Véganisme et permaculture

Depuis quelques années maintenant, le véganisme a le vent en poupe. On en parle de plus en plus, que ce soit dans les médias alternatifs ou « mainstream », les associations de défense des animaux prennent toujours plus de poids et… les critiques se déchaînent.

Des simples réactions irritées aux tentatives de discrédit en passant par une justice à géométrie variable pour les militantes de la cause animale, tout y passe, au point qu’une personne non renseignée sur le sujet et sans a priori pourrait y perdre son latin !

Alors, qui sont les véganes ? De méchantes extrémistes ? Les gourous d’un « nouveau fascisme alimentaire » ? Les disciples de la culpabilisation outrancière ? Les trouble-fêtes d’un monde harmonieux, paisible et parfait ? De sales rageuses frustrées ? Et quoi, « la permaculture », qu’est-ce qu’elle a encore « la permaculture » ?

Sois gentille, prends tes gouttes, et écoute, j’t’explique.

Le véganisme, tu en as entendu parler. Mais quel rapport avec la permaculture ? Viens-donc, j't'explique tout ça !

Véganisme, végétalisme, végétarisme, antispécisme, animalisme, blablabla


On tape très fort sur les véganes en ce moment – ce qui est bon signe en un sens, la masse critique n’est donc plus bien loin -, mais dans le cortège des alliées de la « cause animale » (non humaine, j’en profite pour te rappeler que tu n’es pas autre chose toi-même qu’un animal), on trouve aussi d’autres noms qui reviennent un peu moins souvent et ne sont pas mieux compris. Alors, pour commencer sur de bonnes bases, nous allons mettre les choses à plat, avec un brin de vocabulaire – je t’ai déjà dit que j’adorais les dictionnaires ? Chacune ses addictions. -. Tu vas voir, ça change la vie. Et c’est carrément plus facile de comprendre ce qui se passe quand on sait de quoi on parle.

Animalisme : dans le fond, l’animalisme, c’est presque de l’humanisme non anthropocentré (l’anthropocentrisme étant le fait de toujours penser homo sapiens comme nombril de l’univers), c’est-à-dire de l’humanisme appliqué au-delà de l’espèce humaine. Comme le dit Wikipédia, il s’agit d’un « courant de l’éthique qui s’appuie sur les avancées de l’éthologie et qui défend les droits des animaux. Ce courant soutient que les animaux sont des êtres sensibles capables de souffrir, et par-là même dignes de considération morale de la part des êtres humains. » Et en effet, s’il était encore besoin de preuves, la sacro-sainte Science des animaux humains a enfin établi que les non humains sont bien sentients, c’est-à-dire qu’ils ressentent effectivement la douleur, la peur, l’amour, l’amitié, la colère. Bref, homo sapiens n’a pas le monopole de l’émotion. Incroyable, n’est-ce pas ? (ceci est un sarcasme)

Animalisme : courant de l’éthique qui soutient que les animaux sont dignes de considération morale de la part des humains.

Antispécisme : un mot très souvent associé au véganisme, il est formé sur le même modèle qu’antiracisme, anti sexisme… Il s’agit-là d’un mouvement né dans les années 1970 et qui considère que l’espèce à laquelle appartient un animal n’est pas un critère légitime/pertinent pour décider comment ledit animal doit être traité ou quelle considération doit lui être accordée. Selon Wikipédia, « l’antispécisme s’oppose au spécisme qui place l’espèce humaine avant toutes les autres. » Quelqu’un ici a un petit problème de chevilles trop gonflées, non ? En gros, l’antispécisme, c’est juste considérer que ce n’est pas parce que le hasard t’a fait naître « du bon côté des barbelés » que ça t’autorise à te comporter comme un cancer généralisé, cruauté gratuite en prime. Attention toutefois : si les véganes sont antispécistes par nature, les antispécistes ne sont pas pour autant nécessairement véganes – eh oui, l’hypocrisie est partout !

Antispécisme : fait de considérer que l’appartenance d’un être vivant à une espèce n’est pas, en soi, un critère pertinent/légitime pour décider de la manière dont on doit le/la traiter.

