Redistribuer les surplus en pratique

La traduction la plus courante de l’éthique permacole Fair Share est « redistribuer les surplus ». Si cette redistribution paraît assez évidente pour ceux qui obtiennent une production quelconque, qu’en est-il pour les autres ?

Perdue sur le sujet de la redistribution des surplus ? Suis le guide !

Une autre conception de Fair Share


Si tu as lu mon article introductif sur les éthiques de la permaculture, tu n’as sans doute pas manqué de remarquer que je propose une traduction et une interprétation un peu différente de l’habituelle redistribution des surplus. En effet, pour moi, il s’agit davantage de se satisfaire de prélever une part équitable des ressources disponibles sur Terre.

Cette « interprétation », qu’on retrouve finalement présentée ailleurs et autrement dans tous les ouvrages de permaculture, implique que, même si tu penses que tu ne produis rien qui puisse être partagé avec d’autres, tu peux quoi qu’il en soit appliquer cette éthique en prenant soin de ne pas utiliser plus que nécessaire les ressources naturelles (qui incluent également ce qu’on qualifierait de non-naturel, puisque tout n’est que de dérivé de produit naturel, pétrochimie y compris, bien entendu).

Et d’ailleurs, pour la majorité d’entre nous, il y a déjà-là matière à faire un sacré boulot ! Entre la consommation frénétique de biens matériels non-nécessaires (je t’assure que tu n’as pas besoin d’encore acheter des vêtements/du maquillage !), le gaspillage alimentaire, l’achat de produits de mauvaise qualité (qui, de fait, ne remplissent pas convenablement leur office), le suremballage, l’utilisation permanente d’énergie nucléaire (coucou les névrosées du rechargement du portable/de la 4G permanente/de ne jamais éteindre son PC !), le gaspillage de quantités pharaoniques d’eau, l’exploitation et la torture d’êtres sensibles, etc. on peut déjà travailler un certain temps à harmoniser son style de vie avec les éthiques permacoles.

Comme tu le vois, avant même d’envisager redistribuer quoi que ce soit, le Fair Share peut déjà être mis en pratique très simplement en réfléchissant avant d’acheter/utiliser et en revoyant ses priorités.

Redistribuer ce qu’on a en trop


Une fois que l’on s’est recentrée sur le nécessaire (et là, je me dis qu’il faudrait un article entier rien que sur la définition de « nécessaire »), en général, on réalise qu’on est entourée par tout un tas de choses dont on n’a pas besoin. Les vêtements qu’on ne met jamais, ce fer à repasser qui nous regarde de travers (de toute façon, on ne l’a jamais aimé !), ou encore ce sèche-cheveux, la vaisselle en deux cent cinquante mille exemplaires au cas où on aurait à organiser un repas national chez soi, les meubles parce que bon, ils sont là, les livres qu’on a déjà lus et qu’on ne relira probablement jamais (mais qu’on garde, parce que « c’est nous qu’on l’a acheté »)…

Tous ces objets que l’on n’a pas produits nous-même nous encombrent bien vite, et il devient rapidement libératoire de s’en défaire. Or, il se trouve que certains, qui ont peu/pas de moyens, ou qui harmonisent leur mode de vie avec les éthiques de la permaculture en usant principalement de seconde main, seraient certainement ravis de pouvoir récupérer certaines de ces choses qui t’étouffent, dont ils auraient, eux, grande utilité.

Tu peux alors choisir de redistribuer tes surplus à des associations (Emmaüs par exemple), de les donner directement à quelqu’un dont tu sais qu’il aura l’utilité de ce dont tu te débarrasses, ou encore de les revendre, soit sur des plateformes généralistes (type Le Bon Coin, Ebay, PriceMinister), soit sur des plateformes spécialisées (Vinted pour les fringues, par exemple).

Cette phase de redistribution de ce qu’on a en trop peut s’étaler sur un temps assez long (plusieurs années), et j’aurais même tendance à penser qu’on n’en a jamais vraiment fini. Personnellement, malgré ma radicalité à chaque nettoyage par le vide, je trouve toujours de nouveaux surplus à redistribuer 🙂

Une ressource pas forcément matérielle


En général, quand on entend « redistribuer les surplus », on pense tout de suite à l’aspect matériel. Pourtant, cette éthique de Fair Share ne se restreint pas au matériel, elle peut aussi s’appliquer au temps – ou toute autre ressource immatérielle que ton créativité débridée saura imaginer.

Pour certains, le temps est une denrée rare. Par exemple les agriculteurs, qui travaillent beaucoup – je n’ai pas d’autre exemple à l’esprit, ce qui ne veut pas dire qu’il n’en existe pas, hein :P. C’est même une ressource extrêmement précieuse, que s’arrachent notamment les publicitaires à prix d’or : ton temps de cerveau.

Et comme pour toute ressource, certaines utilisations sont plus vertueuses que d’autres. Par exemple, plutôt que de regarder la télé, ne serait-il pas plus intéressant de faire quelque chose ? La cuisine pour ta famille/tes amis/voisins (si tu aimes ça), du sport, pour être plus détendue et souriante, du jardinage, pour pouvoir déguster une tisane fraîche seule ou avec une connaissance, du bricolage pour réparer ce meuble cassé, apprendre une nouvelle compétence/connaissance…

On peut aussi envisager de partager son temps en proposant des services à ceux qui en ont moins, en partageant son savoir par le biais d’une newsletter, d’un site, d’une chaîne YouTube, en écrivant un livre, en s’engageant dans une association, en donnant un coup de main ici ou là, en wwoofant…

Le partage de son temps a cela de beau qu’il ne sert pas qu’une seule personne, mais tout un écosystème qui bénéficiera de manière directe ou indirecte des retombées de cette action. L’autre beauté de la chose, c’est que les possibilités d’usage optimal de son temps sont infinies : seule ta créativité en sera la limite ! Il y en a donc pour tous les goûts.

Conclusion


Les premières fois que l’on croise l’éthique « redistribuer les surplus », on se dit que, de toute façon, on n’a rien à redistribuer : on ne produit rien. Et pourtant ! Pas besoin d’être maraîchère pour se sentir concernée par cette éthique ! Elle s’applique à tous, à différents niveaux, et peut toujours être revue, améliorée et adaptée, quelle que soit la situation dans laquelle on se trouve.

Maintenant, tu n’as plus d’excuse : il ne te reste plus qu’à t’y mettre !

Alors, dis-moi, par quoi vas-tu commencer ?

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