Les règles, c’est coule !

Qui n’a jamais été confronté à des a priori négatifs sur les règles ? Les menstruations, phénomène pourtant banal et mensuel pour une partie de la population animale, semblent s’entourer de toujours plus de mystère… et d’idées reçues à la noix !


Avant toute autre chose, et brièvement, je sais que « les femmes » ne sont pas les seules concernées par les règles. Toutefois, comme je le dis dans mon à propos, cet article, comme tous les autres, est écrit au féminin.

Quand on a la « chance » de découvrir les règles en cours de SVT et pas le jour de leur arrivée, on nous en dépeint en général un portrait bien peu attrayant. Voire même super relou : c’est mensuel, douloureux, on n’y peut rien, et ça fait des tâches. Pire : quand ça commence, on en prend pour trois bonnes décennies à s’inquiéter de se retrouver avec un alien dans le bide. Joie.

Dans les faits, certaines souffrent beaucoup et à chaque fois, d’autres ne sentent rien, l’intensité de flux varie tout comme la durée et la régularité des cycles… Tout est soumis à variation, mis à part un paramètre : le dégoût et/ou la frustration de l’événement menstruel.

Ce qui est bien entendu tout à fait ridicule, et je t’explique pourquoi dans cet article ! Prépare-toi à kiffer tes règles !

On t'a toujours dit que les règles c'était sale et pénible ? On t'a menti. Les règles, c'est coule, et voilà pourquoi (suite dans l'article)

Les règles, c’est quoi ?


Petit rappel : le cycle menstruel


Je ne me sens pas pousser une vocation de prof de bio, mais je trouve important de replacer ça là : manifestement, une part non-négligeable de la population semble tout ignorer du pourquoi du comment de ce phénomène pourtant si commun. Alors en avant pour un micro-séminaire explicatif.

Comme le dit si bien Wikipédia :

« Le cycle menstruel est l’ensemble des phénomènes physiologiques, survenant le plus souvent de façon périodique, qui préparent l’organisme […] à une éventuelle fécondation.»


Ce cycle commence à la puberté, s’achève à la ménopause et est régi par les hormones. On parle généralement d’une durée de 28 jours, qui n’est pas représentative de la réalité (c’est une durée dite « de référence ») ; c’est-à-dire qu’un cycle plus ou moins long n’est en aucun cas symptomatique d’un mauvais fonctionnement du corps. Ouf !

Schéma explicatif du cycle menstruel
Diagramme du cycle menstruel – Wikimedia Commons

Pour faire très (trèèèès) simple et schématique, le cycle commence le premier jour des règles. Suite à cette période, d’une durée variable (et note bien que ce que l’on appelle des « règles » pour une personne prenant la pilule contraceptive n’en sont pas ! Les saignements sont une réaction à la chute des taux d’hormone dans le corps.), l’intérieur de l’utérus se tapisse de tissus (l’endomètre) en préparation d’une fécondation et dans l’objectif de permettre la nidation de l’ovule fécondé. Après l’ovulation, si la fécondation n’a pas lieu, l’endomètre continue de s’épaissir jusqu’à ce que les hormones contenues dans l’ovule non-fécondé soient relâchées et provoquent les règles. L’utérus évacue à ce moment-là l’endomètre, puisqu’il n’a pas servi, ce qui permettra de repartir sur de bonnes bases au cycle suivant.

Donc voilà, les règles, c’est du sang, uniquement du sang. Le même que celui qui perle quand tu te coupes ou qui dégouline lorsque tu saignes du nez.

L’influence des hormones


C’est devenu une blague récurrente : une femme qui a ses règles est chiante/énervée – et l’imaginaire collectif a détourné ça en « une femme énervée a forcément ses règles ». Et c’est faux – en plus d’être ridicule, pas drôle et lourdingue.

Il est vrai que, les années durant lesquelles les cycles menstruels vont se succéder, la fluctuation des hormones a un fort impact ; que ce soit sur l’énergie ou l’état d’esprit, de telles variations ne laissent personne indifférent.

Toutefois, les hormones n’ont pas exactement l’effet qu’on leur prête généralement et encore moins ce rôle de « rendre la femme réglée invivable » (d’autant plus faux dans le cas de personne sous contraception hormonale, du coup, puisqu’elles n’ont jamais de règles !).

L’influence de la construction sociale


Seulement voilà : quand toute ta vie, tu t’entends dire que les règles c’est chiant, que ça énerve, que c’est sale et tabou, forcément, tu es moins bien disposée à leur égard. Ajoute à ça la possibilité de fécondation, ça devient carrément l’angoisse. Et si par-dessus tout ça, cerise sur le gâteau, tu saupoudres de rythme de vie moderne effréné dépourvu de toute prise en compte de ta rythmique naturelle et de la seule existence de ce phénomène dans ta vie… tu te dis qu’être une femme, c’est nul et qu’il a dû y avoir erreur lors de la livraison.