Végétarisme : peut-on évoquer la thématique du véganisme sans parler de végétarisme ? Le végétarisme, qui a souvent une définition un peu floue dans les esprits, est un régime alimentaire qui exclue la consommation de chair – non, une végétarienne ne mange pas de poulet, ni de jambon, ni de poisson. Par contre, une végétarienne consomme des produits issus de l’exploitation animale, comme les produits laitiers, les œufs, le miel. Le végétarisme n’est donc aucunement un moyen de lutter contre l’exploitation animale, ni les tueries de non-humains : les velles et veaux continuent d’être arrachées à leurs mères et envoyées à l’abattoir, les poussins mâles aussi qui sont gazés ou broyés à la naissance, et les poules plus assez productives de même. Au mieux, le végétarisme est une étape vers le véganisme mais ne peut constituer une fin en soi.

Végétalisme : le végétalisme est souvent confondu avec le véganisme. Pourtant, il s’agit de deux concepts fondamentalement distincts. Le végétalisme est un régime alimentaire qui exclue les produits issus de l’exploitation animale. Une végétalienne mange donc de tout sauf les animaux vivants, les cadavres et les sécrétions corporelles (miel, œufs, laits et dérivés). Et ça s’arrête là.

Véganisme : souvent à tort considéré comme un mode de vie, le véganisme est un mouvement de justice sociale. Il s’agit d’un courant politique, éthique, ne relevant pas du libre choix personnel mais d’une nécessité morale et sociétale. Le véganisme rejette en effet toute forme d’exploitation animale, que ce soit dans le cadre de l’alimentation (les véganes sont végétaliennes), de l’habillement (les véganes boycottent la laine, le cuir, les plumes, etc.), des loisirs (les véganes boycottent les zoos, les cirques avec animaux, les aquariums, les centres équestres, etc.), de la consommation (les véganes boycottent les produits testés sur les animaux ou contenant des produits d’origine animale, souvent abrégés en POA), etc. Le postulat est simple : ce n’est pas parce que les animaux non humains ne nous ressemblent pas qu’ils n’ont pas autant que nous le droit de jouir d’une vie libre et paisible, dans leur milieu de prédilection et pour leurs propres objectifs. Les animaux non humains sont des personnes – même si on t’a toujours dit le contraire ; un mensonge ne devient pas vérité parce qu’on le répète souvent ou qu’on décide d’y croire – et en tant que telles doivent être protégées par la loi et bénéficier de notre compassion ainsi que de notre empathie.

Véganisme : mouvement de justice sociale refusant toute forme d’exploitation animale.

Les véganes, ces extrémistes


Avec l’ampleur et la popularité que gagne le mouvement végane – les véganes sont de plus en plus nombreuses et de plus en plus de personnalités/célébrités annoncent leur transition vers le véganisme – ses détractrices se font toujours plus virulentes, que ce soit dans les médias traditionnels (magazines, journaux, émissions TV) ou sur les réseaux sociaux. Et, parmi tous les petits noms et qualificatifs toujours plus charmants qui leur sont attribués, l’un se démarque en particulier : les véganes sont de sales extrémistes – parfois radicaux, pour te dire !

Dans le contexte actuel d’appel à la peur de la population par les médias, l’usage abusif du terme extrémiste laisse à penser que les véganes sont des terroristes, les deux termes étant fréquemment utilisés de pair, même s’ils n’ont pas forcément grand-chose à voir l’un avec l’autre.

Un petit crochet par la case dico nous informera donc sur la nature de ce qualificatif : est extrémiste une personne « partisane de l’extrémisme (notamment en politique) », nous explique le CNTRL – j’adore ces définitions qui se renvoient la balle, c’est si informatif. L’extrémisme est quant à lui défini comme « tendance à adopter des opinions, des conduites extrêmes ». Bien. Et extrême, ça veut dire quoi ? Extrême veut simplement dire « au bout, à l’extrémité de ». Par définition donc, effectivement, les véganes, de par leur philosophie prônant l’Amour Universel et la Justice, sont bien des extrémistes dans une société qui a fait une normalité de l’exploitation, la torture et le meurtre.

Infographie représentant le spectre de la morale sociale : d'un côté les véganes extrémistes radicaux, à l'opposé, les non-véganes extrémistes radicaux aussi.
Manichéen dis-tu ? Objectif réponds-je !


