De la permaculture, de se croire tout permis et de cette fichue troisième éthique : quand tout le monde fait l’autruche

C’est avec grand plaisir que je te livre aujourd’hui mon imparfaite traduction de l’excellent article de Heather Jo Flores « On permaculture, entitlement, and that pesky third ethic: all aboard the elephant in the room » – qui a eu la gentillesse d’accepter ma demande et de répondre à quelques questions.

Heather Jo Flores est permacultrice depuis 20 ans, autrice de Food Not Lawns, écrivaine et artiste, féministe et fondatrice de la Permaculture Women’s Guild, le premier Cours Certifié de Permaculture entièrement en ligne et enseigné par une faculté de 40 femmes.

Tu peux retrouver tous les textes et services de Heather Jo sur son site heatherjoflores.com.

De la permaculture, de se croire tout permis et de cette fichue troisième éthique : quand tout le monde fait l'autruche.

« Le contact avec la terre nous rappelle que nous faisons partie intégrante de la nature plutôt que de nous en sentir exclues et interdites d’accès. Le simple fait de faire pousser et manger notre propre nourriture, de recréer des habitats qui favorisent la prolifération de la nature dans toute sa diversité, et se diriger vers une vie plus simple sont des modes de vie pratiques qui nous connectent à la conscience de la Nature en tant qu’ensemble. La permaculture est une reconnexion spirituelle tout autant qu’une stratégie écologique. » – Maddy Harland

Qu’est-ce que la permaculture ?


Strictement parlant, le mot « Permaculture » a été forgé par Bill Mollison et David Holmgren dans les années 70. Ils ont pris les mots « permanent » et « agriculture » et les ont collés et utilisés pour décrire une méthodologie « de design conscient et de maintenance d’écosystèmes agriculturaux productifs ayant la diversité, la stabilité et la résilience d’écosystèmes naturels. »

Les designers en permaculture travaillent à la création de propriétés et de communautés capables de subvenir à leurs propres besoins, peu exigeantes en termes d’entretien et produisant et redistribuant leurs surplus de nourriture et autres biens. La permaculture met l’accent sur l’observation, une organisation méticuleuse, le partage des ressources, le travail de concert avec la nature plutôt que contre elle. Satisfaire nos propres besoins sans exploiter autrui est l’objectif secondaire ; régénérer la Terre afin qu’elle continue d’alimenter la vie est le premier.

Le système de design en permaculture, qui s’appuie sur des éthiques, principes, outils et techniques spécifiques, donne l’opportunité aux particuliers, familles et communautés de créer une culture humaine forte qui nourrit la Terre au lieu de l’annihiler.

De plus, ces principes qui rendent la permaculture si efficace sur les paysages fonctionnent également lorsqu’il s’agit de concevoir des structures invisibles telles que des systèmes sociaux, émotionnels, économiques et politiques qui soutiennent le travail de terrain. Ceci parce que la permaculture n’est pas seulement une histoire d’éléments dans un système ; c’est aussi une histoire de circulation d’énergie et de connexions parmi ces éléments. Tu peux très bien tourner aux panneaux solaires, avoir un jardin bio, une voiture électrique et une maison en paille et ne pas vivre en permaculture. Un projet devient de la permaculture si et seulement si une attention particulière est portée aux relations entre chaque élément, entre les fonctions de ces éléments et les personnes qui travaillent dans ce système.

Grâce au processus de design en permaculture, nous pouvons organiser ces relations pour un résultat optimal. Notre créativité est notre outil le plus puissant pour surmonter les maux de notre culture et le design nous aide à maîtriser cette créativité et à la mettre en œuvre.

Toutefois, bien que le mot permaculture fasse référence à un ensemble d’outils et une philosophie spécifiques, la plupart des enseignements de la permaculture n’ont rien de neuf. Beaucoup de ces techniques proviennent de pratiques indigènes des quatre coins du monde, et certaines d’entre elles semblent si naturelles qu’il est facile de s’y frayer un chemin intuitivement une fois partie sur sa lancée.

