Comme un sac !

Le sac à main, c’est un peu l’accessoire « indispensable » des femmes, l’objet incontournable, une sorte de nécessité. Mais pourquoi ? Et pour quelles conséquences ? Je te propose une petite revue du sujet, entre nous et sans langue de bois !

Parmi les souvenirs que je garde de mon enfance, trois en particulier me reviennent aujourd’hui : la seule et unique fois où j’ai essayé les escarpins de ma mère (il me semble avoir alors jeté mon dévolu sur une paire dans les tons orangés), cette certitude que j’avais qu’il ne me manquait pas grand-chose pour qu’ils m’aillent très bien ainsi que l’obsession qui en a découlé pour avoir des grands pieds (je ne peux pas vraiment dire que l’objectif est atteint), et ma fascination morbide pour les sacs.

Si l’essayage d’escarpins n’a eu pour seul effet que de me convaincre que je voulais des grands pieds – non mais franchement, ça m’a duré jusqu’à l’adolescence en plus -, cette attirance immodérée pour les sacs a eu d’autres conséquences, autrement plus gênantes. Le plus gênant dans cette histoire ? L’impact que cette familiarisation avec un tel objet a eu sur ma capacité de jugement à son sujet.

Mais quoi les sacs à main ? C’est quoi son problème avec les sacs à main maintenant ? C’est rien qu’un objet indispensable de la vie de tous les jours, elle va quand même pas nous briser les noix aussi avec ça !? T’emballes pas ma cocotte ; j’te raconte un chouia ma vie, et après on discute de pourquoi il est important de parler de sacs !

T'es tu déjà demandé pourquoi tu utilisais un sac à main ? T'es tu déjà dit que c'était quand même gonflant comme pratique ? Oui ? Non ? Jette un oeil par là !

Rétrospective des années 90+


Ben oui, que veux-tu. J’ai connu l’époque où chacun y allait de son petit fantasme sur ce qui pourrait bien arriver après le passage à l’an 2000, du fameux bug qui plongerait le monde moderne dans le chaos le plus total aux voitures volantes. Inutile de te dire qu’il y en a un paquet qui ont été déçus. Moi, j’avoue, ça m’en touchait déjà une sans faire bouger l’autre, si tu vois ce que je veux dire.

Bref ! Je te disais donc en introduction que j’avais été, par je ne sais quel malin sort, frappée par une fascination morbide pour les sacs. J’insiste bien sur le morbide, parce que ça n’avait strictement rien de sain : pourquoi une gamine irait donc s’amuser à entasser des sacs par dizaines, alors qu’elle n’en a aucune utilité ?

C’est pourtant ce que j’ai fait. Je trouvais incroyable cette sorte de malle de Mary Poppins avec laquelle les femmes se baladaient. C’était toujours énorme (bon, j’étais petite, souviens-toi. Ce n’était sûrement pas si gros, en vrai), dodu, et ça faisait de jolis bruits quand elles fouinaient dedans. Elles en sortaient toujours tout un bric-à-brac : des paquets de cigarettes, des briquets, d’énooooormes trousseaux de clés qui cliquetaient gaiement – avec toute la fantaisie de porte-clés qui allait avec -, des portefeuilles et porte-monnaie boursouflés et colorés, des paquets de mouchoirs, des bonbons, des carnets, des stylos. Parfois ça sentait bon. Parfois ça sentait bizarre. C’était toujours intrigant. Et puis, souvent, ils étaient beaux.

Plus encore que les chaussures, les foulards, le maquillage ou tout autre accessoire, le sac à main (porté à l’épaule, ce n’était pas encore la mode ridicule de porter ça au creux du bras, quelle idée, j’te jure !) m’apparaissait comme le summum de la sophistication, une extension incontournable de toute personne apparentée au genre féminin. Et puisqu’on m’avait gentiment dit que j’étais une fille – le doute n’était vraisemblablement pas permis -, il me paraissait logique qu’un jour, moi aussi, j’accèderais au statut de « celle-qui-porte-un-sac ». Et comme toute gosse, j’étais pressée, et j’avais envie de m’y coller tout de suite.