Quant au radicalisme, que nous dit le dictionnaire ? Le CNTRL nous explique qu’il s’agit d’une « attitude qui refuse tout compromis en allant jusqu’au bout de la logique de ses convictions. ». Avoue que quand tu entends « radicalisme » tu imagines des types barbus vénères avec ceinture d’explosifs ! Ben tu vois, le radicalisme, en fait, c’est juste de la cohérence entre ce qu’on pense et ce qu’on fait.

Une extrémiste radicale se situe à l’une des extrémités d’un spectre et refuse tout compromis en allant jusqu’au bout de la logique de ses convictions.

Toutefois, non, les véganes n’en ont pas après « la tradition », « la liberté de choix » ou encore « la santé publique » – loin de là d’ailleurs. Elles ne sont pas non plus des transhumanistes en puissance. Les véganes en ont après l’injustice et la cruauté. Les véganes ne veulent pas te priver d’un petit plaisir mais faire passer l’intérêt du plus grand nombre avant l’individualisme. Les véganes ne veulent pas te frustrer mais veulent que la vie « des autres » soit respectée et pas instrumentalisée. En bref, les véganes n’en ont pas après toi personnellement, mais veulent abolir un système qui banalise la barbarie, la cruauté, l’indifférence, les discriminations. Les véganes exigent la justice et la paix. Y’a pire comme extrémisme radical, non ?

« Pourquoi les véganes ont tout faux »


Si tu as vu passer ce torchon – oh, pardon, cette « tribune » – parue sur un journal qui se targue d’être sérieux, j’espère que toi aussi tu t’es étranglée d’indignation devant cet amas d’arguments fallacieux et de mauvaise foi. C’est une chose d’être agrippée à son confort et ses habitudes si fort qu’on s’en écorche les doigts – voire à s’en péter le cartilage -, c’en est une autre de raconter à ce point n’importe quoi : pour en arriver à un tel stade de mauvaise foi, il faut être soit droguée, soit complétement stupide, soit les deux. J’ai du mal à décider ce qui serait préférable.

Quoi qu’il en soit donc, et on en avait déjà parlé dans l’article sur le féminisme contre le patriarcat, le véganisme se heurte encore et toujours à la question du déboulonnage des privilégiées du haut de leur tour d’argent, qui leur permet de regarder l’horizon par-dessus la nappe méphitique de pollution qui bouillonne, loin en dessous d’elles, semble-t-il.

Car il se trouve qu’outre sa vocation politique de base de mouvement de justice sociale qui exige la libération des animaux non humains, le véganisme est également le meilleur moyen – pour ne pas dire le seul accessible – de réduire les émissions de gaz à effets de serre, le réchauffement climatique et donc l’extinction, entre autres, de l’espèce humaine.

Et oui ! On te rabâche souvent que les transports ça pollue, qu’il faut moins prendre ta voiture, arrêter l’avion (et ce sont d’ailleurs d’excellentes recommandations que je t’enjoins à mettre en application sans attendre) mais on ne te parle JAMAIS de l’impact de ton alimentation – ou seulement pour te dire que les avocats consomment quand même beaucoup d’eau (ce qui est vrai). Et pourtant : par son alimentation, une carniste produit 2,5 fois plus de gaz à effets de serre (GES) qu’une végane ! En effet, le « secteur de l’élevage » produit à lui seul 14,5% des GES d’origine humaine, plus que le secteur des transports. Il est également responsable de 80% de la déforestation en Amazonie, le poumon de la planète. C’est beau, hein ?

L’élevage est responsable de 14,5% de la production de gaz à effet de serre d’origine humaine, davantage que les transports !

Et c’est bien entendu sans compter le fait que se passer de produits d’origine animale permettrait de nourrir décemment l’intégralité de la population humaine mondiale. Moi, j’dis ça, j’dis rien. C’est vrai que les véganes sont méchantes, elles pensent rien qu’à elles ! Bouh les vilaines !

Véganisme et permaculture


Bon, a priori, si tu as suivi, je ne devrais pas avoir à écrire ce paragraphe. Mais histoire qu’on soit bien d’accord, je vais quand-même le faire. Après tout, comme tu dis, c’est mon job. Et puis, vu que la majorité des bouquins de perma se fendent d’au moins un chapitre sur « comment bien exploiter son prochain », je pose ça là, parce qu’un peu de cohérence dans une philosophie aussi belle que la permaculture, ça ne ferait pas de mal.

