Toilettes sèches dans la maison : un an plus tard, mon retour d’expérience

Il y a un bon bout de temps – c’était en 2017 -, je t’avais inondée d’informations sur les toilettes (j’avais même réussi à caser « enjeu majeur » dans l’article, quelle folie !), leur histoire, leur évolution (ben oui, tu vois, y’a des gens que ça intéresse et j’en fais partie !) et leur alternative écologique : les toilettes sèches.

Je m’étais même fendue d’un super teaser en fin d’article qui t’annonçait l’épisode à venir (« bientôt », rions trois fois par saccades de deux) sur la construction de mes propres toilettes sèches d’intérieur… Bon, on va dire que l’équipe de post-prod m’a lâchée en cours de route et que c’est pour ça que l’article n’est toujours pas en ligne à l’heure où j’écris ces mots – sans effets spéciaux, ce serait quand même moins drôle, avoue. Tssst, suffit avec ton scepticisme !

Sortez tambours et trompettes, aujourd’hui est LE grand jour, celui où je te raconte EN-FIN, après tant de rebondissements et de suspense haletant, mon expérience excrémentielle d’un an avec les toilettes sèches. Mouahahaha on va parler de caca !!! (fais pas cette tête, on sait très bien que tu pètes pas des paillettes !)

Toilettes sèches : mon retour d'expérience d'un an d'utilisation en intérieur !

Du vocabulaire choisi par la rédaction

Ouais, je suis La Rédaction – *lunettes de soleil et gros cigare*.

Je me permets un petit aparté de début d’article parce que ça me paraît important. Je l’avoue, je suis très bon public, et je rie aux blagues pipi-caca (enfin, pas toutes, seulement les bonnes). Mais ce n’est pas la raison pour laquelle j’insiste autant sur l’utilisation de ces deux mots, « pipi » et « caca » – car oui, il y a une vraie raison derrière.

La raison pour laquelle j’utilise ce vocabulaire-là, c’est la même raison qui fait que je montre des photos de sang sur les draps – et, d’une certaine façon aussi la raison pour laquelle je montre des photos de mon plan de travail de cuisine avec des miettes, des tâches, des moutons de poussière sur le sol, etc.

D’une part, j’en ai ras-le-bol – la bassine, voire le bassin olympique en fait – de ces photos et textes aseptisés, de ces « images instagrammables » blanches, lumineuses, scintillantes. C’est pas à ça que ressemble la vraie vie (les hôpitaux peut-être par contre). Et j’ai pas envie de faire culpabiliser celles que ce genre d’images (trop « propres et nettes ») fait culpabiliser – parce que bon, c’est encore et toujours les femmes qui se tapent l’essentiel du rangement et du ménage en 2019, on est loin (trèèèèès loin) de l’égalité.

D’autre part, cette façon qu’on a en tant qu’humaines occidentales de toujours cacher ces « phénomènes » naturels derrière des arcs-en-ciel et des métaphores douteuses relève à mon sens du même mécanisme de déni qui fait que beaucoup se croient au-dessus de « la nature » et « des animaux ». Breaking news : tu es la nature, tu es une animale – et c’est pas un point de vue mais un fait tout ce qu’il y a de plus scientifique.

Et puisqu’on crée le changement en l’incarnant, alors parlons de pipi et de caca – ça veut pas dire qu’il faut se rouler dedans non plus, mais tu fais ce que tu veux.

Cette petite mise au point ainsi faite, revenons-en à notre compost !

Toilette sèche d’intérieur : les odeurs

On voit très souvent des toilettes sèches d’extérieur – y’a même des entreprises de location de toilettes sèches pour les festivals et événements, je trouve ça carrément génial. Mais des toilettes sèches d’intérieur, c’est plus rare. La faute aux préjugés ou aux mauvaises odeurs ?

Personnellement, je suis partie avec un a priori positif. Pour moi, il était fondamentalement IMPOSSIBLE que ça sente mauvais. Me connaissant, j’ai quand même anticipé sur mon enthousiasme et fait le deuil d’une trop grande exigence olfactive : je suis TRÈS sensible aux odeurs (les pires pour moi ça reste les parfums cosmétiques. Brrr, j’en frissonne rien que d’y penser !) mais surtout j’emménageais dans une maison dotée d’une salle d’eau (toilettes + douche dans la même pièce)… aveugle (c’est-à-dire sans fenêtre) ! Donc bon, sans possibilité d’aération directe, faut pas s’attendre à un parfum permanent « senteur de prairie après la pluie » – soyons réalistes 5 minutes.

Autre critère d’importance à prendre en compte sur le sujet des odeurs : j’ai choisi un seau assez grand pour n’avoir à le vider qu’une fois par semaine avec 2 homo sapiens à résidence – 20 litres.

Le type de litière utilisée dans les toilettes joue aussi : les copeaux, c’est plus sympa visuellement, ça fait moins de poussière et c’est plus facile à charrier, mais c’est moins efficace que la sciure contre la diffusion des odeurs.

Enfin, la température. Plus il fait chaud, plus ça sent vite

Ma conclusion sur le sujet au bout d’un an : en période fraîche/froide, no problemo, les odeurs se tiennent à carreau – évidemment pas quand tu viens juste de poser ta pêche, ça reste des toilettes. En été par contre, difficile de tenir une semaine complète avant de faire la vidange. En soi, ce n’est pas un problème ; c’est juste une question d’organisation.

Toilettes sèches à séparation

Sur le marché des toilettes sèches, on mentionne régulièrement les toilettes Separett (marque déposée, huhuhu) qui proposent, à grand renfort de trucs et de machins (et surtout des prix beauuucoup plus élevés) de séparer les liquides et les solides. Leur argument, c’est que pendant que le caca est contenu et desséché dans le réservoir des toilettes, le pipi peut-être récupéré pour être réutilisé comme fertilisant… et éviter les mauvaises odeurs (un argument très vendeur je suppose).

Personnellement, j’avais pas envie de claquer 600 balles dans des toilettes Separett – à vrai dire, je n’y ai même pas pensé. Je veux bien soutenir l’économie du changement, mais faut pas non plus déco… exagérer. Alors j’ai décidé d’improviser mon propre système de séparation.

La magie de la créativité m’a fait jeter mon dévolu sur un bidon de 5 litres (bidon de vinaigre blanc fraîchement retraité). Pour les homo sapiens mâles, pas de problème : leur tuyauterie naturelle s’emboîte bien avec le bidon. Pour les vulves par contre, c’est plus compliqué. J’ai donc parachevé mon œuvre avec un entonnoir recyclé pour l’occasion posé sur le bidon quand j’ai besoin de faire mon pipi. Et, incroyable, ça fonctionne ! Et ça peut même faire office de toilettes portables, fou non ? C’est génial la technologie – un petit coup de Daft Punk là-dessus et on est au top !

Entonnoir posé sur un bidon de 5L qui sert de toilettes à pipi.
Mon système de séparation : pour le pipi !

Ce système-là a plusieurs avantages :

  • j’économise de la litière chaque fois que je fais pipi. Pas besoin de couvrir quoi que ce soit, juste un bouchon à remettre en place et hop le tour est joué !
  • facile de récupérer et vider les pipis. Je peux les utiliser (après dilution) pour arroser le jardin facilement, et j’en ai un nouvel arrivage tous les jours, prêt à être utilisé. Parfait !
  • le seau est plus léger et plus facile à vider et… ben oui, ça sent moins.

La seule difficulté que j’ai avec ce système artisanal, c’est que quand vient le moment de poser une pêche, puisque je ne peux pas utiliser à la fois l’un et l’autre (le siège et le bidon), je dois apprendre à ne pas relâcher tous mes sphincters à la fois… je ne sais pas si c’est physiologiquement possible, et je dois avouer que dernièrement, je me suis un peu détendue sur mes tentatives et je fais mon pipi dans les toilettes en même temps que mon caca… c’est mal, je sais.

J’ai déjà commencé à réfléchir à une autre solution qui réponde à mes « spécificités » anatomiques – je t’en parlerais sûrement quand ce sera au point. Quand j’aurais un beau pull vert, tu pourras m’appeler Gaston – j’ai déjà le bonnet qui va bien.

Toilette à compostage : la litière

J’ai déjà brièvement évoqué le sujet dans la partie sur les odeurs, mais on y revient ici un peu plus en détails.

Pour ma part, j’ai accès facilement à de la sciure et des copeaux en grande quantité – une entreprise de maçonnerie pas loin qui fait aussi de la menuiserie dont les employés sont très contents que je les débarrasse (hmm cette phrase n’a aucun sens). J’ai donc pu utiliser les deux.

Honnêtement, je préfère largement utiliser les copeaux. C’est joli, ça sent bon, c’est pratique, léger, bref, c’est chouette.

L’inconvénient des copeaux, c’est qu’ils s’épuisent plus vite (leur forme fait qu’il y a pas mal de volume « perdu » dans un sac), qu’il faut donc aller renouveler le stock plus souvent et qu’ils empêchent moins la diffusion des odeurs. J’ai donc fini par opter pour la sciure.

L’inconvénient de la sciure – celle que j’utilise est vraiment très fine – c’est que ça vole beaucoup plus facilement et que c’est plus lourd, puisqu’il y a moins d’air dans le sac et plus de matière. Mais ça couvre mieux. Bon, c’est une histoire de choix.

Note en passant que le stockage de la sciure et/ou des copeaux prend de la place. J’utilise des sacs à gravats (j’en ai 6) dont j’ai oublié la contenance pour transporter et stocker tout ça. C’est un critère à prendre en compte si tu envisages de te lancer dans l’expérience. Je dis ça comme ça…

Comment entretenir des toilettes sèches

Un petit point là-dessus me paraît intéressant. Les trucs inconnus ont toujours l’air bizarre, et la question de l’entretien te retient peut-être de franchir le pas, ou de le considérer.

Petit aparté : au bout d’un an, le seau en plastique ne sent toujours pas. Parce que j’ai choisi un seau en plastique de qualité alimentaire, entre autres.

Lorsque je vide le seau dans son bac à compost spécial – loin de toute forme de plante comestible – je racle les parois au mieux, pour gaspiller le moins possible, avec un truc plat. Ça fera un merveilleux terreau au bout d’un an et demi !

Un outil de jardinage à bords plats, rouge et manche en bois, sur fond de végétation sauvage.
L’outil que j’utilise pour racler les bords du seau

Je le rince rapidement une première fois avec un peu d’eau (que je reverse dans le jardin au pied d’arbres et pas à proximité immédiate de plantes que je consomme, c’est important !).

Puis je verse un peu de vinaigre blanc, du savon noir et je mélange tout ça à l’eau chaude – pas la peine d’en utiliser des litres, un fond suffit. Je frotte avec une vieille brosse de cuisine (réformée pour l’occasion) en bois et sisal (elle habite désormais dans le coffre à côté du seau !) ; j’en donne aussi un coup sur la bavette en inox, bien entendu. Et tout ça part dans les évacuations d’eaux grises. Pas besoin de rinçage (on va pas gaspiller de l’eau potable pour ça), je laisse sécher à l’envers dans le bac de douche.

Un petit coup de spray eau/vinaigre de temps en temps sur la lunette – mais vraiment de temps en temps : puisqu’il n’y a plus d’eau, il y a BEAUCOUP MOINS de projections !

Un petit coup de balayette de temps en temps sur le caisson pour enlever la sciure qui s’est déposée.

Et voilà, le tour est joué ! Tu connais désormais tous les secrets de ma routine beauté… des toilettes 😛

Mon avis sur les toilettes sèches dans la maison

Cet article est déjà beaucoup trop long, je vais donc t’épargner les détails supplémentaires que j’aurais tant aimé te partager – ça fera l’objet d’un autre article (comme le fait que je n’utilise plus de PQ – eeeeeh oui !).

Toujours est-il qu’en conclusion, je peux te dire que non seulement je ne regrette pas du tout d’être passée aux toilettes sèches, je me demande surtout comment il est encore possible que la plupart des logements en France soient équipés de toilettes à eau où les humaines chient dans l’eau potable !!! Ça me paraît complètement délirant !

J’ai beaucoup aimé réfléchir à la conception de mes toilettes, les fabriquer (article en cours de rédaction, mais si :P) puis les utiliser ; ces changements d’habitudes ont été chouettes et distrayants, et je suis super heureuse d’imaginer le beau terreau que deviendra mon caca, comment il participera à nourrir de beaux arbres… Bref, le passage aux toilettes est l’occasion chaque jour renouvelée de me reconnecter au reste de l’écosystème dont je fais partie – et j’adore ça.

Si tu as des questions, profite de l’espace commentaire : il est là pour ça !

