Du sexe, de l’envie et de la confiance en soi

De nos jours, la culture du sexe frappe de plus en plus tôt à nos portes. Mais il semblerait que l’éducation sexuelle soit toujours aussi taboue, pour les jeunes n’ayant pas encore de vie sexuelle ou tout juste comme pour celles qui ont déjà pas mal de kilomètres au compteur. Et comme beaucoup de tabous, celui du sexe et de l’envie dégénère souvent en problème récurrent dans nos vies, conscientisé ou en sous-marin.

Je ne prétends pas avoir une explication universelle ni non plus de solution infaillible. Je me considère toutefois comme légitime pour te partager mes réflexions, ressentis et conclusions en toute humilité. Qui, sait, peut-être trouveras-tu là matière à réfléchir et à harmoniser cet aspect-là de ta vie ? C’est en tout cas ce que j’espère !

Petite note on the fly : je ne parle ici que de sexe et d’envie hétérosexuelles, je ne peux pas m’exprimer au sujet des autres types de sexualité. Il ne s’agit pas d’une occultation volontaire d’une partie non négligeable de la population, mais de réflexions issues de ma propre expérience.

Du sexe, de l'envie et de la confiance en soi.

Des tabous et des mythes


On a beau être au XXI° siècle, en 2018, à l’ère où les voitures devaient voler et où, en tout cas, ta montre peut t’indiquer à quelle vitesse tu cours (si tu veux mon avis, les smartwatches sont l’invention la plus inutile/nuisible du moment, juste après les dosettes Nes***so), on se trimballe encore un sacré paquet de mythes dans la hotte. Des mythes tout droit hérités de notre bel ami Patriarcat si l’on en croit les esprits les plus analytiques.

En effet, on se heurte encore et toujours à ce mythe profondément ancré, même (surtout ?) chez les principaux intéressés, que l’animal humain mâle a des pulsions sexuelles impérieuses et incontrôlables qu’il ne faut surtout pas juguler et que tout un chacun (en général, les femmes) se doit de prendre en considération voire de satisfaire, quoi qu’il en coûte. En général, « incontrôlable », c’est une façon gentille de dire « pathologique ». Moi, j’dis ça, j’dis rien.

Ce mythe me chagrine beaucoup, quel que soit le sens dans lequel on le prend. Ça me désole d’entendre des hommes parler de « l’importance primordiale » du sexe dans leur vie, ou encore des répliques du genre « tu sais, pour un homme, le sexe c’est très important » (ça fait vraiment genre « tu peux pas comprendre le poids que je porte »). D’une part, je trouve ça affligeant qu’on ait pu convaincre une si large partie de la population qu’elle est, pour ainsi dire, incontinente voire déficiente mentale ou atteinte d’une grave pathologie héréditaire : quelle gloire peut-il y avoir à se considérer incapable de contrôle sur soi ? Pourquoi s’accrocher si désespérément à ses pulsions pour en faire quelque chose de si impérieux ? (et après, ça se targue d’être une espèce supérieure parce que « nous au moins on réfléchit ». Ben voyons !)

C’est tout aussi désolant quand on regarde du côté des femmes ; on en vient à accepter d’avoir des rapports sexuels contre notre volonté, à se dire « qu’il faut se laisser faire », que « si on le laisse se défouler, il nous foutra la paix ». On en vient à considérer les hommes comme des harceleurs, voire à se découvrir une forme de pitié, de mépris pour ces êtres si faibles qu’ils sont capables de piquer des crises et de taper du pied parce qu’ils n’ont pas eu leur susucre, comme si tout leur était dû, fût-ce au prix de notre propre inconfort. Nique la logique.

Un autre tabou ultra-stupide : de toute façon, le plaisir des femmes est une histoire bien trop complexe et même pas garantie, c’est peut-être même une légende urbaine, alors il est inutile de nous en préoccuper. Du côté XY, ça donne des mecs qui n’ont rien à cirer de savoir si madame prend un quelconque plaisir à la chose. Quant au côté XX, ça donne des nanas qui partent du principe que de toute façon, le sexe c’est nul, c’est frustrant, c’est sale, et que puisqu’on n’arrivera jamais à prendre de plaisir, alors autant faire l’étoile de mer et attendre que ça se passe, ce sera plus rapide.

Évidemment, il y en a encore des tripotées (oh le jeu de mots mal inspiré !)– une femme qui dit non est une femme qui veut qu’on la force (non, une femme qui dit « non » veut dire non, ça signifie qu’il faut lui foutre la paix), on peut inciter une femme qui n’a pas envie à avoir envie (non, une femme qui n’a pas envie n’a pas envie, et c’est pas parce que les raisons t’échappent qu’elles ne sont pas valables), forcer une femme l’excite (euh, comment te dire, non, non, NON !). Si tu en as d’autres, n’hésites pas à les partager en commentaire, qu’on en discute. C’est toujours intéressant de savoir quelles croyances circulent – pour mieux les démonter.

Des problèmes – et des solutions


Ces tabous et mythes stupides ont la vie dure, même pour des personnes qui réfléchissent et tentent de remettre en question leurs croyances. Et cette durée dans le temps continue de poser beaucoup de problèmes et de torts, à tout le monde.

D’un côté, on a des hommes qui croient dur comme fer que le sexe est la base de leur vie et qu’il faut absolument qu’ils copulent dès que l’envie leur vient, sous peine de voir leur prostate exploser – ne ris pas, à en entendre certains, on dirait presque que c’est ce qu’ils redoutent ! Là-dessus, y’a quand-même un truc qui m’échappe : je veux dire, quand t’as envie de faire caca, si tu n’as pas de toilettes sous le coude, tu t’accroupis quand même pas en plein milieu du tapis de la salle de conférence, tu te retiens jusqu’à ce que tu trouves des toilettes, non ? Pareil si tu es au travail et que tu as envie de faire une sieste : tu attends le week-end pour faire ton petit somme d’après repas, non ? Alors pourquoi te transformer en harceleur de bas étage sous prétexte que t’as envie là-maintenant-tout-de-suite comme un gosse qui n’a pas eu ses bonbons et qui fait une grosse colère ? Remettons les choses à leur place : boire c’est nécessaire à la vie, se nourrir aussi (même si moins souvent), dormir pareil, mais ne pas niquer n’a jamais tué personne !

J’ose espérer que ce genre de réflexions n’est pas l’apanage de femmes qui ont trop longtemps supporté des hommes au comportement puérile : ne peut-on pas avoir envie, même quand on est un homme, de se comporter jusqu’au bout comme une personne civilisée et respecter les besoins/envies d’autrui comme étant au moins aussi importantes/légitimes que les siennes propres ? Parce que là, outre le problème de l’infantilisation masculine (personnellement, ça ne me plairait pas des masses, m’enfin que sais-je moi du poids d’une paire de testicules !), il y a bien un problème de respect et de considération d’autrui : puisque tu n’es pas moi, tes désirs (en l’occurrence, ton absence de désir) ont moins d’importance que les miens. Pour une société qui se targue si souvent d’avoir apporté la « civilisation » aux « sauvages », je trouve qu’il y a quand même des questions à se poser.

En conclusion concernant cette partie de ma réflexion, j’ajouterais que pour ceux qui ne veulent rien refuser à Saint-Kiki, Grand Maître de la Psyché et du Monde Matériel, Héritier Légitime de toutes les Divinités de l’imaginaire humain, il est toujours possible de s’enfermer aux toilettes avec sa main, ou tout autre ingénieux sex toy voué par essence à la satisfaction de leurs pulsions. On nous rebat les oreilles en permanence avec le « progrès », il serait temps de s’en emparer pour les choses vraiment utiles – et les smartwatches n’en font carrément pas partie !

