Peut-on vivre de la permaculture ?

La découverte de la permaculture est souvent un vecteur important de changement de vie : on voit le monde sous un jour nouveau. Pour autant, faire son chemin dans notre monde habituel en jouant selon de nouvelles règles est un exercice déstabilisant et plutôt impressionnant. Possible ou pas ? Bien sûr que oui !


Quand on découvre la permaculture, en général, c’est un peu comme une explosion, une grande claque. Les choses prennent du sens, la Nature nous appelle, il devient urgent d’agir. Plus encore lorsqu’on voit les belles réalisations de celles qui l’appliquent : elles ont l’air si heureuses, ne pourrions-nous pas, nous aussi, atteindre leur niveau de bonheur ? Exit donc l’idée de continuer son train-train habituel. Le 5/7 9-19 derrière un bureau à faire semblant d’être occupée pèse un âne mort, et échanger son temps de vie contre des chiffres sur un compte en banque n’a plus rien d’une bonne idée. On se demande alors : comment vivre de la permaculture ?

Peut-on vivre de la permaculture ?

Une question souvent posée


Si tu saisis cette question dans ton moteur de recherche préféré, tu verras qu’un certain nombre de quidams se l’est posée avant toi. Et si tu lis les articles qui proposent une réponse à ladite question, tu auras peut-être envie de te pendre : pour l’instant, le phénomène est trop neuf, en France, pour proposer des modèles économiquement viables. A cela s’ajoute la difficulté de cerner ce qu’est un modèle économiquement viable en permaculture : est-ce un système qui rend indépendant ? Un système qui permet de générer autant d’argent qu’en situation de salariat ? Comment mesurer les apports d’un système permaculturel ?

Et peu de réponses


Le premier réflexe d’occidentale bien conditionnée que nous avons en se demandant comment vivre de la permaculture, c’est d’envisager construire, sur le modèle de ce que toute entreprise actuelle fait déjà, une activité qui génère de l’argent : pour payer son logement, sa nourriture, ses dépenses énergétiques, etc. Et là, effectivement, il est difficile de trouver des modèles déjà tout prêts desquels s’inspirer. Tout reste à inventer. C’est une excellente nouvelle dans ce sens que cela nous permet de rêver de nouveaux horizons. Ça reste, toutefois, plutôt handicapant pour quelqu’une qui n’est pas entrepreneuse dans l’âme, ou qui se réveille tout juste de la stase capitaliste. Si l’on est souvent assez douées pour adapter des idées existantes, il est en général plus compliqué d’en créer de toute pièce, ex nihilo.

L’idée du maraîchage en permaculture


Il y a un deuxième réflexe qui revient assez souvent aux dires des permacultrices plus expérimentées : se mettre en tête de faire du maraîchage en permaculture. C’est un schéma plutôt simple à envisager pour une citadine en quête de ruralisation : il y a un modèle économique existant (la vente de la production), le cadre légal permettant l’accès à un terrain pour fonder ladite activité, c’est un métier qui existe depuis belle lurette (il a donc cela de rassurant qu’il ne fait pas entrer dans l’inconnu), et on se dit que, du coup, on élimine les frais de nourriture, puisqu’on la produira nous-même.

C’est une sorte de fantasme pour qui n’a jamais travaillé la terre d’imaginer que la culture est une chose simple et allant de soi. On regarde des vidéos de ceux qui savent et font, et tout paraît facile. Il suffit de faire pareil. Sauf que, le maraîchage demande une somme de connaissances absolument affolante. Sans même parler de la quantité de travail quotidien à fournir. La concurrence à la vente est rude, et si l’on est pas bien préparée, un aléa météorologique a vite fait de nous mettre à genoux. Pas de pitance, pas d’argent, et probablement le goût amer du découragement.

Loin de moi l’idée de vouloir te décourager de te lancer dans le maraîchage en permaculture si c’est ce que tu souhaites de tout ton être. Je t’encourage toutefois à faire beaucoup d’immersions et à bien mûrir ton projet pour ne pas te faire surprendre et n’être pas déçue.

D’autre part, le maraîchage n’est PAS une activité lucrative. Tu peux tout à fait dégager suffisamment de revenus pour satisfaire tes besoins, mais oublie tes idées de voyage à l’autre bout du monde et ta construction de piscine.

