Toilettes sèches : l’écologie jusqu’au petit coin !

L’utilisation de toilettes « classiques » engendre un gaspillage dramatique des ressources en eau en France. L’adoption massive des toilettes sèches représente ainsi un enjeu majeur pour la sauvegarde des aquifères. Bonne nouvelle : dans le cadre d’une pratique encadrée, les toilettes sèches peuvent également donner un gros coup de pouce en termes de régénération des sols voire d’agriculture.

Les toilettes à eau sont une source monumentale de gaspillage. La solution : les toilettes sèches. Tout ce qu'il faut savoir sur cette drôle de bête dans cet article !

En France, à l’heure actuelle, la représentation commune que l’on se fait des toilettes, c’est un siège de porcelaine avec de l’eau au fond et une chasse d’eau pour évacuer nos sécrétions. Il y a aussi le modèle « aire d’autoroute paumée » avec ses toilettes à la turque, elles aussi équipées d’une chasse d’eau. Globalement donc, la France fait pipi et caca dans de l’eau. De l’eau potable.

Les chiffres sont assez effarants : un tiers de l’eau potable utilisée par les français le serait pour tirer la chasse ! Pour la France, chaque année, c’est 100 milliards de litres d’eau potable qui partent dans les WC. Une chasse d’eau représente en moyenne 9 litres d’eau (tirée en moyenne 4 fois par jour, soit 36 litres par jour et par personne) : c’est la consommation quotidienne totale d’eau des habitants de certains pays. L’OMS précise que le nécessaire se situe entre 20 et 50 litres d’eau par jour et par personne. Comme tu le vois, la seule utilisation de notre trône nous fait exploser ces recommandations !

Après utilisation, l’eau des toilettes (appelée eau noire) est évacuée, acheminée vers la station d’épuration la plus proche en compagnie des eaux grises (moins souillées que les eaux noires) issues du reste de la maison. Même avec cette eau quasi propre issue du rinçage de ta laitue de midi, oui, oui. Je sais, c’est désolant. D’autant plus quand tu sais que toutes ces eaux sont traitées pour être ensuite rejetées dans la nature et pas pour réalimenter le système…

Dans les stations d’épuration, on se retrouve donc avec un infâme mélange d’eaux noires à traiter. Les eaux noires sont bien plus complexes à traiter que les grises, puisqu’elles contiennent, outre la matière organique issue de notre digestion, tous les reliquats de produits toxiques contenus dans notre corps : médicaments, hormones, maladies… Toutes ces choses qui sont complexes à éliminer, voire impossibles pour certaines, notamment les hormones, qui continuent leur bonhomme de chemin polluant après rejet hors système.

Je ne te fais pas de dessin : outre la pollution et l’altération de l’écosystème engendrées par le relargage de toutes ces matières dans la nature, l’épuisement des aquifères, il faut bien évidemment compter sur la pollution des traitements eux-mêmes et les dépenses énergétiques qu’ils engendrent – sans même parler du coût financier, qui n’est pas notre principale préoccupation mais qui mérite toutefois d’être mentionné. Toutes choses qui pourraient être réduites par la séparation des eaux grises (qui pourraient être traitées localement par phytoépuration par exemple) du reste et… l’adoption de toilettes sèches !

De l’histoire ancienne…


L’évacuation des excréments d’animaux humains via cours d’eau n’est pas, en soi, une nouveauté de notre époque troublée : dans l’antiquité, déjà, l’animal humain effectuait ses vidanges dans des trous sous lesquels passaient des cours d’eau qui emportaient tout au loin : loin des yeux, loin du… nez !

Autre forme de toilettes utilisées : le pot de chambre ultérieurement vidé dans la rue, en attendant que la pluie procède au grand ménage. La classe quoi.

Au moyen âge, certains peuples d’Asie récupéraient les excréments et les utilisaient comme engrais aux champs : on évitait ainsi une pollution des eaux fluviales et on pouvait rendre à la Terre ce qu’on y avait prélevé, pour pouvoir s’en nourrir à nouveau.

Pour l’Europe à la même époque, je ne t’apprendrais rien : ça fouettait copieusement, et on ne faisait rien de ces nuisances olfactives. On faisait un peu n’importe où – penses-y quand tu iras te balader à Versailles : un courtisan avait peut-être lâché du lest là où tu poses pour ton selfie !

C’est au XVI° siècle qu’est inventée la chasse d’eau, et en 1840 que commencent à se répandre les toilettes modernes telles que nous les utilisons de nos jours – vers fosses septiques dans le jardin. Il a fallu attendre le XVIII° pour voir enfin des égouts érigés et les excréments y être redirigés. Un fleuve engorgé par le caca en pleine ville, rien de tel pour vous faire bouger un gouvernement !

…mais pas que !


Ce que ne dit pas l’histoire telle que je la raconte, c’est que jusqu’à quelques décennies auparavant (soit la génération de nos grands-parents), les toilettes à eau n’étaient pas si répandues que cela, notamment en zone rurale. Et si tu as déjà eu la chance de te rendre dans une maison ancienne aux toilettes non modernisées, tu auras sans doute eu l’heur de contempler un grand trou profond dans la maison au bord duquel t’accroupir – ne pas oublier de s’accrocher quand on n’est pas très stable sur ses pieds – pour te soulager.

Pour avoir vécu ça dans l’enfance, j’avoue sans honte avoir préféré remettre ma combinaison de ski pour sortir faire pipi dehors dans la neige plutôt que d’entrer dans ce lieu déstabilisant. Voilà, c’est dit.