Côté féminin, les retombées sont nombreuses. On apprend très tôt que nos envies, nos désirs n’ont pas grande importance. Quoi qu’on en pense, quoi qu’on en dise, le plaisir et le désir masculin devraient avoir en tout temps et tout lieu la priorité absolue – on nous le répète assez tous les jours pour ne jamais pouvoir l’oublier. On entend par la suite, parfois, des reproches sur un manque d’envie ou de désir : mais pourquoi s’étonner d’une telle chose ? Quand on s’entend dire et sous-entendre toute sa vie que nos opinions sur la question n’ont, en fin de compte, pas d’intérêt, qu’on nous prendra ce qu’on attend de nous quoi qu’on fasse, alors comment peut-on encore envisager qu’une quelconque envie puisse se développer vis-à-vis du sexe ?

Ainsi, la vie sexuelle peut devenir très vite (et devient souvent) un sujet dont on se désintéresse totalement, dont on se sent même exclue : puisqu’on n’a pas voix au chapitre, alors il n’y a pas lieu de s’intéresser à la question. Puisque nous ne serons pas écoutée, alors il ne sert à rien de s’y engager. Puisque nous ne serons pas respectée, alors pourquoi se sentir concernée ? Pire, le sexe devient une terrible obligation, un putain de boulet qu’on traîne derrière soi. Un fantôme qui plane au-dessus de nous en permanence : est-ce qu’il va tenter quelque chose ? Est-ce qu’il va essayer de me toucher ? Est-ce qu’il va crier/faire la gueule si je dis non ?

Le fantôme gagne souvent en densité au moment de rejoindre Morphée, puisque le lit est dans l’imaginaire collectif le terrain de jeu privilégié de la fornication. Loin d’être un moment de détente, le coucher devient alors source d’angoisse. On en vient à imaginer des tactiques pour éviter tout contact physique, pour décaler le moment où l’on se couche, à appréhender les retombées. Bref, la simple possibilité du sexe devient un véritable enfer sur Terre.

Mal inspirées par les remarques de nos aînées, de nos copines – ou des hommes eux-mêmes – du type « tu pourrais faire un effort », on se prend bien trop souvent à se laisser faire, pour être débarrassées. On « accomplit son devoir de femelle », on écarte les jambes et on attend que ça se passe. Parfois, on essaie de se convaincre soi-même qu’on prend du plaisir à « ça » : on essaie d’avoir l’air impliquée, on fait comme si c’était bien pour ne pas le blesser dans son énorme orgueil qui nous écrase de tout son poids, parce qu’après tout, « moi, je ne compte pas ».

Et alors qu’il s’endort d’avoir soulagé son-envie-c’est-une-question-de-vie-ou-de-mort, on cogite, on se sent mal, on se sent sale. On ne sait même pas exactement pourquoi. C’est difficile de mettre des mots là-dessus. C’est douloureux d’essayer d’analyser ce qui se passe. La vérité, c’est qu’on se sent comme une merde, comme un objet, on se sent comme une capote usagée pleine de foutre dont on se serait bien passée. On voudrait disparaître, et on la sent s’étioler, cette petite confiance en soi qu’on a si souvent du mal à faire pousser, qu’on doit faire tant d’effort pour voir se développer. On la sent déchirée. On a mal à l’amour propre. On saigne à l’intérieur. Et ce genre d’expériences trop souvent répétées, ça brise.

Finalement, tout ceci fait qu’on ne s’intéresse jamais vraiment au fonctionnement de son propre plaisir. De ses propres envies. On en renie complètement l’intérêt égoïste que pourrait avoir la sensualité : elle n’est pas un moyen à nos propres fins, seulement aux leurs. On camoufle sous un gros tapis bien épais toutes ces choses-là qui ne nous concernent pas. Qui semblent ne pas nous concerner. On maquille nos désirs en déviances, en choses sales qu’il faut réprimer. On tente de se distancier au maximum de ce qui a trait à « ça ». On ressent du dégoût de soi, du dégoût de « ça ». Et on vit avec ce poids sur la conscience, dans le cœur, là où on range ces affaires très privées qui nous touchent mais qu’on essaie d’ignorer, on vit avec cette partie de nous, de notre vie, qui devrait être vide car non explorée, et qui est pourtant remplie de cet acide violent qui nous ronge petit à petit. On vit à moitié, on ne se connaît pas. Et l’occasion peut ne jamais se présenter de se réconcilier avec soi et de découvrir qui on est vraiment. Parce que savoir ce qui nous fait du bien, ce qu’on aime, ce qu’on désire, ce qu’on veut et ce qu’on refuse, c’est aussi savoir qui l’on est.

Conclusion


Tout serait pourtant bien plus simple pour tout le monde si chacun respectait l’autre. Si chacun se souvenait que « qui peut le plus peut le moins ». Si une bonne moitié de la population animale humaine comprenait qu’on a le droit de lui dire « non », et que ce « non » est non interprétable et non négociable. Si l’autre moitié comprenait que tout ce qu’on lui a dit jusqu’à présent, c’est des conneries. Que son avis (ton avis !) compte tout autant que celui des autres. Que son plaisir existe quelque part, qu’elle peut le trouver et qu’en s’y intéressant, elle le trouvera. Qu’il est important de comprendre et de savoir si elle désire ou pas des rapports sexuels, et selon quels termes. Qu’il est important de savoir si la vie sexuelle a une importance ou pas pour elle, et le cas échéant si elle implique la participation d’autres ou pas – parce qu’on peut n’envisager la sexualité que seule.

Je rêve d’un jour où les femmes ne se sentiront plus obligées d’avoir des rapports sexuels contre leur volonté. Du jour où les moins assurées, les moins expérimentées ne se verront pas brusquées et/ou forcées. Du jour où on n’aura plus besoin de se justifier quand on dit non, comme s’il fallait une raison, un mot des parents, un certificat du médecin. Je rêve du jour où les hommes se détacheront enfin de ce rôle d’enfant gâté dans lequel la société les pousse et où ils semblent se complaire. Du jour où ils entendront « non » quand « non » a été prononcé. Du jour où ils prendront la pleine responsabilité de la satisfaction de leurs désirs de manière autonome. Du jour où une femme sera avant tout à leurs yeux une personne avec ses propres désirs, ses propres rythmes, ses propres envies, et plus un exutoire.

Ce jour-là, les femmes ne seront pas les seules gagnantes : les conditions pour une vie sexuelle pleinement épanouissante pour les deux partis seront enfin remplies. Je crois que dans un monde comme celui-là, tous les animaux humains seraient bien plus heureux.

Et toi, qu’en dis-tu ? Partages-tu cette analyse ? As-tu des choses à ajouter ? N’hésites pas à partager ta propre expérience si tu le souhaites ; l’espace commentaires (ton espace) est aussi là pour ça 🙂

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2 Comments

  1. J’aime beaucoup ta partie sur le désir masculin soi-disant non-négociable et à satisfaire le plus rapidement possible. Je côtoie des hommes civilisés, mais pourtant je me rends compte que dans ma tête, cette idée est bien ancrée : « ils en ont besoin. C’est l’instinct » – alors voilà, dans ma tête, les hommes (les hommes cis) sont des animaux. Et, comme tu le dis, il y a ce truc indiscutable que malgré tout, ces animaux auront le droit de nous contraindre. Bref, c’est impressionnant comme le conditionnement nous fait avoir des pensées contradictoires, surtout quand aucune de ces pensées n’est réaliste.

    1. Mince, ton commentaire était passé dans les indésirables !
      Je trouve cette idée de la contrainte absolument terrifiante, d’autant plus qu’elle ne s’exerce pas forcément physiquement (et donc de manière flagrante), mais par des petits jeux vicieux sur la culpabilité… où au final on se retrouve à se sentir soit coupable de ne pas avoir accepté, soit coupable de s’être laissée manipuler. Super pour l’estime de soi le deal perdant-perdant :-/
      Et pour le réalisme de ces considérations, comme tu dis, on repassera !

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