Le tabou des menstruations


Je ne sais pas toi, mais moi, j’ai toujours trouvé complètement illogique le classement affiché par les gens de ce qui est sale et de ce qui ne l’est pas, de ce qu’il est acceptable d’aborder comme sujets en société et ce qui n’est pas recevable.

Par exemple, j’ai souvenir d’un nombre inconcevable de conversations autour de vidéos porno, scatho (tu as forcément entendu parler de two girls one cup…), voire zoophiles (la monstruosité humaine n’a pas de limites). De grosses blagues bien lourdes sur la masturbation, aussi. Et les blagues sexistes à la con super humiliantes, bien sûr. Par contre, je n’ai jamais entendu de conversations sur les règles et, chaque fois (et c’est arrivé souvent) que j’ai pu mettre le sujet sur le tapis, j’ai toujours eu droit à des réflexions du genre « c’est dégueulasse » ou « j’m’en fous, ça ne me concerne pas ». J’avoue qu’entre parler d’un phénomène naturel qui concerne la moitié de la population animale humaine et parler de gens qui mangent leur caca face caméra, je pensais très sincèrement avoir compris lequel était le plus politiquement correct. A croire que je suis à côté de la plaque.

Évidemment, on pourrait écrire encore des tartines sur ce tabou : les ados qui flippent d’avoir la moindre tâche apparente et qui se vérifient le derrière en permanence, les « protections hygiéniques » dissimulées pour que personne ne se doute de rien, les surnoms de « ragnagnas », « anglais », « ours », pour ne pas appeler les règles « les règles », la couleur bleue du liquide dans les publicités… Et la photo de Rupi Kaur censurée sur Twitter.

Bref, on peut dire que la société n’aide pas du tout, comme d’hab.

Se réconcilier avec ses règles


J’admets qu’après tout ça, c’est plutôt difficile de se dire qu’on peut aimer faire partie de la population animale qui a des règles ; quel avantage en retire-t-on ? En vrai, aucun ! Mais c’est quand même dommage de passer (une partie de) sa vie à être malheureuse d’être réglée, quand on peut faire en sorte que ça se passe mieux, tu ne crois pas ?

  • Premier point : avoir ses règles, c’est un signe de bonne santé. Il y certainement des cas particuliers qui ne sont pas concernés par ce point-là, mais quand tu es réglée et, en principe, jusqu’à ta ménopause, vivre ce retour à la case départ plus ou moins régulièrement est signe que tout va bien. D’ailleurs, s’intéresser à l’intensité de son flux, sa consistance, sa couleur et son odeur sont autant de moyens de mieux se comprendre et d’évaluer son état de santé.
  • Deuxième point : avoir ses règles, c’est un bon moment pour renouer avec soi. Les modes de vie modernes nous tiennent souvent éloignées de notre nature, de la vraie vie, de nos sensations. On nous rappelle sans cesse qu’il faut rentrer dans le moule, faire bonne figure, tout le temps. Qu’il faut se comporter comme-ci, comme-ça. Et quid de nos sensations ? Quitte à être rappelée à soi par la nature, autant en profiter pour se focaliser là-dessus et se rappeler qu’on est des êtres sentients.
  • Troisième point : les règles, ce n’est PAS sale. C’est du sang, point barre. Et à moins de considérer que nous sommes faits à 80% de caca, le sang, CE N’EST PAS SALE. Ni honteux. Ni signe d’un pêché, ni une punition, ni rien de tout ça. Les règles, c’est du sang et ça fait partie de la vie, au même titre que tout un tas de choses qu’on aime plus ou moins. On ne va pas rougir d’un phénomène inéluctable et nécessaire, non mais !
  • Quatrième point : les règles, c’est le symbole de la capacité reproductive (je dis le symbole, parce qu’avoir ses règles ne signifie pas pour autant être fertile). La plupart des gens qui te diront que « les règles, mais quelle horreur c’est dégueulasse » sont, à n’en pas douter, les premiers à clamer qu’ils veulent une descendance (parions également qu’ils font là preuve de mimétisme et pas de réflexion, mais je diverge). Or, sans règles, pas de descendance. Et, devine quoi ? Ils sont aussi sortis du même endroit que les règles qui les ont précédés et suivis !
  • Cinquième point : dans certaines civilisations, le sang issu des règles était considéré comme sacré. Il était le symbole de la force créatrice des femmes. Ce fonctionnement cyclique lie également la femme à la symbolique de la Nature en général, qui suit le rythme des saisons et alterne entre création et destruction. Bref, toute personne qui a ses règles peut se considérer comme une incarnation de divinité païenne : la super classe.
  • Sixième point : les règles, ce n’est pas forcément relou dans la pratique. Alors oui, si tu te mets du coton Monsanto dans la culotte ou, pire, dans le vagin, c’est sûr que c’est pas vraiment le top du top de la classe maxi-confort. Mais ce n’est pas une fatalité !