Alors, par où commencer ?


En permaculture, tout commence par ce que Mollison appelait la directive principale : prendre la responsabilité de nos propres besoins et de ceux de nos enfants. Puis, à la suite de cette directive… viennent les éthiques.

La permaculture prend ses racines dans un trio d’éthiques écologiques : d’abord, être attentive à la terre, parce que la terre subvient à nos besoins. Ensuite, être attentive aux humains, parce que nous avons besoin de nous soutenir mutuellement et parce que les humains sont la cause majeure des dommages faits à la terre.

Ce qui nous amène à la troisième éthique.

Cette fichue troisième éthique !


Dans son monumental Permaculture : A designer’s manual (1988) Bill Mollison transmettait la troisième éthique « limiter la population et la consommation ». Rosemary Morrow utilisait « redistribuer les surplus » dans Earth Users Guide to Permaculture. Dans Gaia’s Garden (2001) Toby Hemenway utilisait « rendre les surplus ». J’ai utilisé « recycler toutes les ressources au travers des deux premières éthiques » dans mon livre, Food Not Lawns, How to turn your yard into a garden and your neighborhood into a community (2006). Jessi Bloom utilise « être attentif au processus » dans son ouvrage La permaculture en pratique. Dans le travail actuel de David Holmgren, la troisième éthique se résume généralement à « part juste ». Et ainsi de suite.

Personne ne semble être d’accord et tu rencontreras ces variations autour de l’éthique encore et encore au cours de ton voyage permaculturel, mais ce dont on parle rarement c’est qu’une compréhension complète et transversale de ce qu’est et fait la permaculture peut être trouvée à l’intérieur même du débat continu voire parfois polémique autour de cette troisième éthique.

Le problème est la solution, en quelque sorte.

Ainsi, dans l’objectif d’approfondir notre compréhension, passons en revue quelques versions différentes :

Limites à la population et à la consommation


Claire, spécifique et controversée, cette version originale de la troisième éthique est un appel à l’action qui peut susciter beaucoup de retours négatifs. Sans partir dans un traité sur l’aversion de la communauté permaculturelle à discuter le thème de la surpopulation, disons tout simplement que cette version est probablement la moins populaire dans un grand nombre de cercles permaculturels à l’heure actuelle.

Rendre les surplus


Cette version de la troisième éthique nous rappelle que les ressources non utilisées sont des déchets et, de fait, une forme de pollution et que nous pouvons multiplier les opportunités de faire circuler l’énergie en renvoyant tout ça dans la boucle. Une position très sensée à certains points de vue, mais qui peut devenir problématique car il est trop facile de partir du principe que quelque chose est un « surplus » alors qu’en réalité quelqu’un d’autre peut tout à fait en avoir déjà l’usage ou pourrait en avoir un besoin urgent. Si nous ne nous considérons plus nous-même comme le centre du design et considérons les besoins d’autres espèces la notion de « surplus » devient alors plus confuse.

Part juste


Bien sûr. Ok. Mais qui décide de ce qui est juste ? Les risques de mauvaise interprétation sont légion dans ce cas. Beaucoup de raccourcis peuvent être faits. Cette version est, pour moi, bien trop édulcorée, trop simple à passer outre, et j’ai vu trop de privilégiés, propriétaires terriens en permaculture, ressasser sur la « part juste » tout en exploitant des travailleurs volontaires et en profitant du 1% des luxes du monde industrialisé .