J’ai donc collectionné les sacs : les petits, les grands, les moyens, avec ou sans bandoulière, « à-plein-de-poches » (mes préférés), les hippies, les classes, les cools. Ils étaient tous passés à l’un des pieds de mon lit, qui s’est immuablement transformé en véritable rond-point dans ma petite chambre d’enfant. J’essayais parfois d’en porter un, mais, n’ayant rien à y ranger, il restait désespérément vide, plat, triste, sans vie, et retournait rapidement à sa place pour y être oublié à regret.

Et puis, un jour, je suis passée à autre chose, et je me suis séparée de ma montagne de sacs.

Rétrospective des années 2000+


Ç’aurait pu être la fin de l’histoire, si la pression sociale exercée sur nous autres, « tenantes du genre féminin », ne m’avait pas souvent rappelé par la suite que je ne faisais pas d’efforts – comprendre par-là « pas d’efforts pour rentrer dans les cases ». Faible que j’étais, je me suis donc contorsionnée pour rentrer un maximum de ma personne dans ce fameux moule, à coup de chaussures à talons, de maquillage et… de sac à main.

Bien entendu, avant même de me coller à cette gymnastique, j’avais déjà en tête une liste bien établie des problèmes de sac : trop petit, on ne peut pas y glisser une boîte à lunettes (pour une binoclarde, avoue que c’est quand même ballot), trop grand, il a l’air pitoyable si on ne le remplit pas de tout et rien, il glisse sans cesse de l’épaule et implique d’adopter une posture zombifique particulière à chacune pour limiter au maximum les risques de glissement et il fait mal au dos. Bon. Mais si tout le monde le faisait, pourquoi donc n’y arriverais-je pas ?

Évidemment, la limite à prendre en compte en l’occurrence n’était pas ma capacité à réaliser le fantasme morbide de mon enfance (que j’avais heureusement enterré et oublié, depuis le temps) mais ma tolérance à l’emmerdement maximum. Clairement, je n’ai pas passé le test. J’ai envoyé voler talons, maquillage et sacs, et j’en suis revenue à une vie plus simple, plus saine, et surtout plus en phase avec moi-même.

Ce n’est que des années après ce divorce et la lecture d’un ouvrage féministe abordant le sujet que j’en suis, enfin, venue à considérer le sac à main comme autre chose qu’une source d’emmerdes unanimement consentie. Oui, nous voilà enfin arrivées au cœur du sujet ! Je t’avais bien dit que ça deviendrait sérieux. Tu en doutais vraiment ?

Le sac à main comme marqueur social


Le marquage social s’opère évidemment de multiples façons, mais le sac à main en est un excellent exemple. Puisqu’il est réputé comme indissociable de l’identité féminine, l’immense majorité va avoir non pas un mais des sacs à main. Des sacs qui conviennent à différentes saisons et situations, de la pochette tenue à la main pour les soirées « chic » au cabas plus ou moins informe des jours de course. Mais surtout, des sacs qui vont refléter le niveau d’aisance financière de leur détentrice et leur univers de rêve.

Être une femme, j’espère que ce n’est nouveau pour personne ici, ça coûte évidement bien plus cher que d’être un homme. Entre toutes les conneries de mutilations physique qu’on se fait subir (épilations, colorations, maquillage, vernissage des ongles etc. – oui, maltraiter le plus grand de ses organes (la peau), c’est se mutiler physiquement) et la diversité de vêtements qu’il convient d’avoir dans sa garde-robe (et notamment ces merveilleuses inventions que sont les « sous-vêtements féminins », garants de l’inconfort permanent et révélateurs de complexes), autant dire qu’il ne reste pas grand-chose à mettre de côté. Et, là-dessus, rajoute les sacs à main.