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4 Comments

  1. J’adore, j’adore, j’adore !

    Chez nous, le sujet des toilettes est vraiment celui auquel je n’ai pas le droit de toucher … Pour mon amoureux, le caca, c’est vraiment le tabou de l’extrême (ce qui est assez handicapant pour moi dans ma démarche écologique, mais aussi via mes problèmes intestinaux).

    J’ai tenté de lui proposer une alternative au papier toilette … Que n’avais-je pas dit ! Il me laisse tout faire, sauf ça. Il est intraitable. C’est à peine s’il accepte que je ne tire pas la chasse après chaque pipi …

    Bref, tout ça pour dire que ça me soulage de rencontrer ENFIN quelqu’un qui ose dire et écrire les mots « pipi » et « caca », qui ose en parler sans chichi et surtout qui nous fait un retour complet sur l’utilisation de toilettes sèches.

    Tu as répondu à un tas de mes interrogations. Merci !

    Hâte de lire les autres articles sur le sujet. J’adore vraiment cet espace et sa démarche. Bravo !

    1. Est-ce que tu penses qu’avec le temps, ce tabou pourrait se « résorber » ? C’est effectivement super handicapant si même du fait de ta santé tu ne peux pas aborder le sujet :-/

      Je trouve ça incroyable tous ces tabous qu’on se construit ! A part nous compliquer la vie, ça ne nous avance pas des masses ces histoires en plus ; et dans le cas particulier caca/pipi, on ne peut même pas se dire que c’est une sorte de « protection » comme certains interdits traditionnels ont pu l’être… Vraiment étrange.

      Cela dit, est-ce que, même si ton chéri n’adhère pas, tu ne pourrais pas quand-même passer à une alternative au papier toilette de ton côté ?

      En tout cas, je suis super contente que cet article t’ait été utile ! Si jamais tu as des questions, n’hésites pas, ce sera avec grand plaisir 🙂

  2. Je m’intéresse de très près aux toilettes sèches pour quand j’aurais mon chez moi, car chier dans l’eau, oui, c’est vraiment une hérésie, une connerie monumentale. C’est fou qu’on en soit restés là. Je suis toujours surprise à l’idée que nos grands-parents aient accueilli tout cela sans s’offusquer, même en voyant le confort apporté. Chier dans de l’eau…utiliser des sacs en plastique, etc. Je continue à m’étonner à chaque fois qu’ils n’aient pas trouvé ça dégueulasse, anormal, dès le départ. Perfide modernité. Bref. Donc je m’intéresse beaucoup aux toilettes sèches. J’ai une proche chez qui j’irais chercher des conseils le jour où j’achèterai mon chez moi. Elle m’a fait un peu peur il y a 3 ans car elle a renoncé à ses toilettes sèches et a fait installer des toilettes conventionnels. Pourquoi ? Parce que c’était toujours elle qui était de corvée de vidage, nettoyage…m’a-t-elle dit. Son mari et ses enfants étaient ok pour chier, mais pas pour vider. Je me dis juste que personnellement, le jour où je m’y mets, je les installerais peut-être dans un cabanon dehors, à l’ancienne.
    Pour finir, le journal L’âge de faire faisait un dossier sur le sujet des toilettes sèches, il y a 2 ou 3 mois. Très intéressant. Et en effet, certains militaient pour une récupération du pipi en dehors du caca en cas de toilettes sèches généralisées, à Paris par exemple.

    1. C’est clair que venant d’une génération qui n’a pas toujours eu accès à l’eau potable et à toutes les « abondances » que nous prenons pour acquises, le coup d’accepter de chier dans de l’eau potable est extrêmement surprenant (les grand-parents qui ne jetteraient pas un quignon de pain mais ont accueilli ça à bras ouverts, nique la logique !).
      Hmm ça me gonfle tellement ces histoires d’hommes qui font pas leur part de ménage (et j’en vois trop souvent les « exemples »). C’est trop triste que cette personne ait renoncé à cause de ce manque élémentaire de savoir-vivre…
      Le cabanon dehors a ses avantages ; faut juste penser aux jours de pluie diluvienne, aux envies nocturnes, aux froids hivernaux… ^^
      Merci pour l’info sur le journal L’âge de faire ! C’est une bonne chose que ce genre de sujets soient abordés – et parlent de généralisation !

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