Les principes de la permaculture selon Bill Mollison

Après les éthiques qui définissent un champ d’action global, les principes de la permaculture servent de structure de référence : ils précisent le fonctionnement de la discipline, lui donnent un cadre. Aujourd’hui, on va se concentrer sur les principes de la permaculture selon Bill Mollison. Promis, tu ne vas pas t’ennuyer !

Dans son Permaculture : a Designer’s Manual paru en 1988, Bill Mollison a compilé l’ensemble des informations relatives à sa vision de la permaculture. Ce document monumental (près de 600 pages) répertorie tous les sujets et informations qui doivent être transmis lors d’un Cours de Design en Permaculture. C’est, en quelque sorte, le guide ultime de la permaculture, que ce soit pour les professeurs, les designers ou encore les étudiants.

Depuis la parution de cet ouvrage de référence, la permaculture a continué d’évoluer, de s’étendre. On peut citer comme exemple la différence entre les principes de la permaculture d’alors selon Bill Mollison et ceux que David Holmgren détaille dans Permaculture, principes et pistes d’action pour un mode de vie soutenable (on en parlera une prochaine fois !). Cela n’enlève rien à la validité des premiers principes : on assiste simplement à la diversification et l’évolution de cette belle discipline. Je trouve ça beau, pas toi ?

Découvre les principes fondateurs de la permaculture vus par Bill Mollison ! Au programme : agriculture permanente mais aussi et surtout CULTURE permanente !

Les principes en permaculture : c’est quoi ?

Les éthiques sont les valeurs morales fondatrices sur lesquelles repose l’ensemble de la permaculture, elles sont incontournables. C’est un peu comme la peau : nécessaire, elle permet la respiration (et donc, la vie) et délimite le corps qu’elle protège. Les principes, quant à eux, reposent sur les éthiques et renseignent sur les grandes lignes à suivre pour concevoir son design. Pour continuer la métaphore du corps, on pourrait dire que les principes représentent le squelette. Les techniques permaculturelles enfin (par exemple, la culture en butte, au pif) dérivent des principes et sont spécifiques à certaines situations, régions ou contextes ; les principes, eux, sont valables dans n’importe quel contexte.

Bien entendu, les principes permaculturels édictés par Bill Mollison sont spécifiquement orientés vers la culture/l’agriculture et le design d’une parcelle de terre – que ce soit en campagne ou en milieu urbain. Ces principes peuvent toutefois être extrapolés et appliqués au quotidien, même à une vie citadine – ce sera, là aussi, pour une prochaine fois ! Toujours est-il que ces principes sont pleins de bon sens, et qu’ils valent la peine non seulement d’être connus, mais également d’être utilisés !

Les principes de la permaculture selon Bill Mollison

1. Chaque élément est placé par rapport aux autres


Quand on fait un design en permaculture, on part parfois de rien – un terrain nu -, parfois de l’existant. Toujours est-il que l’objectif à atteindre est un système hautement productif et le plus proche possible de l’autonomie totale quant à son fonctionnement.

En gardant ces éléments-là en tête, il s’agit de concevoir un lieu de façon à le rendre le plus pratique possible pour ses habitants, de mobiliser pour cela le minimum d’efforts possible, et d’obtenir rapidement une production.

On va ainsi définir, d’après la liste des éléments que l’on veut intégrer à son design et à son lieu, quels éléments vont être agencés ensemble. Car s’il est vrai que chaque élément pris séparément présente des caractéristiques spécifiques, il est d’autant plus vrai que certains éléments mis ensemble nouent une relation. C’est cette relation que la permacultrice doit apprendre à connaître et dont elle doit savoir tirer profit.

L’exemple habituel est le placement des citernes d’eau. La maison, les cultures et les éventuels habitants non-humains du lieu doivent pouvoir accéder à l’eau. On pourrait être tentées de placer ces citernes le plus près possible de l’ensemble des points à desservir, ou, au contraire, proche de la source. Toutefois, il est surtout intéressant, dans ce cas, de placer lesdites citernes en altitude par rapport aux points à arroser : ainsi, la gravité (qui est, ici, le « produit » de l’association du stockage de l’eau et de l’altitude) pourra s’occuper de l’acheminement de l’or bleu, et permettra de faire l’économie d’une pompe.

Cette citerne peut aussi alimenter une mare/un étang (toujours sans pompe, donc), qui sert de réserve naturelle et d’abri pour une vaste population de vie sauvage, entretient la diversité, peut servir à arroser les plantations alentours. Un trop-plein peut être mis en place qui sera dirigé vers certains arbres qui consomment beaucoup d’eau. Et caetera, et caetera.