Ces toilettes-là sont en fin de compte des fosses septiques sans eau : on laisse les excréments se désagréger à leur rythme sans jamais chercher à les utiliser. Ce fonctionnement implique de creuser un trou suffisamment profond pour ne pas pouvoir le remplir et que les excréments ne chauffent pas en période chaude (ils sont ainsi gardés à température constante, ce qui limite les mauvaises odeurs et la prolifération de bactéries).

C’est tout de même dommage de se priver de la ressource que peuvent représenter les excréments : s’ils ne sont pas truffés de résidus de médicaments, d’hormones et autres cochoncetés industrielles, ils peuvent représenter une bonne source d’engrais. C’est dans cette optique-là, tout autant que dans l’optique de la préservation de nos ressources en eau que je te présente maintenant, enfin, après presque mille mots de blabla, le sujet du billet à savoir :

Les toilettes sèches


L’intérêt des toilettes sèches est donc double : réduire la consommation d’eau, qui en est l’intérêt majeur, et, pour ceux qui ont un jardin/un champ, valoriser les excréments en les utilisant comme engrais pour certains types de culture (et sous certaines conditions).

L’installation – simple comme bonjour


D’un point de vue purement pratique, les toilettes sèches consistent en un récipient étanche au fond duquel de la matière riche en carbone sera déposée, sur laquelle seront excrétées les fèces (riches en azote) qui seront à leur tour recouvertes de matière carbonée, et ainsi de suite, jusqu’à ce que ça déborde, ou un peu avant, histoire que ce soit transportable sans s’en renverser plein les pieds.

Souvent, il s’agit d’un seau en inox (qui ne garde pas les odeurs) ou en plastique au-dessus duquel une chaise trouée est installée. On peut également ranger ce seau dans un coffrage de bois sur lequel sera percée une ouverture munie ensuite d’une lunette de toilettes – bien plus esthétique.

Le fonctionnement – pas beaucoup plus compliqué


Les excréments sont en proportion majeure des matières à forte teneur en azote, des matières fraîches. L’ajout de matière carbonée permet d’une part d’absorber les liquides (s’ils ne sont pas séparés des solides) et d’éviter ainsi les mauvaises odeurs mais aussi de rééquilibrer le rapport carbone/azote pour favoriser le compostage de l’ensemble.

En effet, si l’on composte seulement de la matière azotée, elle va avoir tendance à brûler et à se désagréger majoritairement sous forme de gaz, pour ne laisser qu’une infime quantité de matière réutilisable, voire pas du tout.

Au contraire, seulement de la matière carbonée mettrait des années à se composter, le carbone ayant une vitesse de désagrégation très lente. Toutefois, la quantité de matière réutilisable après compostage serait bien plus importante que pour la matière azotée seule.

L’objectif est donc d’atteindre l’équilibre optimal dans notre seau pour une valorisation optimale. On pourra utiliser des feuilles mortes hachées, de la sciure, des copeaux de bois (la sciure est à mon avis mieux dans ce contexte car plus agglomérante que les copeaux), de la paille, du foin

Le cycle de compostage


Au contraire du compost de cuisine ou d’autres formes de compost plus répandues, le compost de toilettes sèche semble requérir une attention particulière d’un point de vue sanitaire : hormis les déchets de type médicamenteux ou hormonaux dont on a précédemment parlé, il semblerait nécessaire de s’assurer de l’élimination d’un ensemble de bactéries assez vivaces présentes dans nos intestins qui pourraient s’avérer dangereuses pour notre santé si réintroduites dans un cycle trop court.

Les recommandations habituelles sur la durée du compostage de toilettes sèches sont d’un an à un an et demi. L’explication généralement fournie est que le compost connaît ainsi chaque saison, des variations de température importantes, ce qui favorise l’élimination des pathogènes présents dans nos excréments.

Un compost de toilettes sèches mûri pendant une telle durée peut ainsi être réutilisé dans un potager.

Pour celleux qui n’auraient pas l’utilité d’un cycle de compostage aussi long, les seaux peuvent également être vidés aux pieds d’arbres. Le cycle de métabolisation des arbres serait suffisamment lent pour préserver toute retransmission ultérieure de pathogènes.

Et il y en a pour tous les goûts !


Dans les pays scandinaves, l’utilisation de toilettes sèches est très répandue. L’anecdote souvent citée est qu’un permis de construire ne peut être délivré si les plans ne proposent pas l’intégration au bâti de toilettes sèches. D’ailleurs, les toilettes publiques de certains de ces pays sont uniquement des toilettes sèches.

Dans ce contexte, avec un marché bien réel et solide, tout une variété de modèles de toilettes sèches a été inventée et commercialisée. De quoi satisfaire les goûts les plus variés et coller aux situations les plus diverses – et à toutes les bourses.

Le développement de ce marché permet aussi de faire connaître ce mode de traitement de nos « déchets » corporels à un public plus vaste et plus éloigné de la vie rurale.

Conclusion


Les toilettes sont l’un des postes majeurs de dépense d’eau des foyers dans nos modes de vie actuels. Compte tenu de l’état environnemental, chaque action entreprise pour diminuer notre empreinte est cruciale, notamment en ce qui concerne la préservation des aquifères. Les toilettes sèches peuvent en outre être particulièrement simples à mettre en œuvre (un seau, quelques planches et de la sciure !), sans pour autant déparer un intérieur.

Pour ma part, je te raconte bientôt la construction et l’utilisation de mes propres toilettes sèches !


Connaissais-tu le principe des toilettes sèches ? As-tu déjà essayé ? Qu’en penses-tu ?

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