Car oui, donc, un sac à main, ça peut coûter des cacahuètes. Mais le culte de cet objet est tellement fort, tellement prégnant, qu’il entraîne souvent à dépenser de véritables fortunes. Le sac à main de « grande marque » rapproche son acheteuse d’une sorte de monde idyllique où elle aussi serait une star qui prendrait son petit-déjeuner sur les Champs Élysées tous les jours à onze heures. Il lui permet de briller, d’être enviée. En tout cas, dans sa tête. Ça fonctionne de la même façon avec tout un tas de trucs inutiles, comme le parfum. Le sac est l’accessoire par excellence pour lequel il est communément admis qu’on peut claquer des fortunes, juste pour « avoir l’air de ». J’ai d’ailleurs lu l’histoire de femmes qui s’endettaient pour obtenir des sacs hors de prix – là, il n’est plus un marqueur social, mais un élément de rêve.

Bref, en gros, le culte du sac à main te rend un peu plus dépendante de la mode et de ton argent, et t’appauvrit un peu plus, histoire d’être sûr que tu n’irais pas utiliser tes deniers à des choses constructives. Moins tu en as sous le coude, moins tu penses à l’utiliser autrement que pour « posséder », moins on a besoin de te rappeler à ta place. Tu t’occupes déjà très bien l’esprit toute seule à savoir comment acquérir le petit dernier de chez Je-Sais-Pas-Qui-Paris qui irait si bien avec ta petite robe assortie à ce sublime ensemble de lingerie que tu n’as encore jamais pu porter. Pas vrai ?

Le sac à main comme handicap


Si la partie précédente ne découle pas d’un sens de l’analyse hors du commun, la présente partie est, à mon sens, extrêmement intéressante : le sac à main est un handicap.

De la même façon que tes chaussures à talon te rendent les déplacements plus difficiles (et la discrétion et la rapidité impossibles – et ne me sors pas qu’on peut courir en talons, ça n’a rien de comparable), de la même façon que les petites robes/jupes couplées au culte de la femme propre sur elle (et qui n’irait pas prendre le risque de faire de trop grands et indélicats gestes pour ne pas qu’on aperçoive une culotte) te confinent dans un « espace corporel » réduit, le sac à main participe à sa façon à réduire l’amplitude de tes gestes et amoindrir tes possibilités.

Quelle que soit la façon dont tu portes ton sac, sois honnête, tu admettras que c’est tout ce qu’il y a de moins commode. Il glisse de l’épaule, il pèse et en général, il t’immobilise au moins une main. Puis quand tu te retrouves quelque part, il faut bien le poser : pouvoir garder les yeux dessus pour ne pas te le faire voler, ne pas le poser par terre, c’est sale et il est si précieux, il ne tient pas sur le dossier, sur la table, pas de place pour lui, bref, tu es emmerdée. Tu as besoin de quelque chose qui y est rangé ? Il te faut un support pour le poser, et du temps pour tout retourner et trouver ce que tu cherches. Il est temps de sortir ? Tu dois vérifier qu’il y a à l’intérieur tes rations de survie pour le cas où tu te perdrais en chemin, ou alors tout transférer dans un sac mieux assorti (gagnons donc du temps !) à ta tenue.

Le sac, dans le monde extérieur, c’est le témoin que tu n’es pas dans ton élément, que tu braves un interdit, que tu aurais dû rester chez toi à faire la cuisine et le ménage. D’ailleurs, tu en as conscience, quelque part : combien de trucs emmènes-tu dans ton sac « au cas-où » ? A boire, à manger, des médicaments, des pansements ?

Dehors, tu es inquiète pour ton sac – et pour toi. Pas forcément consciemment, mais tu sens que tu es dans un endroit potentiellement dangereux : et si on te le volait ? On te volerait tout ce que tu as de plus important, puisque tu as tout mis à l’intérieur.

Comment pourrais-tu courir correctement avec un sac si tu devais t’enfuir ? Combien de secondes si précieuses hésiterais-tu avant de le jeter pour pouvoir te sauver ? T’agrippes-tu frénétiquement à son anse lorsque tu te sens menacée ou mal à l’aise dans l’espace public ? Comme si ce fragment de ta maison pouvait te protéger ?

