Cours de Stratégies de Design en Permaculture Végane, avec Graham Burnett

Je rentre tout juste d’une semaine de folie. D’une semaine géniale. D’une semaine pleine d’espoir.

Non, je n’ai pas rejoint une cellule terroriste qui planifie la destitution de la macronie. Et je n’ai pas gagné au loto non plus – dommage, hein. J’ai suivi un cours de permaculture végane avec (ZE !) Graham Burnett dans le bel écolieu en devenir d’Ici et Maintenant.

Sens du partage ou mégalomanie, je me suis dit que j’allais te raconter cette nouvelle aventure qui vient de démultiplier les futurs possibles – et m’a fait découvrir les joies de dormir en tente par température négative – si, si, au mois de mai.

Accroche toi, ça envoie du lourd ! (c’est peut-être de la mégalomanie tout compte fait)

Stratégies de design en permaculture végane : retour sur 5 jours de cours !

Graham Burnett

Au cas où tu n’aurais pas suivi – ce qui paraît inconcevable, à moins que tu n’aies pas mis le nez dans la liste de ressources que j’ai construite avec amour ET que tu ne sois pas non plus abonnée à Ze PermaLettre (Graham Burnett est l’auteur du seul livre (à ma connaissance) sur la permaculture végane : The Vegan Book of Permaculture. Un excellent bouquin que je te recommande sans hésiter pour peu que tu aies un petit peu d’anglais sous le pied.

The Vegan Book of Permaculture - livre de Graham Burnett sur une table en bois accompagné d'une tasse de thé !

Quand je me suis intéressée à la permaculture, j’ai été assez désespérée (déçue, beaucoup, il faut bien le dire) de constater que là aussi, malgré les belles éthiques et les objectifs affichés, l’exploitation des autres animaux faisait rage – aka horreurs de type tracteurs à poule, aquaponie, traction animale and co.

Autant te dire que quand j’ai découvert le bouquin de Graham, j’ai été super heureuse ! Et je me suis sentie carrément moins seule. Et ça fait du bien – même si « c’est pas parce qu’ils sont nombreux à être du même avis qu’ils ont raison », on est d’accord.

Forcément, j’ai aussi creusé sur son parcours, ses affinités. Ce que j’y ai découvert m’a beaucoup plu : un passé très militant et politisé, végane depuis 1984, impliqué dans la permaculture depuis 1994… sans compter son amitié avec Nicole Vosper – t’as pas fini d’en entendre parler de Nicole, j’te l’dis 😛

Bref, autant te dire que quand j’ai appris qu’il allait venir donner un cours de 5 jours en France, j’ai sauté sur l’occasion !

Ici et Maintenant

A l’origine de tout ça, il y a Michelle, fondatrice de l’écolieu végétalien en devenir Ici et Maintenant, en Normandie.

Panneau "Ici et Maintenant" à l'entrée de l'écolieu, devant un mur de pierre, sur un tas de bois.
Bienvenue à Ici et Maintenant !

Désireuse de passer enfin à l’action, de proposer un cours de permaculture végane en France et d’accompagner la normalisation du véganisme dans un Hexagone réac’ et fier de l’être *soupir*, elle a remué ciel et terre pour organiser ce cours. Après avoir, sans succès, fait appel aux intervenantes de l’UPP, elle a fini par se tourner vers Graham, qui a accepté avec enthousiasme. Ouf !

C’est donc chez elle, dans son bel écrin de verdure, que se sont déroulés ces 5 jours de cours de stratégies de design en permaculture végane. Et son hospitalité comme son énergie ont largement contribué à faire de cette expérience un merveilleux moment de partage.

Les participantes dans le potager d'Ici et maintenant - Michelle raconte son lieu.
Visite du lieu – dans son écrin de verdure

Merci Michelle !

Le cours de stratégies de design en permaculture végane

Le cours étant dispensé par Graham, forcément, se déroulait en anglais – d’ailleurs, la moitié des participantes avait traversé la Manche pour assister à ce cours international ! Entre ça, les accents et les façons de parler de chacune, c’était assez coloré, auditivement parlant ! Et un peu fatiguant en termes de concentration – mais c’est la vie.

Pour la conception du cours en question, Graham a du faire face à une sorte de challenge particulier : plus long qu’une initiation (en général, 2 jours), bien plus court qu’un Cours Certifié de Permaculture (2 semaines), il lui a fallu composer avec la contrainte des 5 jours pour nous permettre de voir le plus de choses utiles possible dans ce laps de temps avec une cohérence – c’est tout de même mieux, non ?

Graham Burnett devant le tableau/carte mentale du cours de design - on explique GoSADIM
Cours de design

Challenge relevé avec succès puisque l’essentiel des grandes thématiques a été couvert ! On a parlé définition de la permaculture, éthiques, principes, design, cartographie, sols, eau, jardin-forêt… Bref, c’était dense !

Toutefois, loin de nous mener au pas de course tout au long des 5 jours, Graham a opté pour une approche très perma (un peu trop à mon avis, vues les circonstances) de gestion collective du temps et des règles de vie du groupe.

Le groupe autour d'un travail collaboratif d'agencement de cartes - on reconstitue les différentes étapes d'un design en plaçant les cartes au bon endroit.
Collaboration

Le cours s’est d’ailleurs ouvert sur un échange au sujet des règles de vie de groupe que nous souhaiterions suivre au long du séjour, le tout cartographié sur une carte mentale (on dit aussi « carte heuristique » – ou gribouillage, au choix). Le plan était de se tenir à ces règles communes et/ou de remettre sur le tapis ce qui devait être modifié en début de journée suivant – histoire que la vie de groupe se déroule au mieux.

D’autre part, une bonne partie des après-midi était laissée libre, ce qui m’a beaucoup surprise ; Graham nous a invitées à voir avec Michelle à quoi nos mains pouvaient lui être utiles au jardin. Résultat : certains après-midi ont été consacrés à la glandouille, d’autres à du jardinage. Assez déconcertant quand on a l’habitude des méthodes d’enseignement classiques ! Décevant aussi pour certaines, qui s’attendaient à quelque chose de plus dirigé et construit sur la pratique du jardinage et l’application concrète de la permaculture au jardin.

Le groupe autour d'une table, écoutant les explications de Graham Burnett sur la reconnaissance des types de sol au toucher, à la vue, etc.
Tests de sol

Enfin, j’ai beaucoup aimé l’approche de l’enseignement déployée par Graham. Au lieu de nous installer dans une position de strictes receveuses de savoir dans la plus grande passivité – comme c’est généralement le cas dans la conception française de l’enseignement -, notre instructeur nous a fait franchir le cap du passage à l’acte avec une méthode de formation action (action learning en anglais). Nous avons eu pas mal d’activités collaboratives, de travail en duo ou en petits groupes, de mise en commun des savoirs et compétences des unes et des autres.

En ce qui me concerne, j’ai adoré cette approche interactive et participative – qui en a fait grincer certaines – : c’est souvent si difficile de se projeter dans l’action (« il faudrait que je fasse », ça te dit quelque chose ?) que ce genre de petits coups de pouce rendent facilement les choses beaucoup plus concrètes ! Sans compter l’intérêt que ce genre de méthodes a pour la mémorisation des informations, of course.

Ze Social Network ou la création d’un réseau

Outre le soulagement de ne pas avoir à vérifier pendant les repas qu’un morceau de cadavre avait sournoisement été glissé dans un plat et le bonheur de ne pas se cogner une fois de plus les habituelles questions et remarques (« et le cri de la carotte alors ? »), ce stage a été une petite merveille socialement parlant : pour une fois, je me retrouvais avec des humaines partageant l’essentiel de mes valeurs.

Parce que oui, je connais des véganes ; et je serre les dents quand je les vois utiliser des mouchoirs en papier ou brandir des paquets de chips et ne pas s’interroger sur la pertinence de manger des tomates en hiver (lesdites connaissances véganes n’ont pas l’exclusivité sur ces chapitres-là, note bien).

L'impact de la couverture de sol en une expérience ludique : on verse de l'eau sur de la terre nue et de la terre couverte, et on constate l'importance de la couverture de sol pour le maintien du sol et l'infiltration de l'eau !
To mulch or not to mulch ? That is… the answer !

Parce que oui, je connais des gens qui s’intéressent à la permaculture ; et je me mords la langue quand je les vois sortir des bouteilles d’eau de source aux repas, quand je les entends me parler de races de chien plus intelligentes ou gentilles que les autres ou s’étendre sur José qu’a eu sa bagnole défoncée par une saleté de sanglier – sans déc’, ils peuvent pas aller ailleurs que sur nos routes ?! (Eh, pssst, c’est ta route qui traverse la forêt des sangliers – et ta bagnole c’est qu’un tas de ferraille, pas une personne sensible).

Bref, tu vois le tableau.