Recycler toutes les ressources au travers des deux premières éthiques


J’ai toujours été une pragmatique et dans Food Not Lawns j’ai écrit « recycler toutes les ressources au travers des deux premières éthiques parce que les surplus sont une pollution et renouvellement est synonyme de survie. » J’apprécie encore beaucoup cette idée avec laquelle je suis toujours en accord parce qu’elle donne la sensation de quelque chose de tangible, de mesurable. Mais j’ai aussi le sentiment que cette version manque de précision. Elle manque de spécificité. Du recyclage de quelles ressources est-il question ? Et comment exactement ? Les deux premières éthiques ? Donc on recycle tout en attention à la Terre et aux humains ? Ok. Une fois de plus, ça semble très édulcoré. Cette version ne pousse pas assez à dire : « Hé ! Bouge-toi ! C’est de toi qu’il s’agit ! »

Être attentive au processus


Cette version nous incite à prendre en compte les impacts de nos actions et à réaliser comment notre quête du bonheur et de la « soutenabilité » peuvent avoir un impact négatif sur les autres. Si l’on regarde comment les humains ont satisfait leurs besoins à travers l’histoire, c’est sur une piste de larmes, de carnage et de déni que l’on s’engage, toutes choses qui auraient pu être évitées si les processus avaient été plus réfléchis et attentifs. Je trouve que cette version est provocatrice et valorisante mais qu’elle passe à côté de l’idée de responsabilité. A mon sens, ce serait trop facile de dire « j’ai fait attention, ce n’est pas ma faute. » Parce qu’être attentive n’est pas suffisant. Nous avons le devoir d’être vigilantes, proactives et virulentes dans notre recherche d’équilibre.

Être attentive au futur


Issue de l’école Africaine de Permaculture et utilisée par Starhawk, Maddy Harland et d’autres enseignantes féministes, cette version fait écho au critère d’attention de « sept générations » d’un grand nombre de traditions indigènes et anciennes et exige que nous travaillions au bénéfice de celles qui vivront après nous. Elle nous incite à accepter notre rôle de « facteurs déterminants » de l’avenir et de prendre nos responsabilités pour chaque action que nous réalisons aujourd’hui et qui impacte déjà le futur. Oui, bien entendu, toujours. Mais cette version nous met hors du présent et, pour moi, sonne très spirituel, presque évangélique. Je ne sais pas toi, mais j’ai du mal à me concentrer sur quelque chose qui ne se passera que quand je serais morte.

En fin de compte, quel est le point commun à tout ceci ?


D’un côté, on pourrait tout simplement dire « utilisons toutes ces éthiques » puisque chacune de ces versions a du mérite comme des défauts. Mais cherchons un terrain d’entente. La troisième éthique, quel que soit son nom, a toujours deux aspects :

Le premier concerne les frontières, les limites et l’autorégulation.

Le second parle de partage des ressources.

Mais en quoi la combinaison de ces deux actions est-elle à ce point centrale en permaculture qu’elle partage le trône de l’éthique avec l’Attention à la Terre et l’Attention aux humains ?

Dernièrement, j’ai travaillé avec un trio éthique qui ressemble à ça :

"People Planet Parity", Humains, planète et parité, le triptyque d'éthiques de Heather Jo Flores. Dans ce dessin, chaque éthique est représentée au sein d'un cercle interconnecté avec les deux autres, et à l'interconnexion se trouve "You", toi, le designer. L'illustration représente un arbre.

Parité


« Parité » est un mot ancien doté de nombreuses significations. Il vient du latin parere qui signifie « engendrer ». Dans les années 1700, il signifiait « égalité de rang et de statut », qui devait s’appliquer dans la société émergente des Lumières. Dans les années 1950, il était utilisé pour décrire « une situation dans laquelle des adversaires disposent de ressources égales », et dans les années 1970, il était fréquemment utilisé pour décrire ce que tentaient d’obtenir les femmes qui luttaient pour un salaire égal.

A l’heure actuelle, la parité est généralement définie comme signifiant égalité, équilibre et équité.

Au premier coup d’œil, mon trio d’éthiques Humains-Planète-Parité semble jouer sur le « triple objectif de résultat » du mouvement oxymorique de « développement durable » « Humains-Planète-Profit », psalmodié, je suppose, pour soulager les consciences de ces gens de l’exploitation capitaliste.