2. Chaque élément remplit plusieurs fonctions


Je t’en ai déjà parlé un bon paquet de fois, notamment en termes de minimalisme : un élément doit pouvoir remplir plusieurs fonctions. L’intérêt est simple : en faisant cumuler les fonctions à un même élément, on obtient un système plus productif sur une surface potentiellement réduite.

L’exemple de la mare, qui sert à la fois de point d’eau, d’arrosage, de réserve de biodiversité rentre dans ce cadre-là. On pourrait même ajouter, si la mare en question est proche de la maison, qu’elle peut être placée de façon à refléter le soleil dans la maison en hiver (pour gagner en luminosité et en chaleur) et qu’elle peut être utilisée pour cultiver des plantes aquatiques comestibles ou réutilisables sous forme de compost ou de paillage pour d’autres cultures du jardin.
Tu le vois, là, le cumul des mandats ?

3. Chaque fonction est assurée par plusieurs éléments


Je ne te fais plus de dessin pour ce principe-là : l’intérêt principal de la redondance de chaque fonction, c’est la résilience.

Une de tes sources de bois de chauffage ne donnera pas cette année à cause d’une maladie ? Même pas peur, tu avais d’autres formes de chauffage – ou de bois.

Il n’a pas assez plu cette année pour remplir ta mare/tes citernes ? T’inquiètes Ginette, de toute façon, j’ai aussi une source, et la rivière pas loin.

Bon, je pense que tu as compris l’idée !

4. Efficacité énergétique


C’est là qu’on te parle, entre autres, du principe de zonage. Il ne s’agit pas d’une maladie tropicale très peu répandue mais bien d’une répartition des éléments en zones selon leur fréquence d’utilisation – je simplifie un peu, en vrai, c’est un chouia plus complexe.

Grossièrement, l’idée c’est de mettre le plus près possible du lieu où tu vis (la maison) les éléments que tu vas devoir visiter le plus souvent, et d’éloigner en fonction ceux qui nécessitent moins d’attention. Cette répartition en zones se fait également en tenant compte du relief du site, des zones inondables, venteuses, de l’éclairage en hiver/été, bref, de tout un tas de critères qui représentent en quelque sorte les contraintes de création du design.

Bill Mollison distingue ainsi 6 zones :

  • la zone 0, qui représente le lieu le plus fréquemment occupé/utilisé, en général la maison
  • la zone 1, contiguë à la maison ; on y place souvent l’atelier, la serre, le potager, le bois de chauffage, le fil à linge…
  • la zone 2, plus éloignée ou en tout cas moins fréquentée que la zone 1, elle reste visitée relativement fréquemment et sert généralement aux plantations d’arbustes et petits fruits.
  • la zone 3 est consacrée au verger d’arbres requérant moins de soins qu’en zone 2, ainsi qu’aux cultures principales.
  • la zone 4 est une zone semi-sauvage : on y fait la cueillette (sauvage) et du bois d’œuvre géré durablement.
  • la zone 5 enfin est la zone sauvage. Elle n’est pas supposée être entretenue mais tient lieu de réserve naturelle. Certaines l’appellent « la prof », car c’est le lieu privilégié d’observation des interactions naturelles entre les éléments. La permacultrice ne fréquente la zone 5 que dans l’objectif d’observer.

5. Des systèmes petits et intensifs


Ce principe prône encore l’économie d’énergie, mais aussi d’espace : en concentrant nos efforts sur de plus petites surfaces plus productives, on peut ainsi laisser davantage de place aux autres, et notamment à la vie sauvage.

Au lieu de s’étendre sur une trop grande surface impossible à gérer – et qui devient, de fait, couteuse au lieu de générer des rendements -, on se focalise sur un plus petit espace, dès le pas de la porte. Ça donne aussi moins d’opportunités à notre flemme de s’exprimer et de nous dissuader de faire telle ou telle activité parce que trop loin.

C’est aussi là qu’on te recommande de penser tes cultures en trois dimensions – en utilisant les possibilités d’étagement des végétaux – et dans le temps – en étudiant quelles cultures préparent le sol pour quelles autres, de manière à ne jamais avoir besoin de jachère et, toujours, d’économiser de la place !

6. Accélérer les successions pour accélérer l’évolution


Un sol, s’il est livré à lui-même, va évoluer progressivement et inexorablement vers son stade climacique : la forêt. Lutter contre cette évolution pour maintenir les cultures au ras du sol, c’est-à-dire au premier stade de la succession, c’est dépenser beaucoup d’énergie pour bien peu de rendement. C’est, entre autres, pour cela que les cultures de plantes annuelles (comme les potagères du supermarché) sont très énergivores : ces plantes sont cultivées dans des environnements qui ne correspondent pas à l’étape de la succession à laquelle elles appartiennent.