Pour la petite histoire, j’avais envisagé dégager quelques revenus en revendant une partie de ma production. A ce moment-là, je n’avais encore jamais eu de potager à gérer. J’aime autant te dire que passer des heures à repiquer des salades qui n’ont finalement pas pris m’a vite fait passer cette envie – de vendre mes productions, pas de les réaliser.

Des modèles récurrents


Un modèle que l’on retrouve fréquemment, c’est celui du service : proposer des formations payantes, s’installer en tant que consultant, faire des conférences. C’est une possibilité, effectivement. Sauf qu’avant de pouvoir enseigner aux autres, encore faut-il avoir expérimenté soi-même et avoir une valeur ajoutée à apporter – tout le monde ne se sent évidemment pas concerné par ces évidences, note bien. Idem pour la consultation : il faut avoir une certaine expérience en design avant de pouvoir prétendre aider autrui à la conception de son espace. Quant aux conférences, difficile d’imaginer se rémunérer là-dessus : rentrer dans ses frais semble déjà souvent être un rêve inaccessible pour les intervenantes – à moins d’être particulièrement célèbre.

Designer son métier


Peut-on pour autant dire que la permaculture n’est pas viable ?

Je te le rappelle, la permaculture est tout autant une méthode de conception qu’une philosophie. Ce n’est pas, en soi, une marchandise, un produit. C’est une sorte que calque que tu peux appliquer à toute activité pour l’adapter à ses éthiques et principes. Une liste de préceptes à prendre (ou à laisser, c’est toi qui vois !) pour créer l’activité qui te tient à cœur.

La permaculture, en soi, ne te rendra pas riche. Elle ne te nourrira pas – l’estomac, en tout cas.

Tu peux par contre tout à fait vivre de la permaculture appliquée à telle ou telle activité. Tu peux aussi vivre en permaculture. Tout dépend de ce que tu aimes et souhaites faire de tes dix doigts et autant d’orteil : tu peux créer ton propre métier.

Tu peux aussi imaginer un modèle dans lequel tu réduirais tes charges au strict minimum : consommation énergétique minimale, production autonome d’énergie, récolte de l’eau de pluie, production de ton alimentation, fabrication de tes meubles…

Moins tu as de charges, moins tu as besoin d’argent : l’argent le plus simple à gagner est celui que tu n’as pas à dépenser.


Quoi qu’il en soit, même en prenant ce type de modèle, il peut être long à mettre en place (selon l’aide extérieure sur laquelle tu peux compter) et nécessite tout de même une rentrée d’argent minimum. Tu ne peux pas envisager de te passer complètement d’argent. S’il n’émane pas de toi, il proviendra de quelqu’un d’autre.

Conclusion


La vérité, c’est que je n’ai pas encore trouvé ma réponse à la question « comment vivre de la permaculture ?». J’y réfléchis, je cherche un moyen de générer l’argent dont j’ai besoin en accord avec mes principes et ceux de la permaculture. Je n’ai pas de terrain (propre), je ne peux donc pas envisager de vente d’une quelconque production de la terre. J’aurais peut-être à déménager encore une ou deux fois : je dois donc pouvoir déménager mon activité facilement avec moi. La résilience est cruciale : je ne dois donc pas mettre tous mes efforts dans un seul et unique type de revenus.

Une chose est certaine : si je ne sais pas encore précisément ce que je vais faire ni comment je vais m’y prendre, je sais déjà ce que je ne veux pas faire. Mine de rien, ça aide. Aller voir comment font les autres aussi, peut-être utile. D’ailleurs, l’observation n’est-elle pas un des principes de base de la permaculture ?

Et toi, as-tu déjà trouvé ta réponse ? Sais-tu déjà ce que tu vas faire ? As-tu développé des techniques particulières de réflexion ou de recherche ? Raconte !

Encore plus d'Amour Vert ? Inscris-toi à Ze PermaLettre et reçois chaque semaine ta dose directement dans ta boîte mail !

50% des articles sont réservés aux abonnées ; ne rate plus rien, rejoins-les !

2 Comments

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.