Alors que je ne pensais pas à ces prétendues capitalistes Vertes quand j’ai composé mon trio, j’apprécie le lien créé ; tandis que je vois la valeur intrinsèque d’un rendement obtenu, la troisième éthique est précisément centrée sur la question de la personne à qui ce rendement a été pris.

Réfléchis-y une minute. Réfléchis-y une heure.

Non, vraiment. Vas faire une promenade et réfléchis à ce qu’être attentive, être équitable et être juste signifient vraiment pour toi. Ta vie est-elle plus importante que celle d’une puce ? Pourquoi ? Plus importante que celle d’un ours ? Et qu’en est-il de la vie de tes voisines ? La tienne est-elle plus importante que la leur ? Pourquoi ? Ou pourquoi pas ?

Parlons aussi d’équité. Ce n’est pas la même chose que l’égalité.

Est-ce qu’une petite personne doit prendre la plus grande chaise pour pouvoir voir aussi bien qu’une grande ? Pourquoi ? Devrait-on au contraire exiger de cette personne de petite taille qu’elle emmène sa propre chaise et de la grande qu’elle reste debout au fond ? Pourquoi ?

Jusqu’où faut-il aller, qui décide ? Qui a autorité pour faire respecter ces lois éthiques ?

Dans notre quête d’équilibre, de plénitude et de durabilité, nous devons rester attentives à nos envies de faire obéir et s’adapter tout le monde. Ce n’est pas comme ça que ça marche. C’est compliqué et il n’y a pas de vérité absolue. Mais ça n’est pas pour autant une excuse pour arrêter d’essayer.

Égalité, équité et politique de l’autruche


En réalité, c’est précisément notre incapacité à faire attention à la troisième éthique qui divise si souvent la communauté permaculturelle. Et le refus de se préoccuper de justice sociale, de santé mentale et de décolonisation en tant que composantes d’un design de système complet caractérise une faction importante et autoritaire du mouvement.

Ajouter à cela le triste mais bien réel fait qu’un certain nombre de professeurs de permaculture bien connus sont accusés de maltraitance, de fraude, d’exploitation et de harcèlement sexuel et nous voilà avec une communauté de designers hautement qualifiés faisant un bon travail souvent assombri par une montagne de différences éthiques apparemment insolubles qui menacent de discréditer notre mouvement dans sa totalité.

#permaculturemetoo ?

Y’a de ça. Et je suis loin d’être une lanceuse d’alerte sur le sujet. Nous avons toutes soigneusement évité de crever l’abcès ces dernières décennies.

Voici un fait : un design écologique ne peut être implémenté sans une volonté d’engagement, de collaboration, de faire des compromis et de participation active dans son évolution de la part de ses habitants.


J’ai lancé la Guilde des Femmes en Permaculture (Permaculture Women’s Guild – PWG) au mépris d’une structure de pouvoir patriarcale débattue depuis longtemps et pourtant très présente qui continue d’exister dans la communauté globale de la permaculture. Avec PWG, mon objectif est d’atteindre la parité.

La parité est l’attention en action.

La parité est un effort manifeste de rééquilibrer la balance, que ce soit en termes d’égalité de salaire, de partage des ressources, de faire crédit là où c’est nécessaire ou d’amorcer le rendu de ce qui a été pris.

La parité est comptabilisable, claire, définie, mesurable. Elle est concrète. Tu peux la voir, en documenter les effets et répliquer le processus autant que nécessaire.

Ajoutons une définition supplémentaire de la parité – une qui inspire une métaphore qui pourrait être vraiment utile à notre mouvement à cette étape : en biologie et en médecine humaine, la parité désigne le moment où un fœtus atteint la durée de gestation viable.

Combien de projets permaculturels s’effondrent alors qu’ils en sont à leur premier ou deuxième trimestre ? Et pourquoi ? Que se passerait-il si davantage de ces projets pouvaient atteindre un stade de développement et de confiance en soi qui leur permettrait d’exister en tant qu’entité à part entière, d’apprendre à marcher et à parler pour eux-mêmes ?