Légère comme une plume avec le flux instinctif libre !


Oui, voilà, tout ça pour ça ! Et encore, je t’assure, j’ai fait court : on pourrait écrire tout un bouquin sur le sujet. Voire une série de bouquins. Bref.

Donc, l’un des points vraiment contraignants et pénibles des règles, c’est cette idée saugrenue qu’il faut se mettre des trucs et des machins pour éponger les saignements, voire même les parfumer parce que sait-on jamais, si quelqu’un sentait… Ce serait sans aucun doute au moins l’apocalypse ! Quoi qu’il en soit, quelle que soit la solution matérielle pour laquelle on opte, il y a toujours un moment où on se dit qu’on serait quand même mieux sans avoir à gérer ces affaires-là – au moins logistiquement parlant.

Ce qu’on ne t’a jamais dit, parce que ça a été oublié et bien enterré par l’industrie de la « protection hygiénique » (rien que le nom est à mourir de rire – jaune), c’est qu’on n’a aucun besoin de se « protéger ». Tu n’as pas besoin de couches ? Bon eh bien tu n’as pas besoin de serviettes ni de tampons.

Tu vas me dire « mais ça n’a rien à voir, l’écoulement du sang de règle ne peut pas être régulé comme un jet d’urine : le vagin n’est pas un sphincter ! ». Alors d’une, tu m’enlèves cette moue désapprobatrice parce que j’ai parlé d’urine : oui, ça aussi, ça fait partie de la vie. Et heureusement pour toi que tu fais pipi, sinon tu ne serais plus de ce monde depuis longtemps. Et de deux, tu as parfaitement raison : le vagin n’est pas un sphincter. N’empêche, pas besoin de blinder ta culotte pour autant.

Crois-tu que les femmes des tribus « sauvages » mettent des tampons ? Penses-tu que les femmes du moyen-âge (avant fanatisation massive) portaient des serviettes ? Est-ce que tu imagines sérieusement une paysanne d’époque arrêter son travail aux champs parce qu’il faut qu’elle change sa « protection » ? Et les autres animaux qui ont leurs règles (les chiens, par exemple), comment font-ils ? Ils se débrouillent, et ça se passe plutôt bien !

Imagine : tous les jours, tu te sens libre et légère, tu ne t’inquiètes ni de savoir si tu vas avoir tes règles aujourd’hui, ni de vérifier une énième fois ton sac pour être sûre d’avoir des munitions au-cas-où. Tu ne calcules plus ta tenue des jours critiques pour minimiser le risque que quelqu’un voie. Tu ne t’inquiètes plus du temps passé depuis ton dernier changement : tu n’en as pas besoin.

A la place, tu vis ta vie, paisiblement, dans l’instant, et tu accueilles sereinement tes règles le jour J, car tu as confiance en toi. Après tout, cela fait déjà des milliers d’années que tes ancêtres le font !


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Conclusion


Malgré l’image dégradante qu’on leur accole souvent, les règles ne sont pas fatalement un mauvais moment à passer. C’est un moment comme un autre de nos vies, et il ne tient qu’à nous d’en faire un passage douillet et tourné vers soi : c’est l’occasion de renouer avec ses sensations, internes et externes.

C’est aussi un moment de force et de confiance en soi : celui qu’on traverse tranquillement parce qu’on sait qu’on l’a déjà fait, et qu’on le fera encore. Et, toujours, dans la bienveillance.

Dans un prochain article, je te parlerais de ma propre expérience du flux instinctif libre !


Et toi, comment es-tu avec tes règles ? Quelle relation entretiens-tu avec cette part de toi ? Avec ce sujet-là ? Essaies-tu d’en parler autour de toi ?



2 Comments

  1. Oh punaise, mais cet article est génial (comme toujours !) et d’utilité publique ! MERCI !

    Tu pratiques donc le flux instinctif libre ? Alors, ça m’intéresse énormément ! D’autant plus que maintenant, je peux essayer puisque chez moi et au travail, je PEUX aller aux toilettes quand je veux (et non, c’est pas le cas dans tous les jobs, mais passons !).