Là, je me suis retrouvée avec des personnes humaines humaines (la répétition est volontaire – relis à vois haute, tu vas comprendre) ET concernées par les questions écologiques. Je me suis retrouvée avec d’autres spécimens d’homo sapiens qui remettaient en cause leurs modes de vie et la société occidentale. Je me suis retrouvée entourée d’humaines mues par la même volonté que moi de ne pas nuire mais aussi et surtout d’arranger les choses de leur mieux. Et ça, c’était merveilleux…

Si auparavant je me sentais parfois bien seule – bon, souvent en vrai – cette expérience m’a fait ressentir dans ma chair que non seulement je ne suis pas seule (houhou, merci Capt’ain Obvious !) mais en plus que ces valeurs et idées ont encore beaucoup d’esprits à parcourir et que ce n’est que le début d’une longue histoire. Et cette histoire, je n’aurais pas à l’écrire seule – bonjour la galère sinon, t’imagine ? – : nous sommes un réseau, nous avons des soutiens, des alliées.

Ce que j’ai tiré de ce cours de stratégies de design en permaculture végane

Je me rends compte en faisant ce petit bilan – dixit la nana qui ricane quand on parle de bilans – que j’ai pris pas mal de bouteille, parce que j’ai la sensation de ne rien avoir appris au sujet de la permaculture pendant ce cours. Tu me diras, c’est plutôt rassurant, vu le temps que je passe à potasser le sujet. M’enfin, ça fait pas de mal, de temps en temps, de clouer le bec à son syndrome de l’imposteur (bisous !).

Techniquement, j’ai appris quand même deux trois petites choses : quelques notions supplémentaires de cartographie (ce qui est plutôt utile quand on travaille sur un design de lieu, n’est-ce-pas), comment calculer une pente avec un niveau à eau et comment utiliser le niveau à eau en question – j’en ai vu pas mal de fois mentions, on m’en a parlé pendant mon CCP n°1, mais je n’avais pas vraiment compris le fonctionnement du machin. Voilà qui est chose faite.

Placement de cartes/stratégies pour gérer l'eau sur un profil représentant une colline et sa vallée ; on découvre les stratégies de management de l'eau dans le paysage
L’eau dans le paysage

D’autre part, j’ai beaucoup aimé les expériences pratiques que nous avons faites. Grâce à quelques bouteilles en plastique et un peu d’huile de coude, nous avons pu constater de visu le mécanisme d’érosion des sols non couverts sous la pluie et l’effet d’une couche de mulch sur l’absorption de l’eau par le sol en question et sa protection contre le ravinement. On a fait les tests de sols habituels, avec un petit atelier malaxage et touillage de terre dans les mains pour en déterminer les grandes tendances. On a fabriqué un niveau à eau avec deux bouts de bois, de la ficelle et un tuyau transparent. On a fait des ateliers fermentation de nourriture. C’était varié, pratique et très utile. Et ça rendait concrètes, possibles, plausibles, de belles théories. Ça les faisait passer du domaine de l’esprit au domaine de la réalité réelle et véritable.

J’ai également pas mal appris en termes de pédagogie. L’approche action formation, le fait de solliciter les participantes régulièrement, la gestion de la dynamique de groupe, l’attitude un peu en retrait de Graham pour accompagner l’émergence culturelle au sein du groupe.

Et puis, bien sûr, il y a eu ces rencontres, ces moments de rire, ces discussions passionnées, ces échanges de petits trucs du quotidien entre les unes et les autres… et l’émergence d’un projet super excitant et passionnant à venir, dont je ne manquerais pas de te reparler dans les mois qui viennent 🙂 Stay tuned !

Un participant attache le tuyau transparent au bout de bois gradué pour finaliser notre niveau à eau.
Confection du niveau à eau

Conclusion

Mon premier CCP avait radicalement changé ma vie. Ce cours de 5 jours lui a fait prendre un nouveau tournant.

Tout n’a pas été rose ni parfait – loin de là ! -, mais j’ai énormément appris, énormément reçu : savoir, énergie, espoir, perspectives… et j’ose supposer que si j’ai tant reçu, c’est que j’ai également beaucoup donné – à l’insu de mon plein gré, comme dirait l’autre.

Ce cours de permaculture sans exploitation des autres animaux a été une merveilleuse opportunité pour moi, tant d’un point de vue permaculturel que personnel.

Et si l’occasion se présente pour toi, je ne peux que t’encourager à t’en saisir.

Et toi, aimerais-tu suivre un cours de permaculture végane ? En as-tu fait l’expérience ? Raconte !

+ d'inspiration ?
On peut se retrouver dimanche dans ta boîte mail.

2 Comments

    1. Il y a eu une autre formation perma végane en France à peu près au même moment – mais en anglais aussi.
      En Angleterre, il y a Graham Burnett du coup qui propose ses formations, et la merveilleuse Nicole Vosper d’Empty Cages Design 🙂

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