A ce jour, les exemples fonctionnels sur le long terme de permaculture florissante et soutenable ne courent pas les rues ; beaucoup de ceux-qui-y-sont-presque planquent ces sales secrets #permaculturemetoo sous des bâches bleues mitées et un magot de ressources en réserve.

Comment définis-tu la troisième éthique permaculturelle ?


Répètes-tu simplement celle que l’on t’a enseignée ou es-tu engagée dans une praxis quotidienne dotée de fondations éthiques rigoureusement et passionnément étudiées ?

Car, si nous parvenons à maitriser la troisième éthique, elle peut ouvrir des portes aux deux premières.

Si nous pouvons renforcer notre design, atteindre un meilleur équilibre de nos paysages émotionnels et sociaux et repasser dans la boucle pour étendre cet équilibre, cette compréhension, cette parité aux autres humains et ressources avec lesquels nous travaillons, peut-être alors pouvons-nous, en tant que mouvement, faire éclore une chance de survie pour notre espèce.

Mis à part… qu’il reste un autre abcès à crever


Tu te souviens quand je disais que la parité est parfois définie comme « égalité de rang et de statut » ?

Ainsi, utiliser la parité dans le contexte de la permaculture impliquerait qu’aucune espèce n’aie plus d’importance que les autres.

Point barre.

Et si nous opérions ce changement radical dans notre conscience en tant qu’individues, en tant que mouvement, en tant qu’espèce, d’équilibrer la balance de la hiérarchie des espèces de la planète et que nous nous retirions volontairement du sommet ? En quoi cela changerait-il l’avenir ?

Est-ce qu’une « permaculture pour toutes les espèces », dans l’objectif de travailler avec la nature plutôt que contre elle, ne considèrerait pas la question de l’extinction humaine comme faisant partie d’un design exhaustif durable ?

Parce que, soyons honnêtes :

La permanence va à l’encontre des règles de la nature.


Si nous en venons à réellement adopter cette fichue troisième éthique, ça signifie que nous devons nous interroger sur le mot « permaculture » ainsi que l’hypothèse selon laquelle nous serions, en tant qu’espèce, en droit de revendiquer la permanence sur cette terre. Mon but n’est pas ici de m’aliéner qui que ce soit mais d’intégrer une perspective plus large et peut être plus inclusive dans la réflexion que nous construisons et la communauté qu’elle sert.

L’extinction est naturelle. Oui, elle s’est accélérée, en tout cas pendant la période que nos petits cerveaux humains sont capables de saisir. Et la loi universelle démontre qu’une fois que le cycle entre l’ordre et le chaos est allé trop loin dans un sens, il est impossible de l’arrêter tant qu’il n’est pas allé jusqu’au bout. Si un rocher roule depuis le sommet d’une colline et est plus lourd que toi, tu ne peux pas arrêter ce rocher.

La permaculture peut-elle essayer d’arrêter le rocher ? La permaculture devrait-elle essayer d’arrêter le rocher ? Ou cela irait-il contre la nature ?

Le périmètre et la qualité de notre survie dépend en grande partie de notre façon de gérer les inéluctables et parfois horribles facettes de l’humanité.

Avec tout ça, quelle stratégie de design adopter ?

(Spoiler alert : je ne connais pas la réponse)

Être ici et maintenant


Toutes probabilités cataclysmiques mises de côté, la permaculture, en pratique, qu’elle soit agriculturale, structurelle, sociale, émotionnelle ou n’importe quelle combinaison possible, c’est tout simplement très amusant.

Il n’y a pas d’endroit où je voudrais plus me trouver qu’au jardin, à déplacer des trucs et essayer de comprendre comment connecter les éléments ensemble pour rendre ma maison et mon jardin plus beaux, plus productifs, moins énergivores et moins générateurs de déchets. Lorsque je mets en pratique l’attention à la terre et que je conçois ma vie de concert avec ma communauté écologique, je me sens vraiment bien.

Lorsque tu t’entraînes à retenir les théories de permaculture, à les ressortir comme une maîtresse artisane brandirait son ciseau favori, alors tu commences à voir toute chose autour de toi différemment. En mettant les mains dans le sol, on accède à la sagesse de la terre, et en associant nos efforts de réflexion nous apprenons comment utiliser ce savoir au bénéfice de toutes.

Ces changements lents et réguliers dans ta façon de voir le monde ne devraient pas être pris à la légère ni être précipités. Et simplement lire cet article ne t’emmènera pas plus loin que le bout de ton nez – tu dois sortir et essayer ces choses dans ton propre jardin, dans ta propre communauté.

Tu dois pratiquer. Tous les jours.

Toutefois, en conclusion, je ressens le besoin de mettre en garde contre le fait d’autoriser la « permaculture » ou quelle qu’autre formule que ce soit à remplacer l’esprit critique, le bon sens et un inébranlable engagement à être présente, disponible, vulnérable et désireuse de mettre les mains dans le cambouis sur le terrain au quotidien. Et pas seulement pour le travail de la terre. Le travail du cœur est tout aussi important. C’est de ça qu’il s’agit dans la troisième éthique. C’est ce que la permaculture est. Et c’est la raison pour laquelle nous sommes toutes là, ensemble, aujourd’hui.

Mon propre travail découle d’une approche autonome et égalitaire qui inclue la permaculture mais aussi une large palette d’autres croyances, philosophies, outils et techniques. Je crois que c’est dans ce type d’approche flexible et individuelle que réside notre vrai pouvoir en tant que mouvement global.

Chacune d’entre nous n’a qu’elle-même à incarner, à blâmer et sur qui compter et notre propre comportement est au cœur de tout changement social ou environnemental. Si nous voulons la paix, nous devons être en paix. Si nous voulons vivre au paradis, nous devons le faire pousser.

Parce que les fleurs ne sont pas les seules à s’épanouir au jardin – les gens aussi !

Et lorsque les gens participent à un design écologique, lorsque nous travaillons dur pour améliorer le sol, purifier l’eau, planter des arbres, encourager la vie sauvage, réduire la pollution et les déchets/le gaspillage… quelque chose au fond de nous change. Nous nous mettons au diapason de la nature. Nous prenons davantage conscience de nos corps, devenons plus attentives à notre impact sur l’environnement, meilleures en écoute et en communication et plus capables de surmonter peurs et obstacles.

Impliquons-nous en tant que communauté d’individues qui développent leurs propres réflexions, qui font leur propre travail et malgré tout font confiance et comptent les unes sur les autres sur le chemin d’un avenir fructueux. Un pas après l’autre, nous pouvons devenir excellentes en attention à la Terre, en attention à l’humain et trouver une infinité de moyens de communiquer et manifester l’égalité, le partage et l’abondance.

Comme le yoga, comme l’écriture, comme l’art, la permaculture est un chemin de vie, une pratique quotidienne. Et, au début, il se peut que tu ne te sentes pas très souple. Ne t’inquiète pas. Contente-toi de continuer d’essayer. Inspire, expire, coupe du bois, porte de l’eau.

"Permaculture as a tree" l'arbre permaculturel de Heather Jo Flores. Chaque cercle représente des éléments liés à la permaculture, le tronc représente les principes et les racines sont les trois éthiques. Sous cet arbre se tient une forme féminine, la designer.

Avais-tu déjà réfléchi à la question ? Avais-tu déjà eu vent de cette dissension au sein du mouvement permaculturel ? Qu’en penses-tu ?

Ça va te plaire :

Accède à la bibliothèque de ressources gratuites du Lab
et reçois Ze PermaLettre, la lettre qui t'aide à passer à l'action !

Après avoir confirmé ton inscription, tu pourras accéder à ma bibliothèque de documents réservés aux abonnées et je t'enverrai un mail (+ ou -) par semaine. Tu peux consulter ma politique de confidentialité ici. Chaque email contient un lien de désinscription en pied de page ; tu peux également m'envoyer un mail à

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.