France, pour le moment – « gratuite » (même si elle ne l’est pas pour le bien commun mais pour un asservissement plus efficace des masses, mais ceci est un tout autre débat), la permaculture, qui représente une échappatoire possible à l’enfer que nous nous préparons, doit l’être également.

Ce qui est merveilleux, c’est qu’il se trouve que la permaculture est, par essence, gratuite. Une connaissance n’a pas de prix. Celle-là peut, de plus, s’acquérir par l’observation. Car finalement, qu’est-ce que la permaculture, sinon la plus parfaite illustration du bon sens ? Observer le fonctionnement des éléments pour favoriser leurs interactions, se contenter du nécessaire, redistribuer les surplus, il n’y a rien, dans cette approche, de mercantile.

Payer ou ne pas payer, telle est la question ! Mais est-ce vraiment la bonne question ? Je te propose ma réflexion sur le sujet !

Qu’en est-il des cours de permaculture ?


Le grand débat sévit surtout autour des prix pratiqués pour les cours de permaculture, qu’il s’agisse d’initiations ou de Cours Certifié de Permaculture. A l’heure actuelle, alors que les permaculteurs et permacultrices d’expérience se font de plus en plus nombreuses à offrir leur savoir, on trouve toutes sortes de prix : certaines proposent du gratuit, d’autres des prix aux alentours de la centaine d’euros, jusqu’à des sommes plus élevées. Les conditions d’accueil et d’enseignement varient – en général – en fonction du prix pratiqué : il y en a pour tous les goûts. Certaines logent leurs étudiants en tentes sur un terrain sauvage, d’autres en gîtes. C’est une question de choix. Certaines enseigneront seules pendant deux semaines, d’autres feront participer des intervenantes. Là aussi, tout dépend de la volonté de l’organisatrice et de ses possibilités.

Quoi qu’il en soit, il est une chose qu’il ne faut pas oublier : partager ses connaissances a un coût réel, celui du temps que l’on passe à transmettre et qu’on ne peut, de fait, pas utiliser à autre chose. Pour une maraîchère qui passera une journée à exposer ses techniques de maraîchage en permaculture, c’est une journée de travail sur ses cultures de perdue, et peut-être de fait un retard dans ses productions. Idem pour la pépiniériste, ou encore celle qui ne se nourrit que de ce qu’elle cultive. Il y a donc un manque à gagner pour celles qui acceptent de partager.

D’autre part, et il semble que ce facteur soit systématiquement passé à la trappe par les détracteurs des cours payants :

quel que soit le degré d’autonomie de l’intervenante, que ce soit en termes de productions énergétique, alimentaire ou d’eau, il reste et restera toujours des coûts incompressibles.


La transmission de savoir ne paie pas les factures


Dans le meilleur des cas possibles, l’enseignante serait propriétaire de son terrain. Soit. Peut-être a-t-elle encore un crédit à rembourser ? Toujours est-il qu’il reste les taxes à payer : foncière, dans le cas d’une propriétaire, d’habitation, pour une locataire (qui aura, dans ce cas, un loyer à payer tous les mois). A moins d’être hébergé à titre gratuit par un mécène, l’habitation engendre toujours des coûts qu’on ne peut espérer régler en sacs de patates – je suis à peu près certaine que le fisc ne verrait pas ça d’un très bon œil.

En admettant que notre dévouée enseignante se moque éperdument d’Internet (une facture en moins), du téléphone (ce qui rend compliquée une réservation de cours, mais admettons), qu’elle ne consomme rien de plus que ce qui est nécessaire à sa subsistance, il est des choses qu’on ne peut pas produire seul. On peut, bien entendu, faire de la récupération. Du recyclage. Pas toujours. Comment pallier ce type de besoins, sans argent ?

Les partisans du tout-gratuit avanceront sans doute que le troc a de beaux jours devant lui. Possible. Reste à tenir compte du fait que tout le monde n’est pas forcément intéressé par ce que tu as à proposer. L’argent n’est qu’un simplificateur de troc. C’est ainsi qu’il a été créé.

Je tiens enfin à soumettre à la sagacité de ceux qui me diront qu’il y a toujours moyen de s’arranger, qu’on peut utiliser la connexion internet du voisin, le terrain du copain, et la ligne téléphonique de maman, que se reposer sur d’autres pour remplir des besoins que nous ne savons combler nous-même est une forme de parasitisme, pas d’autonomie. Or, il se trouve qu’à l’heure actuelle, point de salut sans espèces sonnantes et trébuchantes.