A contrario, es-tu déjà sortie sans sac du tout ? Sans avoir à penser à lui ? As-tu déjà ressenti cette incroyable différence, cette sensation de légèreté et de liberté à sortir sans ce fardeau ? As-tu déjà franchi le pas de ta porte avec ton seul manteau, sans avoir à te demander de quoi tu pourrais avoir besoin ? As-tu déjà profité de cette si grande liberté de pouvoir bouger en tous sens ? D’aller d’un point A à un point B sans te soucier de ton boulet ?

Conclusion


Même si les sacs à main sont souvent de beaux objets, ce sont des objets tout à fait dispensables : non seulement ils coûtent une blinde (additionne donc le prix de tous tes sacs, tu verras) et nous font perdre un précieux temps, mais aussi et surtout, ils entravent fortement notre liberté physique.

Personnellement, entre sac à main et liberté, ça fait déjà un moment que j’ai choisi.

Et toi ? Quel est ton rapport aux sacs à main ? En utilises-tu ? Que penses-tu de tout ceci ? Vas-tu essayer de te passer de cet objet ? Dis-nous tout !

Une semaine. Un article inédit. De nouveaux outils pour changer le monde. Dans ta boîte mail.

6 Comments

  1. De mon côté, je ne m’imagine pas du tout sortir sans sac à main (plutôt à l’épaule, d’ailleurs) ! Je ne me maquille plus, je ne porte pas de talons très hauts, mais mon sac est juste… indispensable ! Cela dit, je trouve ton point de vue très intéressant et très « questionnant » 🙂

      1. En fait, je crois que j’aime bien avoir ma maison sur l’épaule 😉
        Mon sac contient peu de choses (par rapport à d’autres), mais il contient l’essentiel (pour moi). C’est une façon de rassurer l’éternelle angoissée que je suis !

        1. Je comprends 🙂 C’est vrai que c’est confortable de se dire qu’on a ce (qu’on imagine) qu’il faut pour se sentir bien !
          J’espère que le jour où tu tenteras une sortie « naturiste » sera suffisamment concluant pour renouveler l’opération. Tu nous raconteras, dis ? ^^

  2. Aaaah, le sac à main …
    J’ai jamais compris. Le premier que j’ai eu, je l’ai acheté pour mon arrivée en fac. En fait, c’était pour remplacer mon sac à dos, j’y mettais mes affaires de cours.

    J’ai ensuite été un peu « obligée » de prendre un sac à main digne de ce nom. En portant des robes et des jupes tout le temps, je n’ai jamais aucune poche sur mes fringues me permettant de glisser mes clés ou un porte monnaie (sauf en hiver grâce au manteau).
    Je l’ai choisi tout petit. Exprès.

    Puis l’année dernière, j’en ai définitivement eu ma claque, je le trouvais trop gros et bien trop contraignant pour ce qu’il y avait dedans. J’en ai trouvé un encore plus petit. J’y mets mon porte-monnaie, mes clés, un labello, mon permis de conduire et mon téléphone.

    Dès que je peux m’en passer, je le fais avec graaaaaaand plaisir. C’est une plaie, ce truc ! Depuis, j’essaie de trouver des fringues avec des poches, mais c’est loin d’être évident (je ne rognerai pas sur les jupes et robes, c’est tellement la liberté !).

    Tu veux savoir le pire dans cette histoire sexiste du sac à main ? C’est que les mecs (j’ai toujours vu mon père le faire, et mon amoureux me le demande aussi parfois) en profitent toujours pour y mettre leurs porte-feuilles … Alors qu’ils ont des poches !!! Mais tu comprends, c’est gênant une poche pleine, et t’as de la place, dans ton sac ! 😉

    1. Ah ça, trouver des fringues à poches de taille normale quand on cherche dans les vêtements « pour femme », c’est clair que c’est la plaie !

      C’est marrant cette anecdote sur les mecs qui mettent leur portefeuille dans « ton » sac ; je n’ai jamais eu l’occasion d’assister à cette scène. Ça veut peut-être dire que mon entourage n’est pas assez mixte… En tout cas, ça ne m’étonne pas du tout ! C’est d’autant plus mauvaise foi que leurs poches ont en plus la bonne taille pour y mettre ce dont ils ont besoin, les saligauds… ^^

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *