Elles construisent une maison en terre en une semaine !

Avant, quand tu pensais à « construire une maison », tu imaginais des parpaings, des poutres, des bétonnières et du ciment, des angles droits et des tuiles sur le toit. Mais ça, c’était avant.

Aujourd’hui, je bouleverse ta conception du monde et je mets de la folie dans ton univers : on peut faire des maisons belles, confortables, saines, écologiques, pas chères et sans angles droits. Et l’une des techniques disponibles pour réaliser ce prodige, c’est le superadobe.

Si tu étais abonnée à Ze PermaLettre, tu serais déjà au courant évidemment – 50% de mes articles ne sont publiés que par ce biais (je cale ça là, on sait jamais, ça pourrait t’intéresser). Mais vu que je suis sympa, je vais quand même t’en parler ici – tu vas voir, tu vas kiffer, comme dirait l’autre.

Je reviens d’une semaine de stage de construction en superadobe. Je suis épuisée. Je suis heureuse. J’ai des étoiles plein les yeux. Je te raconte tout ça, et je m’offre même un titre putaclic.

Elles construisent une maison en terre en une semaine !

Le superadobe, c’est quoi ?


Élémentaire, ma chère coléoptère : le superadobe, c’est une technique de construction en sacs de terre/sable/ce que tu as sous la main. On empile des sacs entre lesquels on intercale des fils de fer barbelés et le tour est joué.

Évidemment, j’ai grossi le trait : c’est un poil plus complexe que ça, puisque comme tu le sais certainement, il nous faut composer avec ce qu’on appelle « les lois de la physique », qui nous imposent de respecter certaines règles pour que la construction tienne la route. Mais dans les grandes lignes, c’est basique.

Les constructions en superadobe, souvent en forme de dômes – mais pas seulement, on peut également faire des voûtes ou des formes classiques -, font d’excellents abris d’urgence : construites avec extrêmement peu de matériel et des matériaux plutôt faciles d’accès, elles peuvent être érigées très rapidement, pour peu que la main d’œuvre soit en assez grand nombre et suffisamment attentive aux directives de construction. Par exemple, une habitation d’urgence pour un couple de personnes âgées a pu être érigée en une dizaine de jours au Népal, avec l’aide des villageois et d’étudiants. 10 jours pour construire une maison, tu imagines ? A l’huile de coude seulement !

D’autre part, le superadobe est une technique très adaptée aux régions sismiques. De par sa conception et sa forme, en cas de séisme, le bâtiment reste assez souple pour bouger selon les mouvements du terrain sans casser, et suffisamment rigide pour ne pas s’effondrer. La preuve : l’institut Cal-Earth, épicentre (hahaha !) du développement du superadobe, se trouve dans une zone sismique (la Californie), et les contrôles de résistance aux séismes y sont extrêmement exigeants ; ce qui n’a pas empêché l’obtention de permis de construire pour ces « ovnis » architecturaux.

Superadobe : un brin d’Histoire


C’est Nader Khalili, architecte irano-américain, qui a popularisé la construction en superadobe. Inspiré par les techniques traditionnelles utilisant la terre pour bâtir – en France, on peut citer le pisé et le torchis, entre autres, techniques que l’on retrouve à peu près partout dans le monde avec quelques variations – ainsi que par les abris militaires conçus en sacs de sable et barbelés, il a mis au point le concept de dôme en superadobe en réponse à un appel d’offre de la NASA en 1984 pour concevoir des logements sur la lune et sur Mars – sûr que c’est quand même plus important que résoudre les problèmes sur Terre, m’enfin passons ! La contrainte technique principale était alors de permettre la construction en utilisant le moins de matériaux importés possible – chaque gramme coûtant une fortune à envoyer aussi loin. A l’époque, c’était du velcro qui était censé jouer le rôle de tenseur/liant entre les couches.

Avec son épouse Iliona Outram (architecte britannique et co-fondatrice de l’association New Earth UK), Nader a fondé en 1991 l’institut Cal-Earth, Californian Institute of Earth Architecture (Institut Californien pour l’Architecture en Terre, en bon franssé), où il a transmis sa philosophie ainsi que les techniques de la construction en terre. Cet institut, qui existe encore aujourd’hui, a servi de terrain expérimental pour le développement de nombreux prototypes, afin d’affiner toujours plus la technique. Outre le superadobe, le concept de maisons en céramique (construites en briques crues puis cuite par un grand feu à l’intérieur) a aussi pu être mis en œuvre sur ce terrain – époustouflant.

Après 18 ans de travail à l’institut, Nader décède en 2008. Ses enfants reprennent les rênes de Cal-Earth, et Iliona revient finalement en Europe et continue à faire connaître le superadobe partout dans le monde.

Un stage organisé par l’association Freedôms


Je dois t’avouer que lorsque j’ai découvert le superadobe, ça m’a fait l’effet d’un coup de tonnerre, comme avec la permaculture, comme avec le rocket stove. Petite lumière dorée et chœurs angéliques en fond sonore. J’ai tout de suite cherché où me former à cette technique. Et j’ai un peu fait la gueule quand j’ai vu que Cal-Earth était aux States – c’est le genre de destination qui me fait tout sauf rêver. Sans parler de l’aspect financier. Pas glop.

La bonne nouvelle, c’est que j’ai continué à chercher, et que j’ai fini par tomber sur le site de l’association Freedôms, qui proposait des stages autour de la Méditerranée… et aussi en France ! Bien sûr, j’ai découvert ça quelques semaines après la fin de leur dernier stage en Hexagone – sinon, c’est pas marrant. Alors j’ai dû attendre. Est-il besoin de te décrire mon euphorie quand j’ai appris l’organisation de cette nouvelle session ?

Le logo de l'association Freedôms en céramique sur le mur extérieur du dôme.
Le logo de Freedôms | Création en céramique originale de Snooze

Le stage intensif d’une semaine s’est déroulé à Varennes-Saint-Sauveur – on est même passés dans le journal local, la grande classe. Non seulement nous étions encadrées par deux anciennes étudiantes de Cal-Earth, Lora et Neil, mais en plus, cerise sur le gâteau, Iliona Outram (qui a travaillé pendant 18 ans avec Nader, suis un peu !) nous a fait l’honneur de sa présence, accompagnée par la géniale Aktanin, membre de l’association New Earth UK. Autant te dire qu’en termes de conseils et d’explications techniques, nous avons été gâtées – même s’il aurait probablement fallu des journées de 48h pour que chacune puisse poser toutes ses questions.

Le stage s’est donc déroulé sous les meilleurs auspices. Nous avons alterné construction et explications théoriques, et avons même travaillé à la réalisation de maquettes en argile. Bref, c’était diversifié, intense et très riche. Et super bien organisé.

Le PFH : Putain de Facteur Humain


Étant donné que le superadobe reste une technique « simple » de mise en œuvre dans le sens où il faut peu de matériaux et de matériel, et aucune machine particulière, le succès d’un projet de construction en sacs de terre dépend en grande partie du fameux PFH, le Putain de Facteur Humain (j’adoOore ce terme).

En effet, outre le temps de travail alloué à la tâche, c’est surtout la main d’œuvre qui va être déterminante dans la qualité de réalisation et la vitesse d’exécution : de plusieurs années pour des personnes travaillant uniquement les week-ends à deux ou plus à quelques semaines pour des équipes de travail présentes 8h par jour, toutes les configurations sont possibles. Sans compter le bon fonctionnement des groupes.

Petite lapine noire et blanche, Émilie, qui est devenue la mascotte ; elle adore les câlins !
Émilie, notre mascotte : toujours prête pour une « minute lapin » de câlinothérapie !

Sur le stage, nous étions une bonne vingtaine de participantes. A première vue, ça fait beaucoup. L’avantage, c’est qu’en tel nombre, nous avons pu nous relayer – le travail physique au soleil d’été, ça fatigue vite – et travailler plus longtemps. Autre point : les petits groupes qui se sont créés autour des différentes tâches du chantier fonctionnaient très bien entre eux. Le travail a pu se faire dans la joie et la bonne humeur.

D’ailleurs, le bon fonctionnement de cette organisation a été mis à l’épreuve : au bout de quelques jours de chantier, nous avons fait une séance de travail silencieux pendant quelques heures. Pas de parole, seulement des gestes, et cette séquence a été finalement la plus productive de toute la semaine.

Quoi qu’il en soit, je suppose qu’on peut dire que le PFH a joué en notre faveur : en 7 jours, une petite maison est sortie de terre, avec rien d’autre que des sacs, du barbelé, des pelles et des seaux… Et beaucoup d’huile de coude !

Un pied dans le rêve, un pied dans la réalité


Iliona nous a un peu parlé de Nader. Il aimait la poésie – en particulier le poète persan Rûmî, dont nous avons entendu pas mal de citations au cours de ces 7 jours – et était attaché à l’idée de « garder un pied dans la réalité et un pied dans le rêve » pour pouvoir avancer. Pour lui, un rêve ne pouvait prendre corps qu’en restant solidement ancré dans son époque.

Iliona incarne cette idée : tout en continuant à faire connaître le superadobe, à participer à des chantiers et à des conférences sur le sujet, elle poursuit son travail d’architecture « classique » et prépare actuellement un doctorat.

Le meilleur moyen de faire éclore le rêve, n’est-ce pas de le semer là où il n’existe pas encore ?

1 million de brousoufs


J’en avais marre d’écrire « conclusion » comme à l’école – je sais que tu ne m’en tiendras pas rigueur.

Il y aurait encore beaucoup à dire, sur le superadobe comme sur le stage. Le plus important, à mon sens, c’est de retenir qu’avec peu, on peut faire beaucoup. Qu’en une semaine, d’un terrain vague, nous avons érigé une petite maison qui pourrait tenir des siècles. Une petite maison antisismique, saine. Une petite maison confortable, douillette. Une petite maison qui régule les températures, isole des sons. Une petite maison qui protège de la pluie et du vent.

En une semaine, avec à peine plus que de la terre, nous avons appris comment nous émanciper du béton, des grues, des délais de construction à rallonge et des prêts bancaires sur trois générations. Nous avons appris comment reprendre le pouvoir sur la construction d’un habitat à notre mesure. Tout ça dans la plus grande bienveillance.

Je ne suis pas encore prête à construire ma maison. Je suis tout à fait prête à continuer à apprendre, à pratiquer et approfondir. Parce que c’est passionnant. Parce que c’est satisfaisant. Parce que c’est simple.

Et toi, as-tu déjà entendu parler du superadobe ? Qu’est-ce que ça t’évoque ? As-tu envie de faire un stage ? Raconte !

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8 Comments

  1. Super !!! Ça me plairait beaucoup de participer à un stage du même style. C’est hyper enrichissant et ça montre bien, comme dirait si bien mon homme, à quel point nous sommes devenu.e.s. de véritables assisté.e.s ! De la terre, des barbelés et hop, un lieu d’habitation sort de terre. C’est magique. Merci pour cette belle découverte 😉

    1. Ravie d’avoir participé à élargir ton horizon – et tes envies 😉
      J’espère que tu auras l’occasion de participer à un stage de ce genre, c’est vraiment une expérience très particulière ! Tu pourrais même embarquer ton homme dans l’aventure ; l’association Freedôms fait des prix pour les couples 🙂

    1. Il y a plusieurs façons de fermer les sacs, qui dépendent de pas mal de paramètres.
      La méthode que nous avons le plus souvent utilisée sur ce chantier consistait à replier l’extrémité du sac sous le corps du sac après avoir bien tassé l’extrémité et fait un pliage particulier.
      La solidité de la structure dépend aussi de la bonne fermeture des sacs et étant donné que c’est une question de sécurité… je te recommande de faire un stage avec des instructrices expérimentées et/ou de lire un livre sur le sujet.

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