Au contraire, l’idée de la permaculture, c’est de ne pas lutter contre l’évolution naturelle des espèces, mais de l’utiliser à notre avantage. A la permacultrice donc, de sélectionner les espèces qui l’intéressent tout au long de la succession, pour aboutir à un climax qui produira les rendements attendus. On va donc aider le processus à avancer, le sol à se constituer et les espèces à se succéder.

7. Diversité


Il s’agit ici de diversité de cultures tant en termes d’occupation de l’espace – on va penser polycultures et associations – que de production saisonnière et de conservation.

Cette diversité est source de résilience et d' »autonomie » à l’année – pour toi comme pour les petits habitants de ton jardin/balcon.

8. Effets de lisières


Quand on te parle d’effets de lisière en permaculture, on parle de cette zone de rencontre entre deux milieux différents : une prairie et une zone aquatique, une forêt et une prairie, mer et terre, mur et terre, etc. Ces zones de rencontre sont en général extrêmement riches en termes de biodiversité, et d’une biodiversité spécifique. Ce sont également des zones très productives. Ces interfaces sont donc cruciales à entretenir.

Une astuce permaculturelle est donc d’étendre au maximum ces interfaces ; comment ? Tout simplement en s’inspirant des modèles naturels (en anglais, on parle de patterns): spirales, zigzag, créneaux, lobes, bandes, fossés… Moins c’est droit, plus il y a d’interface !

9. État d’esprit


Tous les composants d’un design peuvent être considérés sous l’angle de l’avantage ou de l’inconvénient. En réalité, Bill Mollison encourage par ce principe à réfléchir en priorité aux avantages que l’on peut tirer de tel élément que l’on considère comme problématique, et à prendre la peine de se renseigner autant que possible sur chaque élément pour pouvoir en tirer le meilleur parti et l’intégrer au mieux dans le design. C’est le moment de laisser libre cours à sa curiosité puis à son imagination !

Conclusion

La permaculture repose sur trois éthiques, sur lesquelles reposent à leur tour un certain nombre de principes, différents selon les « écoles ». Les 9 principes de Bill Mollison, qui ont depuis le temps fait leurs preuves, peuvent ainsi être appliqués quel que soit le contexte, quel que soit le lieu. Ce qui n’est pas le cas des techniques, mais ça, c’est une autre histoire !

Évidemment, cet article ne se veut aucunement exhaustif : il ne s’agissait-là que d’un petit tour d’horizon, d’un amuse-bouche !

Et toi, que t’évoquent ces principes ? Les connaissais-tu ? En imagines-tu déjà les transpositions/applications à ton propre contexte ?

Encore plus d'Amour Vert ? Inscris-toi à Ze PermaLettre et reçois chaque semaine ta dose directement dans ta boîte mail !

50% des articles sont réservés aux abonnées ; ne rate plus rien, rejoins-les !

2 Comments

  1. Super!! Je ne suis pas sûre dêtre prête à participer à un challenge Permaculture étant donné que tout ce que nous avons cultivé chez nous.sont des plantes vertes! Cette année cependant nous avons décidé de se faire un tout petit potager sur le balcon avec nos déchets culinaires: pépins de citron bio, gousses daïl bio, plants de tomates à partir de tomates bio trop mûres.on a commencé quelques-unes de ces plantations avec notre petit bonhomme et on verra ce que ça donne, pour linstant ça pousse gentiment à lintérieur Sinon on commence avec tous nos cousins à faire quelques plantations sur un terrain familial appartenant aux parents, oncles et tantes de mon conjoint. Lidée cest de partir en Bretagne tout un week end au printemps avec les enfants, armés de nos tentes et sacs de couchage et de préparer le terrain, repiquer etc des copains sur place jetteront un coup doeil en attendant notre arrivée pour lété. lobjectif est de faire nos expériences 1 an ou 2 avant que quelques cousins (normalement installés sur place dici là) nentament un potager en permaculture

    1. Pour commencer, pas besoin de se lancer dans des projets démesurés : la permaculture, ça débute petit, « sur le pas de la porte » comme disait Bill ! Du coup, un potager de balcon, même tout petit, est une excellente occasion de s’entraîner à « réfléchir perma » 🙂
      Tu obtiens un bon taux de réussite avec tes déchets culinaires ?
      Ce week-end plantation promet d’être intense on dirait, bonne préparation !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.