L’argent et la peur


Pendant longtemps, j’ai considéré que l’argent n’était pas une bonne chose, parce qu’il poussait au vice ceux qui en voulaient toujours plus. J’ai aussi vécu longtemps dans la peur du manque d’argent, comme si de celui-ci dépendait ma santé, mon bonheur, mon existence-même. Et, comme tout le monde – je suppose, tu confirmes ?- je préfère ne pas avoir à payer quelque chose quand je peux l’éviter.

Sauf que – tu ne le croiras jamais ! – j’ai découvert que « manquer d’argent » n’équivaut pas à mourir d’asphyxie instantanément. Qu’on n’est pas plus malheureuse avec moins, pourvu que l’on ait un toit et l’estomac satisfait. L’argent, en soi, ne fait pas le bonheur. Il ne fait pas le malheur non plus. Il ne sert qu’à ce à quoi tu l’utilises. Tu es donc responsable des sentiments que t’inspire l’argent.

C’est toi, en tant qu’acheteuse, qui a le pouvoir de choisir ce que tu cautionnes ou pas ; reste à le faire en toute connaissance de cause. On en reparlera !


De la même façon, demander de l’argent en contrepartie de son temps n’est pas une preuve manifeste de corruption. Tu peux penser que travailler pour quelqu’un est un moyen plus sain de payer le temps que le quelqu’un en question t’a donné – si ce mode de fonctionnement t’intéresse, le WWOOFING devrait te plaire. Garde en tête toutefois que la personne que tu as en face de toi n’a peut-être pas besoin de tes services ou de ton temps, surtout si tu es seulement apprenante et qu’elle doit tout t’expliquer. Et comment, dans ces conditions, organiser le paiement de toute une classe de Cours Certifié en Permaculture autrement que par l’argent ?

Pendant un certain temps, je n’ai pas trop su que penser de ce débat qui enflammait tant (et qui enflamme sur beaucoup d’autres sujets également ; parler d’argent en France semble toujours se résumer à passer au peloton d’exécution). Je n’ai pas eu d’opinion, même si je comprenais que certains prix soient trop élevés pour certaines bourses.

Avec le recul, je constate que ceux qui se plaignent le plus sont sans doute ceux qui font le moins d’efforts pour trouver une solution. La plupart des enseignantes proposent des exceptions (des entrées gratuites) pour celles qui n’ont vraiment pas de moyens. En Cours Certifié de Permaculture, j’ai croisé des personnes extrêmement démunies qui en ont suffisamment voulu pour obtenir un financement par Pôle Emploi. Il existe également des financements régionaux, peut-être même départementaux. Les solutions de financement existent bel et bien pour qui se donne la peine de chercher – emprunt amical/familial, crowdfunding, etc.

Concernant le principe même de faire payer son temps et son énergie, mon avis est désormais tranché : je ne conçois pas un instant qu’on puisse blâmer quelqu’un de demander une contrepartie financière à une transmission de savoir. Tout travail mérite salaire. Et plus encore quand le travail en question est porteur de sens et de valeur, comme l’est la transmission du savoir lié à la permaculture.

Enfin, pour reprendre le parallèle fait plus tôt avec l’école, je te rappelle que même s’il est courant de dire qu’elle est gratuite, elle ne l’est pas vraiment : chacun paie, au travers de ses taxes et impôts, écoles et professeurs. Et les professeurs en question n’ont pas à rougir du montant de leur salaire, non plus que de l’idée même de gagner de l’argent en propageant des connaissances.

Conclusion


Le débat sur la gratuité de la permaculture continue de s’étendre. Si certains acceptent d’emblée l’idée de faire circuler de l’argent en investissant dans leur avenir, d’autres continuent de grogner contre la prétendue extorsion de fond qu’un paiement contre du savoir représente pour eux.

En ce qui me concerne, je suis désormais convaincue du bien-fondé de cette redistribution des richesses : en fin de compte, on gagne bien plus qu’on n’a donné !

Et toi, que penses-tu de ce débat ? As-tu un avis tranché sur la question ? As-tu des propositions d’amélioration du système à avancer ? Raconte !

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