DONC ! La permaculture, comme on l’a vu, vu, vu et revu, est basée sur trois éthiques fondamentales :

  • Être attentive à la Terre – Earth Care
  • Être attentive à la Vie – People Care
  • Prélever la part juste – Fair Share

Sans vouloir faire insulte à ta naturelle et resplendissante sagacité, tu vois bien que le véganisme respecte chacune de ces éthiques, au contraire de « l’état actuel des choses » aussi souvent appelé « c’est comme ça et pas autrement » :

  • Les véganes sont attentives à et respectent la Terre, parce qu’elles génèrent 2,5 fois moins de GES que les carnistes (entre autres) – même celles qui « consomment local ».
  • Les véganes sont attentives à et respectent la Vie, parce qu’elles mènent leur existence sans recours aucun à l’exploitation et au massacre d’êtres sentients, et que ce faisant, elles épargnent également bon nombre de végétaux (ben oui, tu sais, tous ceux qui n’ont pas servi à nourrir celles qui sont violemment assassinées dans les abattoirs).
  • Les véganes prélèvent la part juste, celle qui leur permet de vivre en bonne santé, épanouies, sans nuire à la vie paisible d’autrui.

Tout ça sans compter qu’atteindre l’autonomie alimentaire végétale est bien plus abordable : nul besoin de vastes pâtures ou de cultures nourricières spécialement dédiées à nourrir celles qu’on va tuer sous prétexte de leur différence, de nos goûts ou d’une prétendue nécessité, vive les petits espaces très productifs en végétaux seulement !

Conclusion


Les véganes et le véganisme ont mauvaise presse actuellement : elles remettent en question l’hégémonie et les privilèges que se sont arrogées les animaux humains, le jour où elles ont décidé – unilatéralement et arbitrairement – qu’homo sapiens était l’espèce animale la plus importante de toutes. Plus encore, la véracité des arguments en faveur du véganisme et l’urgence d’une transition massive mettent de l’huile sur le feu : l’exploitation des non humains n’est pas moralement acceptable, sans compter les dommages écologiques que cette exploitation occasionne à l’échelle mondiale.

Ne reste plus qu’à espérer que le bon sens, la nécessité morale d’une société juste pour toutes et l’impératif de préservation de notre unique Terre finiront par réveiller les Belles au bois dormant. En attendant, les véganes continueront à plaider la cause de la Justice, de la Vie, de l’Amour.

Et toi, que penses-tu du véganisme ? Es-tu informée sur le sujet ?

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4 Comments

  1. Je pense que le véganisme est une bonne chose, mais je désapprouve quand même les actions extrêmes faites par certains vegan (blocages, …) qui, je le sais, ne concernent qu’une minuscule part des vegan (il ne faut pas généraliser :p). J’envisage personnellement de devenir végétarienne, pour des choix principalement écologiques et éthiques. Donc merci pour ton article très intéressant 🙂

    1. Merci pour ton message et ravie que cet article t’ait intéressé !
      J’ai du mal à voir en quoi un blocage d’abattoir (je suppose que c’est à cela que tu fais référence ?) est extrême, l’objectif unique de ces actions étant d’empêcher/retarder le meurtre et la souffrance. Pourrais-tu éclairer ma lanterne à ce sujet ? 🙂

      1. Je me suis mal exprimée alors 😉
        Je ne critique pas les blocages d’abattoirs, seulement certaines actions rares comme vandaliser des boucheries, etc. Je trouve que ça ne respecte pas les opinions de chacun et impose « sa loi ». Mais rassure toi, je n’aime pas les abattoirs ! 🙂

        1. Ah, d’accord – j’ai pensé aux blocages d’abattoirs parce que tu avais seulement indiqué « (blocages, …) » et je ne voyais pas à quoi cela pouvait faire référence hormis cela. 🙂
          Pour le vandalisme de boucherie, ça me paraît également inapproprié comme geste dans le sens où ça n’est pas dirigé à la « racine du problème ». Après, rien ne prouve à l’heure actuelle que ces actes de vandalisme soient effectivement commis par des véganes ; c’est possible (auquel cas, je le déplore), mais ça peut tout aussi bien relever du même esprit que les casseurs qui gravitent autour des manif’ mais n’ont aucun intérêt dans la manifestation en elle-même.
          Merci pour tes éclaircissements =)

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