    Justement, Laeticia (Le Corps, La maison, L’esprit sur Youtube) a fait cette semaine un journal de règles pour son premier essai de FIL. J’en avais déjà beaucoup entendu parler et ça me titille depuis un moment.

    Donc, j’imagine bien que ça n’est pas sorcier et avec la cup (qui a ses début, fuyait tout le temps) je me suis rendue compte que j’arrivais tout de même à retenir le flux : toute seule comme une grande … !

    Durant mon voyage en Chine, j’étais passée aux toilettes juste après une dame qui avait omis de tirer la chasse. A l’époque, j’étais encore emprisonnée dans toutes ces conneries sur les règles, donc ce que j’ai vu ne m’a pas réjouie. Mais je ne me suis pas arrêtée à ça et je me suis demandée : « Mais attends, comment elle a fait ? » Il n’y avait pas de poubelle, donc pas de protection hygiénique jetée. Il y avait juste une quantité de sang dans les toilettes. J’ai compris après !

    Pour ce qui est de respecter le rythme de son corps, je te suis à 100%. Malheureusement, c’est loin d’être possible pour tout le monde. Je me rappelle de ma vie sur Lyon et des jobs de fou que j’acceptais pour vivre là-bas. Le ralentissement, c’était impossible. Et je l’ai payé.

    Aujourd’hui, mes jours de règles sont signe de ressourcement. Elles sont accompagnées de nombreux symptômes très douloureux et handicapants, donc je ne suis pas ravie, mais j’apprends à être heureuse de les voir venir, et ces moments sont particuliers.
    J’espère pouvoir régler ces soucis, car je veux sortir du fatalisme familial qui veut que chez nous, les règles, c’est forcément « enfer et damnation » !

    J’adhère de plus en plus à l’idée du féminin sacré. Je suis une femme, et j’ai l’impression d’être l’être le plus merveilleux au monde. C’est une chance inouïe ! Mon corps est empli de pouvoir(s) ! C’est un temple sacré.

    1. Merci pour l’info sur le journal de règles de Laeticia (que je ne connais pas), je vais aller y jeter un œil !

      Effectivement, ce n’est pas sorcier de pratiquer le FIL ; l' »ennui », c’est que c’est tellement lié aux sensations et donc tellement individuel comme pratique que c’est un peu compliqué en termes de transmissions. Enfin, je crois que ce qui est vraiment compliqué, c’est la capacité de projection quand on ne pratique pas encore ; les croyances limitantes sont tellement ancrées qu’elles veulent à tout prix nous faire trouver une « technique » à suivre, un mode opératoire précis… Alors qu’en fait, il n’y en a pas vraiment. Il me semble que c’est surtout une question de relativisation des conséquences en cas de fuite et de confiance en sa capacité à faire sans les béquilles qu’on nous force à porter depuis toujours. Je vais faire en sorte de publier cet article de retour d’expérience rapidement 🙂

      C’est vrai que tous les jobs ne permettent pas de suivre son propre rythme, ni la vie en grande ville en général. Ça rend fou de vivre dans ces endroits et à ces rythmes-là. Mais c’est important déjà de prendre conscience de cette nécessité de ralentir, de vivre autrement et de s’accorder à soi ; c’est un premier pas, je crois, vers le mouvement qui nous permet de sortir de ces enfers.

      Je trouve ça génial que malgré tes douleurs et autres « diminutions » temporaires tu arrives à considérer la période de tes règles comme un moment de ressourcement ! Il me semble en fait, j’y pense à l’instant, que c’est surtout pour celles qui souffrent physiquement ou qui ont de grosses modifications métaboliques à ce moment-là que c’est le plus important d’en faire un moment privilégié. Finalement, celles pour qui ça passe comme une lettre à la Poste, c’est une « simple » formalité 🙂

      Oui, le fameux féminin sacré est très séduisant ! J’aime beaucoup toute l’idée de lien très étroit avec la Terre que ça véhicule, cette rythmique périodique, l’alternance de phases ascendantes et descendantes. C’est presque grisant ! A tel point qu’après avoir passé des années à détester être une femme à cause des règles (et de la fertilité, mais c’est un autre sujet), j’ai répondu dernièrement que non, un remède contre les règles, ça ne m’intéresserait pas si on l’inventait.. ^^

      D’ailleurs, j’ai oublié de le mentionner dans l’article, mais si tu ne l’as pas lu, je te conseille Sagesse et pouvoirs du cycle féminin de Sarah Maria Leblanc et Marie Pénélope Pérès ; c’est très intéressant et plein de bienveillance comme ouvrage !

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